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 AU BENIN, LES NANTIS ET LEURS ENFANTS SE PARTAGENT NOTRE PATRIMOINE COMMUN

 

 

«Comment est-elle devenue une prostituée,

La cité fidèle, remplie de justice,

Refuge du droit…

Et maintenant des assassins?

Ton argent est devenu de l’écume,

Ton meilleur vin est coupé d’eau.

Tes chefs sont des rebelles, complices des voleurs.

Tous, ils aiment les présents, ils courent après les gratifications.

Ils ne rendent pas justice à l’orphelin, et la cause de la veuve n’arrive pas jusqu’à eux.»

(Esaie 1- 21, 22, 23)

 

Chers aînés, pionniers de l’exploitation et de la production cinématographique au Bénin, gracieusement admis dans la Maison du Père, le pays que vous nous avez laissé en héritage est aujourd’hui méconnaissable. Il est en lambeaux. Les nantis et leurs enfants aux nationalités multiples se partagent crapuleusement avec un bonheur notre patrimoine commun.

 

En effet, par la communication conjoint N° 739/ 10 du 27 Mai 2010, le Ministre d’Etat chargé de la Prospective, du Développement, de l’évaluation des Politiques publiques et de la Coordination de l’Action Gouvernementale, le Ministre de la Culture, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales, le Ministre de l’Economie et des Finances, ont décidé de remettre à la dispositions de la Fondation ZINSOU la salle de cinéma «LE BENIN» pour en faire un musée d’exposition d’arts contemporains africains, en bails emphytéotique de 20 ans, renouvelable au franc symbolique.

 

Ah! Le pouvoir des hommes quand tu nous tiens!

Sacra! Comme disent les Tchèques. Collecteur de mémoires, je sais que notre histoire véritable s’écrit en ‘’Vingténie’’. C’est pourquoi je prophétise aisément… En 1975, l’Etat très fort du PRPB a saisi au profit de l’Etat des propriétés d’individus contraints à l’exil. Vingt ans après, le même Etat métamorphosé désormais a été contraint de restituer et de dédommager les victimes…

 

Observez plus loin notre histoire nationale et Mai 1969 la répression qu’a fait abattre le Président ZINSOU sur le monde estudiantin et sur les paisibles populations et son départ du pouvoir du 11 Décembre 1969 et le PRPB en 1989. Je ne prendrai pas le risque de conclure encore sur la vingténie en cours 1990 - 2010… Mais faisons attention.

 

En choisissant de faire don de la salle de cinéma «LE BENIN» à la Fondation ZINSOU, les auteurs de cette communication conjointe N° 739/10, que je respecte comme tout Ministre de la République, ont dangereusement oublié qu’un décret ne tue pas un symbole, une légende, une passion, une vie. Les justifications malheureuses en huit (8) points qui les confortent dans leur volonté nous édifient davantage sur la vérité confucéenne selon laquelle» celui qui sait une chose ne vaut pas celui qui l’aime. Celui qui aime une chose ne vaut pas celui qui en fait sa joie.» Oui, à vouloir parler de tout avec assurance et suffisance, on finit par perdre de vue que le vrai savoir, c’est de connaître qu’on sait ce qu’on sait et qu’on ne sait pas ce qu’on ne sait pas, et à partir de là, dans la transparence la plus totale et dans l’humilité de serviteur de la République, on s’associe à l’intelligence des professionnels qui nous entourent pour offrir des réflexions tout au moins consensuelles.

 

Pourquoi et comment les diplômés des grandes Universités n’ont-ils pas dit au Ministre en charge de la Culture que la justice est ce qui garde à chacun sa part, sa place, sa fonction préservant ainsi l’harmonie hiérarchique de l’ensemble? Pourquoi le Ministre en charge de la Culture qui a démarché les autres Ministres, a-t-il choisi la force et la ruse pour briser la marche et l’espérance mesurée de l’industrie cinématographique nationale? Pourquoi le Ministre de la Culture veut- il opposer les plasticiens aux cinéastes, oubliant que le Cinéma (le 7e art) est la somme des arts? Pourquoi n’a-t-on pas dit au Ministre de la Culture que le maillon principal qui permet à l’industrie cinématographique de se perpétuer est l’exploitation en salle? Dans la production du dernier film de notre confrère Sylvestre AMOUSSOU, l’Etat par le biais du Fonds d’Aide à la Culture a offert 20.000.000F CFA pour couvrir certaines rubriques de son budget. Félicitations et merci au Gouvernement !

 





Mais dites-nous messieurs les Ministres, où Sylvestre AMOUSSOU va-t-il projeter son film à sa sortie lorsqu’on sait que vous attendez d’autres demandes motivées pour faire don des autres salles?

