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16 novembre 2011

 
BENIN: A travers Félicien Chabi Zacharie, les tchabès tournent définitivement le dos à leur "pseudo" frère Yayi 
 
 
"Nous attendons des changements en 2016 "

 
Du gouvernement à l’Assemblée nationale en passant par le projet de loi sur la grève, la suspension des primes, les réformes en cours, le projet du budget de l’Etat exercice 2012 et la Coalition des forces nouvelles, l’honorable Félicien Chabi Zachari n’a rien occulté. Aussi, le député élu dans la 10ème circonscription électorale parle dans cet entretien du chef de l’Etat qui n’aurait pas changé même si, affirme-t-il, le changement n’a pas marché. Alors pour lui, il faille non seulement des changements pour 2016 mais aussi plus de réglementation avec un budget prudent.
 

Du gouvernement à l’Assemblée nationale, que retenez-vous aujourd’hui ?
 
Vous savez que notre pays repose sur une Constitution. Et la Constitution définit le rôle de tout un chacun dans cette société. Et à partir de ce moment, quitter le gouvernement pour aller à l’Assemblée nationale, je crois que les rôles ne sont pas les mêmes. Les expériences aussi ne sont pas les mêmes. Au gouvernement, vous avez un chef de gouvernement et un programme d’action. Vous devez donc mettre le pays en chantier. Alors là, je vous avoue que ce n’est pas facile surtout que j’ai occupé un secteur un peu bouillant. Je pense avec les relations qu’on a essayé de mettre en branle, surtout avec la manière de prendre les gens, on est arrivé un tant soit peu à calmer le secteur.
 
Est-ce à dire qu’à l’Assemblée nationale, c’est plus facile ?
 
A l’Assemblée, ce n’est pas facile, mais c’est beaucoup plus détendu. Puisqu’on a que des opinions à formuler, il suffit de coller au programme de travail comme vous l’avez vu. Nous sortons beaucoup de lois et on participe à plusieurs travaux. De toute façon, c’est beaucoup plus relaxe.
 
Justement, on a comme l’impression qu’à la 6ème législature tout est bon
 
Non pas du tout. Parce que nous sommes des représentants du peuple. Si tout était bon, le peuple serait heureux. Mais ce que nous devons faire pour que ce peuple soit heureux, c’est ce que nous sommes en train de faire.
 
Mais les projets et propositions de loi passent comme une lettre à la poste ?
 
Non. Il y a beaucoup de projets et de propositions de loi qui sont en instance. Notre Constitution est votée depuis plus de 20 ans, mais il y a encore des lois organiques et des lois ordinaires qui ne sont pas encore prises. Vous savez, il y a un document que la Capan nous a aidé à sortir pour faire le point de ce qui reste à faire. C’est énorme. Si nous restons à faire des débats et discussions inutiles et que nous ne réglementons pas la vie de notre pays, ce n’est pas normal. Je crois qu’avec la cohésion qu’il y a au sein de la majorité, on profite quand même pour sortir un certain nombre de textes pour réglementer la vie nationale.
 
Débonnaire au 1er quinquennat et rigoriste au 2nd mandat, êtes- vous d’avis avec ceux qui pensent que le chef de l’Etat est un homme à double visage ?
 
Vous savez, quoi qu’on dise, la 1ère mandature du chef de l’Etat ne pouvait être qu’une mandature d’expérience. Mais après l’expérience, il faut travailler maintenant. Et pour que les gens vous prennent au sérieux, il faut imprimer sa rigueur. Moi, je ne pense pas qu’il soit un homme à double visage. C’est humain. Je le trouve très humain. Nous qui l’avons pratiqué, nous savons qu’il n’a pas changé. Il est dans sa logique. Comme il était hier, c’est comme cela qu’il est aujourd’hui.
 
Alors, que dites-vous des réformes engagées par le chef de l’Etat ?
 
Au départ, on a dit changement. Si ce message avait passé au niveau des Béninois, c’est que quelque chose devrait changer dans nos têtes. Mais quand on regarde, on trouve que ce n’est pas seulement les têtes qu’il faut changer, il faut la réglementation. Et c’est ça les réformes dont vous parlez. Donc, à partir du moment où le changement n’a pas pris comme cela se devait, il faut entreprendre des réformes et surtout la réglementation. Nous attendons des changements en 2016. Des lois qui sont déjà vieilles, il faut les réactualiser. Ce qui ne va pas dans le sens du développement, il faut essayer de les aménager.
 
Si les Béninois n’aiment pas respecter la loi, pourquoi faut-il alors prendre d’autres lois ?
 
