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Armes de chômage massif au Bénin…

 

Le seul mobile de balade présidentielle. Celui encore capable de faire exposer de pauvres hères au soleil pour la haie d’honneur, les applaudissements et l’immersion populaire du docteur-président. À moins d’un an de la fin de mandat, on ne parle plus d’inventaire itinérant des doléances des populations ; ou de recensement des terres disponibles en vue de la chimérique révolution verte ; encore moins de vulgarisation des préceptes désormais désuets de l’Emergence. Tellement galvaudées que ces esbroufes ont fini par blaser le petit peuple quotidiennement astreint à l’absence d’électricité et d’eau potable, de réseaux téléphoniques, de cherté de la vie, des grèves sauvages dans les écoles et hôpitaux publics. Difficile donc de trouver une raison, une seule, pour justifier une tournée du chef de l’Etat à travers le pays. Il en existe néanmoins un, l’unique pratiquement : micro-finance. Le seul qui peut encore éviter aux processions d’émergents de tomber dans un cauchemar à l’image de la traque de Yahouédéhou avec pour argument les manipulations autour du juteux marché d’achat de machine agricoles lors d’une sulfureuse étape en zone Agonlin dans le département du Zou.

 

Ironie du sort, ce sont côte à côte, victimes et bénéficiaires de ces oboles qu’on aligne à chaque étape de la randonnée présidentielle. Parlons surtout de ces victimes des micro-crédits. Une longue histoire qui commence trois mois seulement après la prise du pouvoir par Yayi Boni. Le gigantesque ménage dans la filière de l’escorte des véhicules d’occasion, on s’en souvient comme si c’était hier. Sous le couvert de la salubrité dans les activités portuaires, des milliers de salariés (comptables, agents de liaison, gorilles, secrétaires etc…) sont renvoyés chez eux. L’escorte des véhicules d’occasion devraient retourner à la douane avait-on dit. De cet épisode, les Béninois retiennent aussi cette démonstration forte de la « prospérité partagée » annoncée comme devise du régime. En lieu et place de ces milliers de salariés renvoyés, le gouvernement déploie le personnel de la douane et des militaires pourtant à l’abri de la précarité puisque émargeant tous, au budget national. De la suppression massive d’emplois pour jeunes.

La propagande pérorait alors abondamment sur une manne considérable de plusieurs milliards anciennement « dilapidée » entre coquins. Enfin le Changement avait mis la main sur le pactole qui devrait permettre de remettre le pays au travail. De quoi financer l’industrialisation tous azimuts attendue depuis les indépendances et timidement amorcée lors des années d’Hercule (1990-1996). Il suffisait aux déflatés du port de rejoindre les usines que la Marina allait installer partout sur le territoire national avec l’argent de l’escorte. Des usines finalement consignées sous forme de numéraires dans un compte à la Bceao sous bonne garde du beauf préféré du docteur-président. Au moment de mettre un terme à l’émoi provoqué aussi bien chez les parlementaires, les partenaires au développement qu’auprès de l’opinion publique par cette gestion extrabudgétaire de ces importantes ressources publiques, le pouvoir se rabat sur les fameux micro-crédits aux plus pauvres.

 

Que les lecteurs excusent de peu cette digression sur les turpitudes des ex-employés du secteur de l’escorte des véhicules d’occasion ! Mais on voit bien enfin que leur martyr n’a servi qu’à faire prospérer les élans populistes d’un régime dépassé par les événements. Grâce à leur oisiveté provoquée, les émergents peuvent recruter désormais à vil prix des marcheurs professionnels, des chanteurs de louanges du docteur-président. Les instigateurs d’un fichier électoral forcé peuvent aussi se permettre de réduire en esclavage la horde de diplômés désoeuvrés lancés dans les opérations de recensement sur fond de chantage, de clientélisme et de régionalisme. Parce qu’ils sont là, nombreux jeunes, disponibles, démotivés et sans espoir. Imaginons un Bénin sans les micro-crédits de Yayi.

 

Certainement, des usines, des chantiers et de l’opportunité en plus pour les diplômés en rade…

 

arimi choubadé

 

Rédigé le 25 mai 2010



Tag(s) : #EDITORIAL

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