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BENIN - Affaires Icc-Services : On ne connaîtra jamais toute la vérité

 

20 juillet 2010

  

Tout comme les autres scandales financiers qui ont éclaboussé le régime du changement, l’affaire Icc-Services restera pendant longtemps encore une nébuleuse autour de laquelle on n’aura que des responsables, mais pas de coupables. Ceux qui attendent la manifestation de la vraie vérité qui entoure ce dossier attendront longtemps encore.

  

L’affaire Icc-Services connaîtra malheureusement le même sort que le dossier Cen-Sad. C’est en tout cas l’avis de plusieurs autres Béninois qui observent la manière dont le gouvernement gère cette affaire depuis qu’elle a éclaté au grand jour. Ceux qui attendent la manifestation de la vérité autour de ce dossier attendront longtemps encore, le temps que le régime Yayi, qui a accordé une caution morale à l’activité illégale de Icc-Services, fasse disparaître les preuves qui l’accablent. Les incarcérations tous azimuts (parfois en violation des procédures requises) de certaines personnes ayant trempé dans ce scandale qui rappelle l’affaire Madoff  donne la preuve que le régime Yayi ne veut pas permettre au peuple béninois de connaître la vérité dans ce dossier. Emile Tégbénou, Guy Akplogan, Georges Constant Amoussou, Bio Djibril et consorts sont, depuis, privés de leur liberté à cause de l’affaire Icc-Services. Avant de passer derrière les barreaux, ils ont d’abord été entendus par divers comités et commissions mis en place par le Chef de l’Etat. Selon des indiscrétions, ce qu’ils ont révélé est tout simplement accablant pour le pouvoir du changement et son Chef. Et c’est pour cela que tout le monde doit être réduit au silence, le ministre Armand Zinzin-dohoué sacrifié par celui qu’il a servi avec zèle et dévotion, le premier. C’est exprès que sa garde à vue a été prolongée. Avant de le jeter en prison, il faut bien adopter une procédure claire. Celle du flagrant délit qu’on voulait lui coller n’a pas prospéré. Les différentes réactions enregistrées par son interpellation ont fait baisser la garde au gouvernement qui envisage maintenant de l’envoyer devant la Haute Cour de Justice qui s’occupera de son cas. C’est dire donc que son sort sera bientôt scellé.

  

Deux poids, deux mesures

  

La grande leçon qu’on peut tirer après l’évolution de ce dossier est qu’il y a comme un traitement de faveur fait à certaines personnes dont les responsabilités sont pourtant engagées d’une manière ou d’une autre dans ce dossier. L’affaire Icc-Services ne date pas d’aujourd’hui. Icc-Services a démarré ses activités au Bénin il y a de cela quatre ans. A l’époque, M. Marcel de Souza, actuel Conseiller technique aux affaires monétaires du Président de la République, occupait les fonctions de Directeur national de la Bceao. En dehors des communiqués qu’il a lancés, est-ce qu’il a pu fait grand’chose pour empêcher Icc-Services d’exercer librement ? La réponse est dare-dare non. Passons ! Dans ce dossier, l’interpellation du Capitaine Bio Djibril sonne comme une fuite de responsabilité de la Haute hiérarchie de la gendarmerie nationale. Le capitaine Bio Djibril peut-il agir sans recevoir l’ordre de sa hiérarchie ? C’est aussi non. Que dire alors de la présence du ministre d’Etat chargé de la défense à Aplahoué lorsque le responsable Icc-Services de cette localité a offert un véhicule à la Brigade de gendarmerie ? Dans ce dossier, des gens ont été emprisonnés depuis le jeudi 15 juillet 2010 pour association de malfaiteurs et recel de produits d’escroquerie. Il est de notoriété publique que les responsables de Icc-Services ont escroqué les populations béninoises. Ils ont utilisé les fruits de leur escroquerie pour réaliser des œuvres sociales dans tous les domaines (éducation, sécurité, santé, loisir, assainissement, accès à l’eau potable…). Si on s’en tient à cela, toutes les personnalités qui les ont assistés lorsqu’ils mettaient en service certaines infrastructures sociocom-munautaires  devraient être interpellées, ne serait-ce que par souci d’équité. Mais hélas ! Tel n’est pas encore le cas.

  

Une commission judiciaire, pour quoi faire ?