Peut-être c’est parce que ces réglementations sont dépassées, c’est pourquoi les Béninois n’en veulent pas. Donc, il faut faire quelque chose qui en même temps plaise à ce peuple dans un sens positif. Quand vous regardez aujourd’hui dans Cotonou, il urge de dicter de nouvelles règles pour la circulation. Parce que quand vous circulez, pensez-vous que le Béninois respecte le code ? C’est de cela qu’il s’agit pour que vous et moi, quand nous circulons nous soyons à l’aise. La route par exemple est faite pour tout le monde et chacun a son petit droit. Et mon droit s’arrête là où commence celui des autres. On doit donc se comporter dans le sens de faciliter la vie autour de nous, devant nous et derrière nous. Il y a une conduite à tenir dans la rue. Mais aujourd’hui, on voit un cycliste qui se met devant un véhicule et dit " écrase-moi ". C’est un exemple que je donne et ce n’est pas le seul domaine, il y a beaucoup d’autres domaines. Il faut aménager tout cela. Réfléchir de manière à ce que la chose soit acceptée par un plus grand nombre. Et quand ce n’est pas accepté, il y a des problèmes. Donc, il faut faire une réglementation acceptée.
 
Aujourd’hui, le projet de loi sur la grève n’est pas accepté au point où les syndicalistes sont venus dire aux députés à travers un sit-in leur mécontentement.
 
Nous avons parlé de l’étude d’un nouveau texte. Le texte a été mis seulement dans l’ordre du jour. On ne l’a même pas encore sorti. Les discussions n’ont même pas encore commencé. Et même si les discussions devraient commencer, les syndicalistes qui pensent que c’est à eux que s’applique la loi sur la grève avaient une démarche à faire. Est-ce que c’est la manifestation qui règle le problème ? La veille, on avait rendez-vous à l’Assemblée nationale avec les syndicats pour recueillir leurs points de vue sur le budget qui est mis en étude. On nous a envoyé des représentants. Mais quand il s’est agi de s’agiter sur la rue, c’est eux-mêmes qui sont arrivés. Cela veut dire que ce qu’ils ont fait est plus important devant la même représentation nationale. Donc, je pense que certains ont choisi, chaque fois et à chaque occasion de faire du bruit. Ce n’est pas de ça qu’il s’agit.
Prenons même la décision du chef de l’Etat. Qu’est-ce qui a fâché le chef de l’Etat au point où il dit de suspendre le paiement des primes jusqu’à nouvel ordre. Il n’a pas dit supprimer. Tout de suite, des boucliers ont commencé par se lever. De mon point de vue, si nous sommes dans une famille ou dans une association et le responsable pose un acte, le minimum, c’est de lui demander ce qui l’a amené à prendre cette décision. Maintenant, quand il ne nous aura pas convaincus, nous dirons notre compréhension de la chose. Or, le chef de l’Etat a dit suspendre et non supprimer. Est-ce que cela suffit pour qu’on se mette en grève au point de dire qu’il n’y aura pas de l’eau ou de l’électricité ? Le communiqué est tombé hier et cela clarifie encore la situation.
Je pense qu’il y a une manière de prendre les choses qui ne me plaît pas, moi. Encore que j’ai fait un secteur où le syndicalisme est très actif. Par exemple, on engage des enseignants qui, après des mois n’ont pas leur argent et ils viennent faire un sit-in devant mon ministère. Or, ils savent qu’ensemble, on a fait un certain nombre de choses pour débloquer leur dossier. Est-ce que c’est le sit-in qui va faire avancer le dossier qui est bloqué ? Et je leur ai demandé de s’organiser pour savoir ce que chacun fait dans ce dossier. Et c’est là qu’ils ont compris. Sinon, quand vous engagez quelqu’un, il y a un minimum que l’administration doit faire pour régulariser la situation salariale de celui que vous aviez recruté.
 
Peut-être qu’ils ont compris que quand on fait du bruit, le gouvernement se rétracte souvent dans ses décisions.
 
Non, ce n’est pas quand on fait du bruit. Dites-moi, qui étudie les dossiers ? Ce sont les agents permanents de l’Etat comme ceux qui viennent d’être recrutés. Donc, c’est nous même qui nous faisons hara-kiri. Et c’est comme cela dans tous les domaines.
 
Alors que faut-il faire ?
 
Mettons-nous au travail, tous autant que nous sommes. Et assoyons-nous pour faire la part des choses. C’est comme si le gouvernement, c’est notre ennemi et c’est lui qu’il faut abattre. Même si on abat ce gouvernement, un autre viendra et c’est inévitable. Puisque le pays a besoin d’être gouverné, encore que là si on doit respecter la Constitution, il y a une manière de le faire. Je pense plutôt à une collaboration, une concertation. Je ne dis pas que tout ce que le gouvernement fait est bon. Mais, c’est ma manière de voir les choses. On ne privilégie pas le dialogue. Si on est des voisins par exemple et que arrivé à la maison, ton enfant t’informe qu’on l’a frappé, tu iras poser des questions avant de faire quoi que ce soit. Mais parce qu’on a tapé ton enfant, tu te lèves, tu commences par taper tout le monde dans la maison de ton voisin. Est-ce que cela permet d’apaiser votre cohabitation ?
 
