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11/01/2014

 


BENIN : Au Bénin comme au Burkina, pour lutter contre la corruption, il faut payer à un ménage ordinaire le salaire minimum de 151.500, 00 FCFA mensuels


 

Cela ne veut pas dire que le salaire minimum doit être porté à 151.500,00 FCFA mensuels. Mais, pour un couple salarié avec un enfant à charge, les revenus mensuels du foyer ne doivent pas être inférieurs à cette somme. Parité salariale oblige, on peut donc exiger un salaire minimal de 76.000,00 FCFA pour chaque conjoint.


Au Bénin où les banquiers sont aux commandes depuis huit ans, on s’étonne qu’ils n’aient pas pensé à cette équation simpliste qui tranche mieux que tous les « vuvuzela » sur les OMD. Par conséquent, nous approuvons la pertinence de l’analyse de Adama Tiendrebéogo. Il appartient aux syndicalistes de s’approprier cette analyse pour monter au créneau lors des prochaines joutes présidentielles au Bénin et au Burkina. Lisez plutôt !!!


IB

 


Le rôle d’un salaire


Le salaire est défini par le Ministère de l’Economie et des Finances de notre pays comme étant une « somme d’argent versée par un employeur à un salarié, en échange d’un travail fourni par le salarié ». Tout travailleur doit pouvoir vivre décemment de son travail et le salaire réel qui est mesuré en fonction du pouvoir d’achat devrait lui permettre de régler ses questions existentielles : se nourrir, se loger, se soigner, se déplacer, s’occuper de la protection de sa famille…

Simulation sur la structure de dépense d’un ménage ordinaire Faisons une simulation sur les dépenses mensuelles (minimisée) d’un ménage de trois personnes : le chef de ménage, son épouse et son fils/fille.

 

Salaire-minimal.jpg

 

Avec 151 500 Fcfa comme salaire, l’on édifie un salarié vivant avec difficulté et beaucoup de privation, incapable de se soigner en cas de maladie, de scolariser ses enfants, d’investir et donc qui se retrouvera sans abris à la retraite. Cet article ne peut avoir la prétention de dresser le niveau de vie décent qu’il faut pour les burkinabè. Mais l’objectif rechercher à travers cette simulation avec des dépenses minimisées est de démontrer qu’il est important de faire un diagnostic de la situation des salaires qui seuls ne permettent pas raisonnablement à la majorité des burkinabè de vivre décemment.


Conséquence de la difficulté de vivre avec les salaires


Le rapport final du Ministère de l’Economie et des Finances dans le cadre de la revalorisation salariale au Burkina Faso de juin 2013 situe le salaire moyen net à 37 455 FCFA . Les résultats de la simulation montrent avec certitude que les salaires ne peuvent donc pas permettent au travailleur ordinaire de régler ses questions existentielles : le salaire moyen net étant de plus de trois fois inférieur au montant total obtenu après simulation. Comment survie-t-il donc ? La réponse à cette question ramène aux conséquences de la difficulté de vivre avec les salaires actuels. Les principaux points suivants sont à retenir : 
- Il existe apparemment une règle informelle qui sous-tend que les salaires n’étant pas suffisants pour avoir une vie décente, il appartient aux salariés de trouver des solutions de survie et ces solutions n’écartent pas les abus de la force et des ressources publiques. 
- Lorsqu’un individu est confronté à une équation dont la résolution peut mettre en cause son existence, l’instinct de survie oriente son comportement. Ainsi, si les salaires ne permettent pas de vivre décemment, des solutions de survie seront trouvées par les individus et aucun dispositif de lutte contre la corruption et les abus de la force et des ressources ne pourra être efficace. Cela n’est pas sans conséquences sur le développement qui nécessite une capitalisation et une rationalisation dans l’utilisation des ressources publiques, source principale de financement des secteurs de développement. Les ressources publiques désorientées des canaux classiques de développement que sont l’éducation, la santé, l’eau, l’agriculture, les infrastructures, la création d’emploi…ne peuvent que conduire le pays à une situation de renforcement de la pauvreté et de dégradation des conditions de vie des populations. 
- Les individus se retrouvent pris dans un « piège psychologique » à deux options : d’une part une souffrance dans l’âme de vivre dans une situation de pauvreté et de choix de consommation très limité et d’autre part des remords de vivre de façon illégale, immorale et illicite avec des ressources mal acquises ; 
- L’inefficacité dans la production des biens et services publics en particulier. La difficulté de vivre avec les salaires démotive les agents qui plutôt que de capitaliser leur efforts sur la production, seront à la recherche de solution de survie ;


Recommandations : Vues les conséquences de la difficulté de vivre avec les salaires actuels sur le processus de développement, monsieur/madame le futur Président du Faso devrait trouver des réponses à ce phénomène dont la résolution sera nécessaire pour aller vers le progrès économique.

La solution classique et basique qui consiste à augmenter les salaires apparait inefficace. Les augmentations de 4 à 5% (exemple des mesures gouvernementales qui ont pris effet à partir du 1er juillet 2013) qui coutent des milliards à l’Etat n’ont aucune portée chez l’individu. Pour un salaire moyen de 37 455 FCFA, une augmentation de 5% correspond à 1 873 FCFA et que représente cette somme en terme de pouvoir d’achat ?

Ainsi, même si les salaires sont augmentés par 100% voir 200% ou 300%, le problème demeurera car ils seront toujours raisonnablement insuffisants. Les mesures économiques à rechercher devraient s’orienter plutôt vers l’amélioration du pouvoir d’achat des agents et/ou la mise à disposition par l’Etat à très moindre coûts des biens et services sociaux de base, des mesures accompagnant légalement les agents à améliorer leur pouvoir d’achat en travaillant par exemple à temps partiel pour l’employeur…Bref, la balle est dans le camp des candidats.


Adama Tiendrebéogo
Economiste-statisticien
E-mail : tabz822@yahoo.fr

 

 



 
 
  
  
Tag(s) : #Politique Africaine

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