  

La mise en place d’une commission d’enquête judiciaire pour écouter les personnes interpellées dans l’affaire Icc-Services embête certains Béninois. Pour l’honorable Janvier Yahouédéou par exemple,  rien de concret n’est à espérer des résultats des investigations que mènera et mène déjà cette commission. « Les fameuses commissions créées tous azimuts sont des commissions fantoches, des  commissions genres Pognon dans l’affaire Cen-Sad, des commissions créées juste pour blanchir qui on veut et faire tomber quelques têtes pour tromper le peuple », a fait observer l’honorable Yahouédéou le jeudi 15 juillet dernier à l’Assemblée Nationale. Au-delà de ces observations, il faut retenir que ces commissions coûtent cher aux contribuables Béninois pour des résultats très peu objectifs et non exploitables. On aurait pu laisser la justice s’occuper de ce dossier, estiment d’ailleurs certains Béninois qui déplorent le fait que le gouvernement se retrouve juge et partie dans cette affaire.

  

Fin de cavale pour Ludovic Dohou

 

Après plusieurs semaines de cavale, le sieur Ludovic Dohou, Directeur général de Icc-Services, s’est laissé finalement appréhender. Comme ses compères de la pègre Icc-Services, il devra répondre à certaines questions de la commission judiciaire créée par le ministre Pascal Koupaki après avis du conseil des ministres avant de rejoindre ses collègues en prison. Les révélations qu’il fera ne pourront plus malheureusement servir à quelque chose puisque ceux qu’on veut humilier dans ce dossier – Armand Zinzindohoué, Bio Djibril et Georges Constant Amoussou – l’ont été déjà. La preuve est que le Conseiller technique aux affaires politiques du Chef de l’Etat, M. Amos Elègbè a livré le dimanche 18 juillet 2010 sur Golfe TV les présumés coupables Armand Zinzindohoué et  Georges Constant Amoussou à la vindicte du peuple. C’était sans état d’âme.

 

 

Pourquoi on a empêché Zinzindohoué de parler ?

 


Les langues commencent maintenant par se délier au sujet de l’interpellation de l’ancien ministre de l’intérieur et de la sécurité publique, M. Armand Zinzindohoué. Intervenant le dimanche 18 juillet 2010 dans l’émission dominicale «Questions actuelles» de Golfe TV, le Conseiller technique aux affaires politiques du Président de la République n’a pas eu froid aux yeux pour indiquer que le ministre Armand Zinzindohoué a fait du faux dans l’affaire Icc-Services. Cette sortie médiatique montre à quel point l’interpellation de l’ex-patron des flics du Bénin fait jubiler des gens dans l’entourage du Chef de l’Etat. Cela est bien gênant car on aurait pu laisser  Armand Zinzindohoué aussi parler, surtout au peuple béninois. Comme on sait que ce qu’il dira ébranlera le pouvoir du changement, on a vite fait de le priver de sa liberté, de le bâillonner, malheureusement en violation flagrante des lois de la République. Pour la manifestation de la vérité dans l’affaire Icc-Services et si vraiment on ne se reproche rien, on doit laisser le ministre Armand Zinzindohoué parler. Juste par souci de transparence. C’est de notoriété publique qu’il ne peut pas sortir indemne de ce dossier. Mais cela suffit-il pour le bâillonner comme c’est le cas actuellement ? C’est en tout cas trop facile pour le gouvernement de le priver de sa liberté et de laisser des gens proches du Chef de l’Etat le couvrir de toutes les souillures. Cela ressemble à une manœuvre bien concoctée pour cacher la vérité au peuple. Armand Zinzindohoué n’a pas agi seul. C’est plus que certain même.

 

 

Plusieurs épargnants dans le doute

 

Les opérations de recensement des personnes spoliées dans l’affaire Icc-Services ont démarré depuis le vendredi 16 juillet 2010. C’est par millier que les épargnants se rendent aux guichets ouverts dans les préfectures et dans les communes d’Abomey-Calavi et d’Adjarra pour se faire enregistrer.  Pour ceux qui ont encore sur eux leur livret, le problème ne devrait pas se poser puisque le gouvernement envisage de démarrer les opérations de remboursement en octobre 2010. Mais à l’allure où vont les choses, plusieurs clients de Icc-Services pourraient être laissés pour compte. Nombreux sont-ils à laisser auprès des responsables de Icc-Services leur livret. A eux s’ajoutent ceux dont les contrats ont été annulés et détruits de façon unilatérale par des agents de Icc-Services à la solde de leurs patrons, comme c’est le cas à Ouidah. Cette situation crée déjà le doute dans l’esprit de ces épargnants. Les assurances que donne le gouvernement ne semblent pas les convaincre.

