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Vendredi, 23 Juillet 2010

 

BENIN: Affaire Icc Services, « Bravo » l’enquête …seulement qu’on n’a pas avancé

 

Écrit par Gandaho José

  

La gestion de l’affaire d’escroquerie financière qui a spolié plusieurs milliards de francs CFA aux populations du Bénin, de 2006 à 2010, donne un air de satisfecit au pouvoir et à ses thuriféraires. Les multiples sorties d’explication aussi confuses les unes que les autres laissent intacte une question essentielle de clarification pourtant simple. Qui donc tient à éluder ce détail qui fait la lumière ?

 


« D’importantes saisies » d’immeubles, de voitures, et même de comptes et de numéraire. Tel est le résultat, actuel, fièrement affiché par les « enquêteurs », en quelques semaines « d’investigations », après l’éclatement de l’escroquerie publique, la plus osée, jamais connue dans l’histoire de la délinquance au Bénin. Il faut observer que les escrocs ont opéré de 2006 à 2010 et que c’est seulement ces dernières semaines que les pouvoirs publics se sont remués sur le terrain. Si nos enquêteurs semblent satisfaits, la sagesse recommande plutôt d’attendre la mise en vente, certainement, aux enchères publiques, pour savoir combien on tirera du "bradage" de ces biens qui sont usagés et qui plus est ont appartenus à ces personnes peu recommandables. Combien prétend-on tirer de la vente de tels articles ? Les sources plus ou moins bien informées parlent de près de 100 milliards d’épargne des ménages partis dans cette escroquerie ! Ce qu’on a ramassé pourra –t-il jamais remboursé ne serait-ce que le dixième des sous spoliés? Mais le triomphe est claironnant et la « commission d’enquête » n’a pas manqué de brandir, à l’occasion, à la presse, une photo, à l’évidence truquée, d’un responsable, de la société illégale incriminée dans l’affaire. L’homme, fier, paradant, avec le président de la république, au milieu des couleurs nationales( !), affichait, grâce au montage numérique, une poignée de main avec, son « hôte » de la circonstance. Sans aucun doute, cette photo là est truquée. Seulement, toute autre démarche synthétique, aurait plutôt cherché à l’exploiter, comme pièce à conviction de l’escroquerie, dans le cadre glacial d’un tribunal. La montrer sur les écrans de la télévision rappelle d’autres images télévisées, celles là authentiques, montrant lesdits escrocs reçus en audience, par le président de la république. Les faits se sont produits il y a environ sept mois et ont montré deux audiences accordées, en quelques 24 heures, auxdits individus, en compagnie d’étrangers, dont des Colombiens, aux dires, récemment, d’un conseiller de la présidence, par le chef de l’Etat. A l’occasion, le cerveau du groupe, bien connu sous d’autres cieux, pour ses coups fourrés, a même fait une déclaration, dans laquelle il promettait, aux populations, de leur montrer « de quoi son consortium est capable ». Après coup, on peut bien dire que l’avertissement est clair.

Audiences

Mais en le voyant signé avec l’armée béninoise, un contrat de services, quelques mois après les audiences au palais, les populations ont certainement cru au « meilleur » que l’individu promettait, c'est-à-dire des intérêts à trois chiffres, mais jamais au pire qui leur est subitement tombé sur la tête.

Alors, est-ce faire de la manipulation politique ou de la désinformation de l’opinion publique que de rester ébahi devant l’acharnement des conseillers de la présidence et les autres chantres du pouvoir qui clament à cor et à cri la « bonne foi » et « l’innocence » du chef de l’Etat dans ce dossier ? Qui a parlé de « manipulation » ?

Voici un chef de l’Etat qui reçoit « tout le monde ». « Bravo » l’homme du peuple ! C’est le seul refrain à la bouche de ses nombreux conseillers qui prennent d’assaut les médias, interdisant au passage, les antennes des chaînes de télévision, au challenger annoncé de l’opposition, pour les élections présidentielles de 2011. Nous voulons bien convenir du principe que les audiences au palais de la république, sont ouvertes à tous. Mais il y a certainement des conditions et on sait que des services spéciaux font un travail de renseignement assez pointilleux pour « tamiser » l’entrée des salles d’audience du palais; sinon où sommes-nous donc ? De deux choses l’une ! Ou les services n’ont pas correctement fait leur travail, question de compétence, ou peut être bien aussi que ce n’est pas le mode de fonctionnement sous le « changement » et c’est un défaut d’organisation.

L’opposition doit recentrer le débat en demandant au chef de l’Etat si ses services l’ont oui ou non informé sur la nature des individus qu’il a décidé de recevoir plusieurs fois en audience et qui se sont affichés en sa compagnie, à l’occasion, sur les écrans des chaînes de télévision du pays, qu’on se permet d’interdire aujourd’hui à un candidat annoncé, qui de surcroît est un député de l’Assemblée nationale ! A défaut des fiches synthétiques des « services » du palais pour le tenir informé sur la nature réelle de ces gens là, le chef de l’Etat doit alors nous situer clairement sur le traitement qu’il a fait de l’information que détenait déjà le ministre des finances et d’autres membres du gouvernement sur l’illégalité dans laquelle ces personnes opéraient et la nature frauduleuse de l’activité qu’elles exerçaient Toujours est-il que le conseil des ministres du 1er juillet 2010 a clairement indiqué que les institutions bancaires légalement installées au Bénin ont donné l’alerte en août 2009 sur les activités « illégales » qui prenaient de « l’ampleur ».

Alors devant « l’illégalité » et « l’ampleur » que prenaient l’escroquerie, qu’a fait le gouvernement d’août 2009 à juin 2010 ? On a parlé de plainte et après coup, un ministre a été sauté, comme un fusible, un procureur a été mis aux arrêts, toujours après coup. Mais le mal est déjà fait. Notons que c’est bien entre ces deux dates, août 2009 où « officiellement » le gouvernement dit avoir été informé de l’affaire et juin 2010 où il a eu un tollé général devant le scandale de l’escroquerie, que le chef de l’Etat a reçu plusieurs fois, en audience, avec une bonne médiatisation, les individus auteurs du forfait.

Imputabilité

Question de fonds ! Quelle doit être la réaction immédiate et sans équivoque de Boni YAYI, ancien de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest, (Bceao), Irénée KOUKPAKI, ancien de la Bceao, Idriss DAOUDA, ancien de la Bceao et Marcel de SOUZA, ancien de la Bceao, tous aujourd’hui aux affaires, au sommet de l’Etat béninois, quand ils apprennent que des individus sont installés illégalement chez eux pour faire des opérations financières frauduleuses ? Konan BANI, ancien de la Bceao, alors Premier Ministre de Côte d’Ivoire est celui qui a mis fin aux activités illégales de ces escrocs qui opéraient dans cet autre pays de la sous région qu’ils ont quitté pour venir s’installer au Bénin, alors dirigé par un ancien de la Bceao et ancien président de la Banque ouest africaine de développement (Boad). Imputabilité ! Le parlement béninois doit interpeller ces grands messieurs, des banquiers, qui nous gouvernent et de leur réponse jaillira la lumière. Pour l’heure on n’y voit rien. Vous avez dit « bonne gouvernance » !

José GANDAHO

Source: Le Matin




Tag(s) : #Politique Béninoise