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Jeudi 15 décembre 2011

  

BENIN: A l'heure où les Ayatollahs de la HAAC ont sorti leurs sabres pour trancher la tête des journalistes béninois, peut-on écrire un tel article sur le roi Boni 1er ?

 

 

Wade a fait des petits

 

 

Par Souleymane Jules DIop

 

 Seneweb.com 

 

 

« On a tout avec de l’argent hormis
des mœurs et des citoyens.»
ROUSSEAU

 


Abdoulaye Wade, autocrate cupide, marchand d’illusions, vendeur de rêves, Oui ! Vulgaire chef de bande, manipulateur sans scrupule, sans doute. Fraudeur compulsif, resquilleur moribond, vil falsificateur, assurément ! Il n’y a aucun qualificatif emprunté aux grands délinquants qui ne colle à ce vieux président. Mais notre jugement ne serait pas honnête si nous n’ajoutons pas à ces défauts imprescriptibles, la faiblesse des hommes qui se laissent corrompre. Car il ne suffit pas d’être rusé, fraudeur et manipulateur comme Abdoulaye Wade pour réussir. Pour qu’un corrupteur puisse prospérer aussi longtemps, il faut une élite prête à se laisser corrompre et un peuple capable de se laisser abuser plusieurs fois. Il faut ensuite que ceux qui devaient être les contre-pouvoirs cèdent à son bon vouloir, succombent à la tentation de l’argent sale.


Jusqu’ici, le système prébendier qu’il a mis en place ne recrutait que parmi les politiciens véreux, les cadres ambitieux et les hommes d’affaires sans scrupule. Il vient de réussir son pari, en y ajoutant ceux qui devaient être les derniers remparts contre la cupidité, le vol et le mensonge : les Magistrats et les Inspecteurs d’Etat.


Cette affaire de salaires indus marquera à jamais la capitulation de la morale face à la loi de l’argent, l’admission des pratiques mafieuses par le milieu judiciaire. Il n’y a pas eu, parmi tous ceux qui ont reçu ces enveloppes spéciales dont il est tant question, un seul homme pour dire non à cette générosité déplacée, à quelques mois de l’élection présidentielle. Ceux qui sont chargés de juger et ceux qui sont chargés de veiller à l’orthodoxie dans la gestion de l’Etat ont été atteints par la corruption passive, qui se pratiquait jusqu’ici par le moyen de la promotion.


Ces révélations gênantes tombent au moment où une vive polémique, alimentée par le plus tordu des néowadistes, Khoureichy thiam, s’empare du corps des administrateurs civils. Certains, connus pour leur passé trouble, ont décidé de rompre avec la neutralité qu’ils doivent observer, en affichant les couleurs du Pds. Ceux qui sont dans le commandement territorial ont été les premiers à céder à la tentation des « enveloppes », à l’approche de la présidentielle de 2007. Quand l’affaire a été révélée dans les médias, le président de la République a vite « régularisé » ce qu’il disait provenir des fonds politiques. Bien avant eux, il avait accepté de « fonctionnariser » ses alliés, en leur octroyant un salaire mensuel. De sorte qu’il est devenu plus rentable d’adhérer à la Cap 21 avec un récépissé fourni par le ministère de l’Intérieur que de travailler. La fonction de khalife est elle aussi devenue si avantageuse, qu’au sein d’une même confrérie, chacun se fait le représentant de son défunt père et organise son Magal et son Gamou annuel. La fonction de chef de village a aussi pris de la valeur et dans les coins les plus reculés du pays, des familles se réunissent pour former de nouveaux villages, dans l’attente du salaire promis par le chef de l’Etat. Au sein de l’armée, les hommes de troupe se font tuer par un Mfdc qui manifeste désormais sa supériorité matérielle. Le budget de l’armée a encore été réduit pour servir Karim Wade au détriment des troupes sur le terrain, mais la hiérarchie ne peut rien dire. Elle a accepté trop de faveurs pour oser rouspéter.


Abdoulaye Wade reste convaincu, malgré quelques expériences malheureuses, que chaque sénégalais a un prix qu’il suffit de connaître. Il nous a tous classé dans une seule catégorie, les « vendus ». Son épouse en a ajouté une autre, les « lâches ». Des hommes dignes et courageux ont refusé de se laisser corrompre pour faire mentir l’adage, mais sa logique, celle de l’argent par tous les moyens, est en train de partout triompher. Personne ne se bat plus pour faire cesser la corruption, mais pour faire partie des heureux corrompus. C’est pourquoi nous devons le blâmer mais nous devons interroger nos propres actions, notre propre morale. Cet homme averti a mis en place un système capable de générer la corruption, mais il a fallu que naissent des vocations dans le domaine. Il a aussi fallu, pour compléter sa mécanique, qu’il place dans tous les rouages de son pouvoir, des médiocres audacieux comme Serigne Mbacké Ndiaye en est un. Ceux qui sont promus vont tout lui devoir et faire en sorte que tout le monde se croit digne de tous les honneurs. Je le pensais en lisant une réponse de ce monsieur à Macky Sall. Correspondance bourrée de fautes qu’un bon élève de CM2 n’aurait pas commises.


Il faut enfin, que ce système trouve ses relais dans les médias. La presse, dans sa majorité, a renoncé à sa mission première qui est d’informer, pour devenir une presse de divertissement. On préfère y parler du mariage de Balla Gaye, des problèmes de ménage de Ballago Seck, des chaussures Louis Vuitton de Bethio thioune, plutôt que du conflit casamançais et de ses répercussions.


Depuis qu’Abdoulaye Wade a scénarisé ses fameuses audiences au palais, les lutteurs sont devenus les références pour nos enfants. Un ami me faisait part de sa stupéfaction quand un chauffeur de taxi lui a confié qu’il a fait venir son fils de son Baol natal pour le confier à des amis, en banlieue dakaroise. « Dans notre famille, nous sommes de grands gabarits et puisqu’à côté de chez mes amis, il y a une école de lutte, il pourra s’y inscrire. Il y a de fortes chances qu’il devienne un grand lutteur », lui a confié son interlocuteur, enthousiaste.


Finalement, il ne faut pas beaucoup de génie pour faire fonctionner une telle mécanique. Des dictateurs célèbres comme Mobutu et Mugabé l’ont réussi avant Wade. Il entretient de faux espoirs chez les populations démunies en leur présentant quelques réalisations et s’emploie à corrompre les élites fragilisées avec l’argent qu’il a volé. Toute cette entreprise finit par créer une communauté de privilégiés qui ont la conscience d’appartenir à la même caste de privilégiés, et qui chercheront à pérenniser le système qui les nourrit. Le libéralisme délinquant qu’il a voulu pour les 50 prochaines années a aussi des chances de perdurer, puisqu’il a fait des bons petits. Nous ne sommes pas exigeants avec eux comme nous devions l’être parce que nous savons tous qu’il y a un peu de Wade en nous. C’est la seule raison pour laquelle un homme qui reconnaît qu’il nous trompe, se dédit devant nous, avoue ses mensonges, continue de fasciner. C’est un aveu que nous ne voudrons jamais faire, mais c’est ce qui fait le succès de ce Machiavel nouveau et la pérennité de son système. Il partira certes, mais les idées qu’il a fait germer dans les esprits resteront encore longtemps.


SJD

 

 

source:

Seneweb.com

 
 
 
 

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