C’est à cause de cette collaboration que le budget de l’Etat exercice 2012 va passer comme une lettre à la poste ?
 
Ça ne passe pas comme une lettre à la poste. Depuis hier, on est en train de faire des travaux avec les ministres des finances et du développement. Vous pensez que c’est de tout repos ? Allez leur demander combien de questions leur sont posées. Nous, on connaît l’exercice, puisqu’on sait ce que les cadres ont souffert pour qu’on en arrive à ce niveau. Mais les autres posent des questions. Allez demander. C’est tout un processus. On en a pour deux semaines où on doit écouter presque tous les ministres. Alors, quand le point sera fait, ce qui n’est pas bon sera corrigé. Et ils vont prendre en compte ce que nous avons demandé. Qu’est-ce qui reste ? Il faut voter. On ne va pas travailler et rejeter le fruit de notre travail après. C’est une logique, mais c’est tout un processus. Ce n’est pas qu’on va s’asseoir, on lit et on dit ensuite qu’on est d’accord. Ça ne se passe pas comme cela.
 
Alors, quelles sont les grandes lignes de ce budget ?
 
C’est un budget de prudence. Parce que les années antérieures, certains ont estimé que c’est trop élevé, on a donc ramené les choses dans les justes proportions, surtout pour tenir compte de la crise. Mais il y a des réformes qui doivent amener des ressources. Mais tant que ces réformes n’ont pas encore prouvé leur efficacité, on ne peut pas aller de façon aisée, sortir des chiffres pour dire comment les choses vont se passer. On veut être prudent. Dans le même temps, il y a beaucoup de chantiers qui sont en cours et auxquels le gouvernement accorde la priorité pour les achever, pour qu’on n’ait pas des éléphants blancs par-ci et par-là dans tous les secteurs. Ensuite, il y a les projets que cofinancent les partenaires. Parce que les autres ne seront pas en train de donner et que nous-mêmes, nous ne soyons pas en mesure de participer. Tout ceci pour encourager les partenaires à continuer de nous aider. En termes de chiffre, il faut dire que nous sommes à 1016 milliards.
 
Est-ce des déceptions qui ont conduit à la création de la coalition des forces nouvelles ?
 
Pas du tout. Je crois que vous avez suivi une déclaration que j’ai eu l’opportunité de lire. Dans le fond, ça se justifie. Vous savez, les gens réfléchissent, créent et recréent. Certains ont envie de bouger, de dire des choses. Et si la règle de la discipline ne leur permet pas de dire ces choses, ils sont tentés de faire autre chose. Mais dans la déclaration, ce qui est essentiel est que nous attendons des changements en 2016.
 
Quels changements ?
 
Ce que j’appelle changement, c’est le changement à la tête de notre Etat. Il doit avoir des élections. Et c’est aujourd’hui que tout cela se prépare. Ce sont de petits regroupements qui se font déjà, des réflexions qui sont émises. C’est toujours les mêmes forces qui se retrouvent, mais cette fois-ci dans un autre cadre et pour un combat précis. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’autres forces dans le pays qui ne sont pas préoccupées par le même combat. Donc, un groupe comme cela est appelé soit à se joindre à d’autres groupes ou accueillir d’autres groupes. Naturellement, pour la forme, à ce niveau on n’est pas très encouragé à poursuivre le débat. Il y a des ratés que nous-mêmes nous regrettons sincèrement. Mais tout cela ne peut se faire sans aller dans la grande famille Fcbe. La plupart des acteurs sont de Fcbe ou de la majorité présidentielle. Peut-être que c’est pour créer une amitié un peu plus serrée entre les promoteurs.
 
Parlez -nous de ces ratés ?
 
Dans les prochains jours, vous serez mieux situés. L’avenir vous dira le reste.
 
Est-ce à dire que vous serez candidat en 2016 ?
 
Non, loin de moi cette idée. Vous me voyez avoir la tête de quelqu’un qui peut gérer ce pays ?
 
Pour conclure cet entretien, comment l’Assemblée nationale se prépare pour accueillir le pape Benoît XVI ?
 
Nous avons reçu des invitations à partir du médiateur de la République qui nous a indiqué comment on peut contribuer efficacement à l’accueil du pape. J’avoue que certainement, aujourd’hui on va se retrouver et aborder la question pour savoir de façon pratique ce qu’il faut faire en tant que députés. Mais en tant que chrétien spirituellement, je me prépare pour accueillir le pape chez moi au Bénin.
 
Votre mot de la fin
 
Je pense que le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit aussi. C’est un principe qui m’est cher. Quand j’étais ministre, je faisais les choses quand il le fallait. Mais, il y en a qui aiment tout le temps être en train de parler. Et on les connaît parce qu’ils parlent beaucoup. Mais, il y a des gens qui ne parlent pas mais qui sont utiles et qui sont là. C’est de cela qu’il s’agit.
 
Par Le Quotidien Fraternité


 


 

 
 
 
Tag(s) : #Les TCHABE : le dynamisme

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