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BENIN – 10 DÉCEMBRE 1906 – 10 DECEMBRE 2013 : LES BENINOIS ONT OUBLIE LE ROI BEHANZIN, PAS LE CRAN !!!

 

Appel concernant les biens mal acquis de la France

Le Monde.fr | 10.12.2013

 

Par Louis-Georges Tin (président du CRAN)

En 1894, se trouvant face à ses derniers fidèles, le roi Béhanzin leur fit ses adieux en ces termes bouleversants :


« Et déjà ma voix éplorée n'éveille plus d'écho. Où sont maintenant les ardentes Amazones qu'enflammait une sainte colère ? (...) Qui chantera leurs splendides sacrifices ? Qui dira leur générosité ? Non ! A mon destin je ne tournerai plus le dos. Je ferai face et je marcherai. »

Vaincu par les armées coloniales, Béhanzin, roi d'Abomey, fut ensuite déporté en Martinique, puis à Blida, où il mourut, solitaire, le 10 décembre 1906. Les trésors de son palais furent pillés et mis à sac par les soldats français.


En ce 10 décembre 2013 (date anniversaire de la mort de Béhanzin et journée internationale des droits de l'Homme), nous ne voulons pas seulement rendre hommage au roi Béhanzin. Nous souhaitons que les trésors d'Abomey soient rendus à la 
famille royale et au peuple béninois auxquels ils appartiennent légitimement : au musée du Quai Branly se trouvent les récades royales, le trône de Glélé, les portes sacrées du palais et plusieurs autres objets de grande valeur issus du pillage de 1894. Tous ces biens mal acquis doivent retourner dans leur pays d'origine, où se trouve leur place véritable.

Le 18 novembre 2005, déjà, une députée française avait saisi le premier ministre à ce sujet en lui adressant une question écrite : 


Gbéhanzin, roi du Dahomey a lutté farouchement pour 
préserver l'indépendance et l'intégrité territoriale du Dahomey. Malgré sa glorieuse résistance face aux troupes françaises pour s'opposer aux conquêtes coloniales, il a dû signer sa reddition le 25 janvier 1894. L'Unesco, au sein de laquelle la France occupe une place de choix, postule qu'il appartient à chaque État de gérer son propre patrimoine culturel et historique. Le peuple du Bénin très attaché à sa culture ne comprendrait pas un refus de la France à restituer les traces de son histoire glorieuse. Les liens qui unissent le Bénin à la France militent pour la restitution de ces oeuvres d'art.

Malheureusement, cette demande est jusqu'ici restée lettre morte. Cette députée s'appelait... Christiane Taubira. Et peut-être pourrons bénéficier du soutien de celle qui est désormais ministre de la justice. Il faudrait de fait que le ministère de la culture et le ministère de l'enseignement supérieur (qui ont la tutelle sur le musée du Quai Branly) organisent cette restitution, tout à fait possible légalement. C'est ainsi, par exemple, que le sceau du dey d'Alger, saisi par l'armée coloniale française en 1830, fut restitué à l'Algérie en 2003.

Mais au-delà des trésors d'Abomey, ce sont de très nombreux autres biens qui, pendant la colonisation, ont été volés, voire pillés, ou à tout le moins acquis dans des conditions très discutables. Ils ont ensuite rempli les collections privées et les musées publics de la France. Dans son Afrique fantôme, il y a longtemps déjà, Michel Leiris a évoqué les violences et les manipulations qui ont rendu possibles ces acquisitions souvent douteuses. Ces objets ont une valeur patrimoniale, artistique, culturelle et spirituelle considérables. Refuser toute restitution, ce serait être coupable de recel, ce serait se rendre complice objectivement des méfaits du passé.

Quand nos enfants voient dans ces musées les trésors de l'Afrique dépouillée, ainsi exposés comme des butins de guerre, comment leur expliquer que nos peuples sont amis malgré tout ? Il y a mille et une façons de réparer les crimes du passé colonial. L'une d'entre elles serait de restituerles biens mal acquis de la France. C'est pourquoi nous demandons que les autorités françaises réalisent un inventaire national des tous ces biens, et qu'elles engagent un dialogue constructif avec les pays concernés en vue de leur restitution. La politique du dialogue interculturel ne saurait s'accomoder du pillage interculturel.

 

10/12/2013

 

REPORTAGE

 

Des militants du Conseil représentatif des associations noires demandent la restitution d'objets issus de la période de la colonisation aux autorités béninoises.

 

La visite guidée des «oeuvres pillées» tarde à débuter. Mardi, 10h30, musée du quai Branly. Voilà 30 minutes que plusieurs membres du Conseil représentatif des associations noires (Cran) et quelques journalistes patientent dans le froid. La direction du musée leur interdit l’entrée. Louis-Georges Tin, président du Cran, assure que des œuvres exposées ont été pillées au Bénin durant la colonisation française. Il veut les présenter à la presse.

Dans une tribune parue ce mardi sur le Monde.fr, il demande la restitution de ces objets aux autorités béninoises. L’accès est finalement autorisé, mais «à titre individuel». Chacun paye son ticket. Interdiction formelle de prendre des photos. Un visiteur s’en étonne, il assure y avoir été autorisé à chacune de ses visites. «C’est ça le dialogue interculturel», ironise le dirigeant du Cran. «Nous ne voulons pas de débordements, dans n’importe quel lieu public, il est interdit de manifester», se défend-on du côté du Quai Branly. Visiblement, quelque chose dérange. «Ils ne veulent pas entendre parler d’œuvres pillées. Avec ces objets, on soulève le problème posé par la colonisation», explique Guy Samuel Nyoumsi, vice-président du Cran.

 STATUES ROYALES DU ROYAUME  DE DAHOMEY

Le choix de faire cette visite le 10 décembre n’est pas anodin. A cette même date de l’année 1906, mourrait le roi Behanzin, dernier roi d’Abomey, capitale du royaume de Dahomey (l’actuel Bénin) vaincu et exilé par les troupes coloniales françaises dirigées par le général Dodds. Sentant venir la défaite, le souverain met le feu à son palais avant de s’enfuir. Il veut éviter que les objets sacrés qui s’y trouvent tombent entre les mains des colonisateurs. Pourtant, les portes du palais, le trône, les récades (sortes de sceptres en acier ou en ivoire) et plusieurs statues royales sont bel et bien là, au cœur de Paris au musée du quai Branly. «Dans toute colonisation, il y a eu des échanges, des dons et c’est vrai des vols. Mais cela fait partie de la complexité historique et ne saurait en aucun cas se résumer avec le manichéisme dont fait preuve le Cran», affirme la direction du musée.

Sous la plupart des œuvres en question se trouve la mention «don du général Dodds». «Difficile de croire que ces objets lui ont été offerts par le peuple béninois contre lequel il s’est battu durant quatorze mois», rétorque Louis-Georges Tin. D’autant qu’en 1995, la France a signé à Rome la convention «d’unidroit sur les biens culturels volés ou illicitement exportés», poursuit-il. Une restitution qu’avait appelée de ses vœux Christiane Taubira en 2005, alors députée de Guyane. Problème : les seuls capables de réclamer ses objets, les descendants du roi Behanzin et les autorités béninoises, n’ont manifesté aucune demande pour le moment. Pour le président du Cran, ça ne fait aucun doute : «Le Bénin mais aussi plusieurs autres ex-colonies de la France sont soumis à des pressions officieuses pour les dissuader de réclamer leur patrimoine culturel».

Marius RIVIÈRE

Source : Libération

 

 

 
 
  
  
Tag(s) : #Politique Béninoise