Où se trouvent le patriotisme et la sincérité de ceux qui nous gouvernent lorsqu’on sait que la Communication conjointe N° 739/10 en objet est signé depuis le 27 Mai 2010, alors qu’à l’ouverture du 2è sommet International des Décideurs, sur le thème «Economie de la Culture et Développement en Afrique Subsaharienne» qui s’est tenu les 28 et 29 Mai 2010 au Novotel à Cotonou, le Ministre d’Etat en charge de la Défense Nationale (ancien fonctionnaire de l’Organisation Internationale de la Francophonie) et le Ministre de la Culture, rassuraient avec des propos et allocutions dignes des bâtisseurs (même si c’est du déjà entendus mille fois) et s’inséraient bien sûr dans le nouveau canevas décidé par les chefs d’Etat de l’espace UEMOA, dans son volet de circulation des productions cinématographiques et audiovisuelles?

 

Cette fameuse communication conjointe 739/10, interpelle tous les patriotes de ce pays. Ca n’arrive pas qu’aux autres. Aujourd’hui c’est le secteur cinématographique qu’on tue avec des arguties monstrueuses. Demain, ce sera la place GOHO, après demain l’hôtel PLM ALEDJO (symbole de la Conférence Nationale), la semaine prochaine la Présidence de la République pour parachever la démolition de la mémoire nationale et son patrimoine le plus cher: les espaces de permanence.

 

Patriotes béninois, réfléchissons ensemble pour comprendre la nature du courage des trois Ministres. ‘’Imaginons avec André COMTE- SPONVILLE, deux terroristes en temps de paix qui font exploser chacun un avion de ligne rempli de vacanciers : Comment ne pas mépriser celui qui le fait du sol, sans courir lui-même aucun risque, davantage que celui qui reste dans l’avion et qui meurt, en connaissance de cause, avec les autres passagers? On peut supposer chez nos deux terroristes des motivations semblables, par exemple, idéologiques, comme aussi que leurs actes auront, concernant les victimes, des conséquences identiques. Et l’on admettra que ces conséquences sont trop lourdes et ces motivations trop discutables pour que celles-là puissent être justifiées par celles-ci: que les deux attentats, autrement dit, sont moralement condamnables.

 

Mais l’un de nos deux terroristes y ajoute la lâcheté, s’il sait ne courir aucun risque, comme l’autre, le courage sachant qu’il va mourir. Qu’est-ce que cela change? Rien, répétons-le, rien pour les victimes. Mais pour nos poseurs de bombes? Le courage contre la lâcheté? Sans doute, mais est-ce morale ou psychologie? Vertu ou caractère? Que la psychologie ou le caractère puissent jouer, et même qu’ils jouent nécessairement, c’est indéniable. Mais il me semble que s’y ajoute ceci, qui touche à la morale: le terroriste héroïque atteste au moins, par son sacrifice, de la sincérité et peut-être du désintéressement de ses motivations. J’en veux pour preuve que l’espèce d’estime (certes mélangée) que nous pouvons ressentir pour lui serait atténuée, voire disparaitrait, si nous apprenions, en lisant son journal intime, qu’il n’a accompli son forfait que dans la conviction qu’il gagnait par là, beaucoup plus qu’il perdrait, à savoir une éternité bienheureuse. Dans cette dernière hypothèse, l’égoïsme retrouverait ses droits, ou plutôt il ne les aurait jamais perdus, et la moralité de l’acte reculerait d’autant. Nous n’aurions plus affaire qu’à quelqu’un qui est prêt à sacrifier d’innocentes victimes pour son propre bonheur, autrement dit qu’à un salaud ordinaire, certes courageux, s’agissant de cette vie, mais d’un courage intéressé fut-ce post mortem, et dépourvu dès lors de toute valeur morale. Courage égoïste, c’est égoïsme. Imaginons au contraire un terroriste athée: s’il sacrifie sa vie, comment lui supposer des motivations basses? Courage désintéressé, non démarché, c’est héroïsme; et si cela ne prouve rien quant à la valeur de l’acte, cela indique au moins quelque chose quant à la valeur de l’individu’’

 

Le vrai courage suppose toujours une forme de désintéressement, d’altruisme ou de générosité. Nos trois Ministres de la République restés au sol à l’instar de notre terroriste, et décident courageusement de faire exploser la mémoire cinématographique nationale, d’hypothéquer la vocation et la carrière des cinéastes et vidéastes nationaux, de briser l’avenir des centaines d’étudiants de l’ISMA.