 

 

Les «Vuvuzéla» du changement ont mal tonné

 

La sortie médiatique du Président Adrien Houngbédji le vendredi 16 juillet 2010 au sujet de l’affaire Icc-Services et des autres scandales de l’ère du changement n’est pas restée sans susciter des réactions. Comme on pouvait s’y attendre, cette sortie a engendré des réactions. Amos Elègbè et le Dr Alexandre Hountondji ont occupé l’espace médiatique qu’offre Golfe TV. Le ministre Gérard Kouassi a pour sa part réuni les professionnels des médias à l’Infosec pour une deuxième conférence de presse en une semaine. L’honorable Rachidi Gbadamassi n’était pas du reste. Il a donné de la voix. Comme à ses habitudes, il a plongé le peuple dans une confusion totale. Ce qui est important de retenir est que ces différentes sorties médiatiques n’ont malheureusement rien apporté à la manifestation de la vérité dans l’affaire Icc-Services. Pour certains analystes, ces proches du Président de la République ont tonné comme des «Vuvuzéla» mal fabriqués.

 

 

La presse nationale bâillonnée, la presse internationale pour sauver les meubles

 


La manière dont la presse aborde le dossier relatif à l’affaire Icc-Services n’est pas du goût du gouvernement. Pour gérer à sa guise ce dossier, le gouvernement du Dr Boni Yayi a pris en conseil des ministres une décision mettant en garde la presse. Le ton était si fort qu’on s’est demandé si le Bénin est toujours un Etat démocratique où le droit des populations à avoir accès une information variée est respecté. Heureusement qu’en dehors de la presse nationale, la presse internationale suit avec la plus grande attention ce dossier dans lequel le pouvoir du changement s’est englué sans retenue. Aujourd’hui, Icc-Services sera en gros plan sur Rfi dans l’émission « Appel sur actualité» de Juan Gomez. Ce sera un autre regard (malheureusement piteux) sur le Bénin d’aujourd’hui gouverné par plusieurs banquiers et que des escrocs ont utilisé pour spolier les populations.

 

 

Le peuple meurtri doit sanctionner, selon l’Ong Lca

  

La principale victime de la nébuleuse Icc-Services est bel et bien le peuple béninois. Réduit à la misère, il vient d’être pris dans l’engrenage d’une vaste machine d’escroquerie pilotée par des gens qui ont bénéficié d’une manière ou d’une autre de l’appui du régime en place. Tout en réclamant des acteurs politiques la détente  nécessaire pour ne pas distraire le peuple meurtri, l’Ong Le Citoyen d’Abord (LCA) appelle toutes les Béninoises et tous les Béninois à tenir compte dans les consultations à venir, du «rôle responsable» que les politiciens toute tendance confondue jouent dans la résolution du dossier Icc-Services.

  

Communiqué

  

Le peuple est victime, avec des  complicités au sommet de l’Etat, d’une escroquerie innommable perpétrée par des structures illégales de collecte d’épargne et de placement d’argent. Alors qu’il urge de prendre des mesures idoines pour sortir de leur lamentation les familles dupées, le pouvoir a opté pour des actions encore incertaines. L’opposition, quant à elle, ne propose aucune solution concrète pour sortir les pauvres de cette impasse.


 Le peuple se trouve ainsi orphelin d’un  gouvernement qui n’a pas su le protéger, et d’une classe politique qui a manqué d’attirer son attention sur les risques du placement de fonds dans ces structures incriminées.


L’attitude critique de nos gouvernants et celle du camp qui aspire à les remplacer doivent être un sujet de réflexion pour le peuple tout entier.
Citoyenne, citoyen ! Tu traverses en ce moment des moments difficiles. Tu es exposé à des manipulations de tout genre. L’ONG Le Citoyen d’Abord (LCA) t’invite à la vigilance, à analyser  toutes les actions et déclarations des politiques afin de distinguer les manipulateurs de ceux qui sont sensibles à ta douleur.


En cette veille de l’élection présidentielle et des législatives, LCA demande à chaque électrice et chaque électeur à prendre conscience de sa responsabilité dans l’avenir de ce pays. Cela passe par le choix de dirigeants  soucieux d’un destin meilleur pour le Bénin.


Tout en réclamant des acteurs politiques la détente  nécessaire pour ne pas distraire le peuple meurtri, LCA appelle toutes les Béninoises et tous les Béninois à tenir compte dans les consultations à venir, du «rôle responsable» que les politiciens toute tendance confondue jouent dans la résolution du dossier ICC Services. Il s’agit d’aborder la période post-cinquantenaire de l’indépendance du Bénin avec des leaders capables de faire face aux défis des temps modernes.

 

Le Président
Romain Léandre Kiki

 

 

 

Yahouédéou accuse

 

L’honorable Janvier Yahouédéou est indigné de la manière dont l’affaire Icc-Services est conduite. Pour lui, le risque que l’affaire se noie est grand. C’est en tout cas la substance de la déclaration qu’il a faite  le jeudi 15 juillet dernier au Parlement.


