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 BENIN: A Olympe Bhêly Quenum, fraternellement

  

Détails

 2/07/12

 

par Florent Couao-zotti

  

Beaucoup d’amis, lecteurs et parents, en lisant l’article de Monsieur Olympe Bhêly Quénum m’ont demandé de ne pas réagir. Ils m’ont recommandé ne pas répondre à tant d’excès de la part de quelqu’un que je portais en estime, ayant eu, à plusieurs reprises, l’occasion de le rencontrer et de discuter avec lui.

 

Mais je me dois de rectifier un certain nombre de choses, contre-vérités et accusations faciles que monsieur Olympe Bhêly Quénum a portées contre moi, mais qui, à la vérité, relèvent d’une méconnaissance de ce qui se fait au Bénin, surtout des réalités sociales, voire intellectuelles dont il dit pourtant être au courant.

 

L’écrivain congolais, Alain Mabanckou est mon ami de vieille date, depuis 1998, où nos pas se sont croisés, à Ivry, dans la région parisienne à l’occasion d’une rencontre littéraire. Il venait de publier Bleu-Blanc-Rouge(Présence Africaine) et moi, Notre Pain de chaque nuit (Le Serpent à plumes). Depuis lors, nous ne sommes plus quittés et je suis fier de son parcours aujourd’hui. Déjà, en 2003, il était de passage au Bénin, à l’occasion de l’opération Ports et Portes d’Afrique, un tour de l’Afrique des écrivains par bateau, initié par le groupe de presse Le Figaro. Nous avions fait partie de l’aventure, avec AbdourhamaneWabéri, Jean-Christophe Ruffin, Didier Bourgoin, Ken Bugul, Jean-Marie Lé Clézio entre autres et chacun des douze auteurs a produit un texte sur son escale à lui. Un beau livre Nouvelles d’Afrique (Gallimard 2004) en rend fidèlement compte.

   

Depuis, Alain a souhaité revenir au Bénin où il n’était passé qu’en coup de vent. L’opportunité nous a été offerte par l’ambassadeur de la France au Bénin, ami d’Alain. J’ai eu du plaisir à le recevoir à Cotonou, de l’accompagner à Porto-Novo, à l’université d’Abomey-Calavi avec Kapko Mahougnon, chef de département des lettres, devant six cent étudiants, à la librairie Bufalo et à l’Institut Français de Cotonou où la soirée littéraire a été partagée avec beaucoup de passionnés de lettres. Le succès est indéniable.

 

L’invitation d’écrivains au Bénin fait partie d’une tradition établie par le Scribe noir, l’association d’écrivains dont je suis le Secrétaire Général et Kakpo Mahougnon, le Président. A ce titre, nous avons invité, accompagné et présenté au public scolaire, universitaire, de nombreux auteurs étrangers et béninois. Cela, en partenariat avec les chancelleries occidentales, parfois sur nos propres moyens. En avril dernier, ce furent Gary Victor et Evelyne Trouillot. Avant eux, Euphrasie Calmont, Barnabé Laye, Sami Tchak, Kangni Alem, Kossi Efoui, Roger Essomba, Alain Kapo-Chichi, Hilaire Dovonon, et tant d’autres. Le plus souvent, nous sollicitons le cadre de l’Institut Français pour accueillir les conférences débats, parfois, ce sont des salles de conférences des hôtels ou alors c’est le Palais des Congrès qui sert de cadre à ces sorties.

 

Notre association a aussi initié des ateliers d’écriture qui se sont soldés par des publications (La Jalousie leur va si bien, Ndze éditions, Paris, 2011) ou des opérations singulières comme l’écriture à plusieurs mains, réunissant dix auteurs autour d’une histoire écrite à tour de rôle (La Petite fille des eaux, Paris, 2006).

 

Mais nous organisons aussi des événements littéraires, en regroupant beaucoup d’auteurs et en provoquant entre eux débats, rencontres et intérêts littéraires. Tel par exemple, le Salon des Lettres Africaines de Cotonou (SALAC 2003), la Rentrée Littéraire (2011). Je pourrais citer les nombreuses actions initiées par Le Scribe noir, mais je préfère m’en arrêter là.

 

Quand on a la chance d’appartenir à une élite, le devoir impose, ainsi que l’enseignent nos traditions, de venir en aide aux autres, d’apporter sa contribution, quelle qu’elle soit, à ceux qui en manifestent l’envie ou aspirent aux mêmes ambitions. Nous le faisons au Scribe noir avec des moyens limités certes, sans aucune aide de l’Etat, mais nos actions sont visibles.

 

Je suis atterré par les amalgames que fait monsieur Olympe Bhêly Quénum au sujet de la visite de Mabanckou qu’il assimile au « fonctionnement des courroies de FrançAfrique ». Je ne vais pas me risquer dans ces marécages-là, étant entendu que lui, dispose d’informations que mon ignorance est incapable de flairer.

 

Une autre chose me fait sourire : on me demande, si je ne suis pas coupable d’inféodation aux Français, d’expliquer ma position sur le discours de Sarkozy en son temps. Ne pas l’avoir fait serait considéré comme suspect et peut-être délictueux.

 

Le talent d’un écrivain se mesure-t-il à sa capacité de réaction, à son indignation, en dehors de sa production littéraire, sur les problèmes politiques ? Y aurait-il un code de conduite auquel doit adhérer un auteur pour se sentir tel ?

 

Au Bénin, tout le monde sait que je commets, quand il le faut, des articles sur la vie politique, sociale et culturelle. C’est un exercice rendu presque nécessaire non pas par mon statut d’écrivain, mais par mon engagement citoyen. Sur les pages Chroniques du quotidien La Nouvelle Tribune et sur mon blog, j’ai déjà écrit, depuis 2003, une centaine d’articles. Et je n’ai raté aucun fait politique important de l’Afrique et du Bénin. D’ailleurs, certaines de mes prises de position ont été tellement virulentes, notamment à l’endroit du pouvoir politique que, sur le plan intérieur, j’ai été pourchassé et menacé de mort. Les journalistes en son temps, s’en sont indignés. Le commissariat de police de Cadjêhoun a même enregistré en juin 2010, ma plainte déposée contre X.

 

Il est facile de jouer à l’étranger aux opposants farouches contre le pouvoir en place. Il est aussi commode de se vautrer dans sa chaire doctorale et de proférer, depuis le ciel, des discours enflammés contre les gens de chez soi. Etre utile aux siens, c’est être d’abord parmi eux, travailler avec eux et apporter son humble matériau à la construction de l’édifice commun. Le reste, tout le reste n’est que bavardage et effet de style.

 

Au vu de ces considérations, mon aîné dit s’inquiéter pour mon avenir littéraire. Je le remercie de se soucier pour moi, lui que je n’ai jamais consulté, ni abordé pour m’éclairer la voie et m’aider en quoi que ce soit. Je le prie, à genoux, d’avoir toujours du mépris pour ce que je fais, car c’est avec ces crachats que je m’enduirai le corps pour briller un jour.

 

PS : cet article est mon droit de réponse au texte de monsieur Olympe Bhêly Quénum (A quand un institut panafricain de création littéraire au benin ?). Je ne réagirai plus, à l’avenir, à ses invectives, quelle que soit la forme ou la violence qu’elles revêtiraient.

 

Source : LNT

 

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