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21-05-2010

 

Écrit par Brice Ogoubiyi

 

BENIN: « Ah ! Cela suffit ! Boni Yayi depuis 2006 n’a fait que violer la constitution, toutes les fois que ses intérêts sont en jeux…. »

 

 

(ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC GEORGE SACCA)


Ancien directeur général adjoint du Trésor et des domaines, président de parti et un des pontes de la candidature de l’actuel président de la BOAD à la présidentielle de 2011, Sacca George Zimé dans un entretien sans langue de bois, s’est prononcé sur les faits marquants de l’actualité nationale et du mandat finissant du président Boni Yayi. Il exprime sa désillusion du quinquennat actuel et prône à l’avènement de Bio-Tchané au pouvoir, le respect de la constitution duquel découlera toute action de développement.

 

 

Nouvelle expression : Les cinq ans de Boni Yayi viennent à terme d’ici à neuf mois, marqués peu ou prou, par des réalisations sur le plan social, économique et politique. Peut –on en toute sincérité dire que son bilan est négatif sur toute la ligne?

 

George Sacca : Pour moi, son bilan est globalement négatif, tant au plan sectoriel que politique.

 

Que dire de la gratuité de la césarienne, de l’école primaire, des micorcrédits, la Lépi en cours, la réforme constitutionnelle et bien d’autres projets ?

 

Tout le monde en parle et un accent particulier est mis sur les réalisations, notamment par les partisans du pouvoir. Mais permettez-moi de vous dire que la question de la césarienne c’est l’opium du peuple ! Elle a pour objectif d’endormir la conscience des populations. C’est pourquoi, elle fait l’objet d’une grande propagande, une propagande à coup de millions de francs cfa. Je sais que la gratuité de la césarienne est réservée aux indigents. Je serais à cent pour cent d’accord, si cette l’intention du gouvernement était dénuée d’arrière-pensée. Ce qui n’est pas le cas, et la propagande qui en découle, justifie mes craintes. Cette gratuité tue l’initiative privée.

 

Que dire alors de la gratuité de l’école ?

 

Il en est de même de la gratuité de l’école. A partir du moment où l’intention n’est pas saine, elle devient mauvaise. C’est encore un instrument de propagande et de campagne pour 2011. Je remarque que le chef de l’Etat après avoir prêté serment dès son investiture, a ,déjà et de façon précoce, fermé la porte de 2006 à 2011. Il a commencé la campagne pour les élections de 2011 et la gratuité de l’école rentre dans ce cadre-là. Sinon comment comprendre, qu’on décrète la gratuité de l’école, sans avoir construit au préalable un minimum de salles de classes, sans former les enseignants et sans même mettre sur pied une organisation pour la mise en application de la gratuité de l’école. Je pense que pour cet acte là, Boni Yayi a mis la charrue avant les bœufs. Les enfants sont envoyés à l’école sans un minimum d’infrastructures scolaires et de manuels pédagogique. Ce n’est pas digne d’un gouvernement.

 

Que dites-vous des micros finances qui semblent constituer une des actions phare du quinquennat Boni Yayi ?

 

Mon constat est amer. Comment peut-on se servir de la pauvreté des populations à des fins personnelles ? C’est révoltant ! Pensez-vous qu’il faille passer de l’argent aux personnes pauvres ? Pour moi, en tant que financier, ma réponse est non. Tout simplement parce que le pauvre ne peut pas investir. Donner où passer 30.000 à 50.000 F Cfa à un pauvre, alors qu’il n’a pas de quoi manger, ni se soigner, ni comment envoyer ses enfants à l’école, il va le dépenser. Je pense qu’on devrait passer de l’argent aux entrepreneurs et donner du travail aux pauvres. Cela constitue une question très importante qui mérite d’être étudiée avant sa mise en œuvre.

 

Sur le volet de l’assainissement des finances publiques, avez-vous le sentiment que là, il a réussit ?

 

C’est une catastrophe ! Lorsque je vois pourtant autour du chef de l’Etat de grands financiers, et qu’il s’empêtre dans des contradictions économiques, j’en perds mon latin. Je puis vous dire que la déontologie ordinaire des finances publiques n’est pas respectée comme l’unicité des comptes de trésor public, la gestion des fonds d’escortes, l’affaire CEN- SAD. Quand j’ajoute à ce registre des dons dans les villages aux chefferies traditionnelles aux confessions religieuses alors que le pays vit sur des prêts et des bons de Trésor, des emprunts obligataires, quatre en 2009, bientôt quatre en 2010, sans l’observance des règles élémentaires, il y a de quoi s’alarmer. On va même jusqu’à forcer la main aux banques, aux sociétés d’Etat pour y contribuer. On souhaite et nous attendons que le gouvernement nous montre à quel investissement ont servi tous ces fonds? A entendre certains agents du ministère des Finances, les ordres de payement, hier une exception, sont aujourd’hui de principe. Donc je suis en droit de dire que Boni Yayi a échoué partout dans l’économie et dans l’agriculture, en l’occurrence le coton, le palmier à huile, le riz etc.

 

Le gouvernement a accordé 15 jours, puis 03 autres jours supplémentaires et depuis hier, 07 jours pour les retardataires. Avez-vous le sentiment que les plaintes de l’opposition vis-à-vis du pouvoir par rapport au recensement pour la Lépi ont été entendues ?

 

Ne vous y trompez pas ! L’opposition est montée aux créneaux pour mettre à nu les dérives dans l’application et la mise en œuvre de la LEPI. Il y a eu des erreurs que l’opposition demande de corriger. Cela n’a pas été fait et on est passé à l’étape supérieure. Nous le savons tous du délai, la précipitation et l’inorganisation sont érigées en méthode de gouvernance. On n’est donc pas surpris de la prorogation. Je n’ai pas encore vu des Béninois contre la LEPI. Mais la grande majorité est contre sa mise en œuvre sans consensus.

 

La LEPI, possible pour 2011 ?

 

A l’impossible nul n’est tenu. Mon souhait est une LEPI consensuelle pour 2011, mais je refuse qu’on la lie à la présidentielle de 2011, parce que là c’est trouver malheur en chemin. Le parlement béninois est assez expérimenté pour prendre des lois pour l’organisation des élections, à défaut d’avoir une Lépi transparente.

 

Et si le pouvoir actuel en décidait autrement ?

 

Ah non, ça suffit maintenant ! Boni Yayi, depuis 2006 n’a fait que violer la constitution toutes les fois que ses intérêts personnels sont en jeu. Toutes les institutions de la République considérées comme des contrepoids du pouvoir exécutif sont aujourd’hui des appendices du gouvernement. Yayi, ayant bafoué l’essentiel des règles du jeu démocratique, ne doit plus continuer.

 

Que préconisez-vous comme alternative, s’il se trouve que vous arrivez au pouvoir en 2011 ?

 

La première des choses, c’est le respect de la constitution et assurer le bon fonctionnement de toutes les institutions. Pours nous « Amis de ABT » l’orientation économique, sociale, politique et culturelle doivent découler de là. C’est le canevas dans lequel nous devons évoluer.

 

 

Propos recueillis

par Brice Ogoubiyi

 



 

Tag(s) : #Politique Béninoise