 

A mon avis, leur courage individuel et ou collectif est détestable. D’autant plus détestable parce que après 2011, ils reprendront douillettement leur carrière d’où ils sont venus.

 

Au Président de la République que nous félicitons pour le milliard dit ‘’culturel’’ je me permets de lui dire très respectueusement que ses Ministres à travers cette fameuse communication, indiquent à la famille artistique nationale à quel camp elle doit désormais appartenir pour défendre son industrie cinématographique les mois à venir. Car quand il n’y a plus rien à espérer, il n’y a plus rien à craindre; Voilà tout le courage disponible, et contre toute espérance, pour une action présente! C’est pourquoi RABELAIS, expliquait que «selon la vraie discipline militaire, jamais ne faut mettre son ennemi en lieu de désespoir, parce que telle nécessité lui multiplie sa force et accroit son courage» Monsieur le Président, vos ministres ont des raisons valables de nous provoquer…

 

Lorsque le trio qui donne le patrimoine commun à la Fondation ZINSOU prétexte que les salles de cinéma sont ‘’abandonnées’’ je leur pose la question: Combien de fois depuis 1994, le Ministère de l’Economie et des Finances a perçu les frais de location-gérance auprès de MASTER SOFT représenté par monsieur Janvier YAHOUEDEHOU ? Incontestablement, il y a quelqu’un qui dans les ministères du Plan et Finances avait des raisons que MATER SOFT ne soit pas inquiété, surtout que partout pend « Fermé pour non payement d’impôts». Combien de fois depuis le 06 Avril 2006, MASTER SOFT a été inquiété entendu que son représentant candidat malheureux aux Présidentielles 2006, est devenu Chargé de Mission du Président de la République, puis Député FCBE. Subitement, après la lettre d’intention de la Fondation ZINSOU, datée du 20 Décembre 2009, le Ministre de la Culture découvre enfin, que les salles sont abandonnées, et sans se référer à la commission interministérielle chargé de suivre ce dossier et en dépit de la mise en garde écrite de l’Association des Cinéastes du Bénin qui a sollicité une audience pour discuter et ouvrir des perspectives consensuelles, a décidé d’embarquer ses collègues pour noyer la raison et la justice dans la ruse et la force autoritaire des «gouverneurs de la cité».

Non, la grande famille des artistes du Bénin méritent mieux!

 

Est-ce que les signataires de cette maudite communication qui n’ont certainement jamais connu la joie d’une soirée cinématographique au Ciné les COCOTIERS, au Ciné REX à Porto-Novo et au Ciné LE BENIN, savent-ils qu’il y a aujourd’hui à travers le Bénin, plus de 1200 points de projection de film?

 

Cela s’appelle besoin d’images, et mérite réflexions dans un pays dit ’’ quartier latin ‘’ qui n’a ni théâtres, ni salles de spectacles, ni bibliothèques, ni conservatoires, ni académies, et qui n’a malheureusement de solutions salutaires que celles de détruire l’existant au lieu de regarder ses défis en face et de s’engager dans une démarche prospective.

 

Au total, ce pays, le Bénin nous appartient tous. Je voudrais en fin dire à tous les patriotes de ce pays, surtout à la grande famille des Artistes (éternels gardiens du temple). Les Ministres en charge du Plan, de l’Economie et de la Culture savent pourquoi, ils donnent gratuitement la salle de cinéma LE BENIN à la Fondation ZINSOU qui aurait créé en quatre (4) ans au Bénin 12 emplois. L’histoire démontrera, si c’est dans l’intérêt du peuple béninois.

 

N’ayons pas peur de l’utopie.

Il ne faut pas avoir peur de n’être qu’une goutte d’eau. Ce sont les gouttes d’eau rassemblées qui font les ruisseaux, les fleuves, les océans. Et il faut se souvenir qu’à la source il n’y a pas beaucoup de gouttes d’eau rassemblées…

 

Il ne pas avoir peur d’être impuissant devant la toute puissance des dirigeants et des gouvernements. Ils passent, le peuple reste, et un jour vient forcément, où ils ont intérêt à tenir compte de ce qui intéresse le peuple… Si nous nous couchons, amis artistes, les signataires de cette communication nous marcheront dessus, et en 2011, ils reprendront leur vie douillette ailleurs…. Vigilance !

 

François Sourou OKIOH

Cinéaste/ Collecteur de mémoires

Ancien Responsable de la Programmation et de la prospection des marchés de films à l’Office béninois du cinéma (OBECI)

Tél: 97904248

Email: frankokioh2006@yahoo.fr

 

Tag(s) : #EDITORIAL

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