« Le scandale ICC a porté au grand jour le vrai visage du Gouvernement qui nous dirige en ce moment. Le Chef de l’Etat, le Président Boni Yayi est en train de prendre le peuple béninois pour plus bête qu’il ne l’est. Icc-Services  a démarré ses activités il y a quatre ans, et à l’époque M. Marcel de Souza, le beau frère du Président, était le Directeur national de la Bceao. Qu’est-ce qu’il a fait pour faire suspendre Icc ? … Le Président Boni Yayi lui-même, ce n’est pas lui qui a autorisé ? Est-ce que vous savez qu’Icc-Services a un agrément signé par l’administration béninoise sur instruction du Chef de l’Etat, suite à une audience accordée au Pdg de Icc ?  Et ils viennent nous dire aujourd’hui qu’ils ne sont pas au courant ? Que le Chef de l’Etat vienne expliquer au peuple béninois là où ils trouvent  autant d’argent pour organiser des marches. Où il a trouvé  l’argent pour financer à 400 cent millions, la marche populaire qu’il y a eu pour soutenir ses ordonnances du 26 Juin 2010 ? Monsieur le Président, Chers Collègues, les fameuses commissions créées tous azimuts  sont des commissions fantoches, des commissions genre Pognon au moment du dossier Cen-Sad, des commissions créées juste pour  blanchir qui on veut et faire tomber quelques têtes pour tromper le peuple. Savez-vous Monsieur le Président, qu’il y a certains membres de cette commission qui sont totalement empêtrés  dans le dossier ICC ?  Est-ce que vous avez appris Monsieur le Président, que des dossiers des épargnants sont volés la nuit, et jetés ? Comment est-ce qu’on pourra faire ces recoupements là ?

 
Monsieur le président, un peuple qui oublie les erreurs du passé, est un peuple qui est appelé à les répéter ! Et l’histoire est en train de bégayer au Bénin. Rappelez-vous du scandale  »Kovacs », une affaire dans laquelle le Capitaine Janvier Assogba a découvert  qu’il y avait corruption au sommet de l’Etat à la veille du 26 octobre 1972. Voulant le dire, il y a eu tellement de remue ménage qu’il a été coffré sous prétexte qu’il voulait faire un coup d’Etat. Et nous avions vu une Commission d’enquête spéciale mise en place pour étudier le dossier. Cette commission a donné quoi comme résultats ? L’arrestation de Janvier Assogba pour dix ans de prison et l’affaire Kovacs étouffée pour blanchir qui on sait. Ces commissions que nous sommes en train de voir naître devant nous, intelligents que nous sommes, sont en réalité des commissions chargées de protéger qui de droit. Le Président Yayi ne devrait pas piloter ce dossier. Si c’était même possible, il devrait être écouté aussi et gardé à vue. C’est pour empêcher centaines personnes de parler qu’on les fait arrêter, pour les bâillonner. J’ai rendu visite hier au Ministre  Zinzindohoué !  Je l’ai écouté ;  j’ai rendu visite au Procureur Général de République ; je l’ai écouté. D’abord du point de vue de la  procédure, si je prends le cas du Procureur Général de la République, il ne revient pas à une commission de l’écouter ! Le dossier doit être transmis à la Cour Suprême qui instruit. Mais on est où ? On est dans une République démocratique ou pas ? De toutes les façons, complice ou pas,  coupable ou pas, le chef de l’Etat Boni Yayi est responsable de ce qui nous arrive. Et au vu du désastre économique, nos femmes des marchés ont mis leur argent dedans, leurs capitaux. Il y a une El Hadja qui n’allait plus au marché. On la questionne, « tu n’es pas allée au marché aujourd’hui ? » Et à chaque fois, elle répondait « Plus rien ne va au marché » ; Une autre fois  »El Hadja tu ne vas plus au marché ? » Elle brouille encore les cartes en répondant, « c’est parce que je suis fatiguée », maintenant  que le scandale ICC éclate, El Hadja se met à se lamenter et avoue  «J’avais placé tout mon argent dans Icc-Services ». Tout le système économique béninois s’effondre avec l’épargne populaire évaporée. Moi je pense qu’avec ce qui s’est passé, le Président Boni Yayi ne peut plus diriger ce pays. Il a montré ses limites et il a l’obligation, conformément à la constitution, conformément au serment qu’il a prêté, puisqu’il a l’obligation de protéger les citoyens, il doit tout simplement  démissionner.
Monsieur le Président je vous remercie ».

 

 

Dossier réalisé par Affissou Anonrin

Tag(s) : #DOSSIERS

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