Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

BARBOTAGE: Yayi, corruption et quadrature du cercle

 

S’il est vrai que seuls ceux qui ne font rien ne se trompent jamais , selon une certaine opinion, il n’en demeure pas moins vrai et logique aussi que ceux qui ont choisi délibérément de se tromper chaque fois et toutes les fois doivent s’abstenir de se prêter volontaires et volontaristes comme des « hommes à tout faire ». Mieux vaut parfois s’abstenir d’agir que d’agir pour se « casser proprement la figure » et se retrouver Gros Jean comme ci -devant. « Ne pas agir, c’est aussi agir », fait remarquer le philosophe. En d’autres termes, l’inactivité ou l’inaction n’est pas toujours signe de faiblesse ni de paresse. Et, en toute logique, chaque action devrait réellement être précédée d’une mûre réflexion. A moins qu’on ne soit guidé par l’instinct bassement grégaire d’un carnassier à la boulimie en inflation.

 

En fait, il pensait , lorsqu’il commença son’’ barbotage’’, que la corruption était une figure géométrique comparable à un carré ou un rectangle voire un triangle, et pourquoi pas un cube dont on pouvait aisément et facilement dénombrer et identifier les côtés, visibles à l’œil nu, en les déliant, selon l’inspiration, pour en faire une droite linéaire. Il ne pensa guère prendre conseil auprès de ses prédécesseurs ni de ses vrais ‘’conseillers’’, plus ou moins aguerris du phénomène, se prenant, en vérité, pour un démiurge si ce n’est un thaumaturge. En un coup de baguette magique, il pouvait, comme Moïse, diviser la Mer Rouge en deux et se croyait capable de bien d’autres miracles tels d’autres saints et sages de l’histoire des textes sacrés. L’enthousiasme débordant l’amena à dévaler les artères des rues de Cotonou, chemise blanche aux manches longues, pantalon et chaussures noirs, sur près de 2 à 3 km. Spontanément, d’autres marcheurs suivirent en croyant à la bonne foi, au courage, à la sincérité voire à la détermination de l’homme du changement à prendre le mal par la racine et à l’éradiquer. C’était le 16 juillet 2007 Et les lexicologues du moment, forts en néologisme, le baptisèrent avec un drôle de titre : « marche verte contre la corruption ». Effet boule de neige comme on sait le faire ici au pays. Une nouvelle filière était trouvée.

 

C’était bien la Providence qui, dans son amour infini et sa sollicitude pour le Bénin, l’avait fait tomber comme la manne du Ciel. Et chacun s’en servit. La filière était toute trouvée pour, soit plaire au Prince, soit plaire à soi même, soit à son entourage surtout aux projecteurs et caméras, chasseurs d’images, paparazzi. Et l’on marcha, marcha, marcha, vertement contre la corruption qui était restée rouge. Des voix s’élevèrent pour décrier ce nouveau spectacle, ou ce nouveau sport découvert au pays de Guézo. Ils insistèrent pour décrier la « marche contre une abstraction ». Leurs voix étaient atones et aphones. On les accusa d’être des complices des pilleurs de l’économie nationale et des deniers publics. Des manipulateurs de conscience et des troubadours. D’autres trouvèrent des qualificatifs encore plus injurieux.

Chose curieuse, parmi les marcheurs, et les crieurs à tue tête, étaient bien logés et en première ligne des fossoyeurs aux visages d’ange. Mais il fallait suivre les pas de l’initiateur et faire chorus pour espérer des strapontins et d’autres largesses. A bas la corruption ! « Aucun obstacle ne m’empêchera de lutter contre la corruption…j’irai jusqu’au bout quoiqu’il advienne… » nous renvoyait l’écho des murs du Palais de la Marina. De nouvelles amours naquirent avec les organisations de lutte contre la corruption, lesquelles, dans un passé récent, semblaient être des parias et des pestiférés. Bras dessus- bras dessous, Fonac , Olc de Jean Baptiste Elias et Boni Yayi. Quelques anciens membres de l’ancienne Cellule de la moralisation de la vie publique rendirent témoignage de leurs difficultés à traquer les corrompus dans le passé. Maintenant, ils avaient armes et bagages. Dieu soit loué !

 

Dans ce barbotage, l’on publia une liste de ‘’corrompus et présumés coupables ». Une ou deux grosses têtes furent mises au gnouf sans explication objective. Et le combat cessa faute de combattants. 4 ans après, disons 2 ans après, le bilan est décevant. Le livre blanc dit ce qui suit : « A l’analyse des résultats obtenus et se fondant sur les données de 2006, un constat s’impose : le phénomène de la corruption n’a pas reculé et tend même à s’aggraver » (p 8). Sous quel règne ? Sous le règne de celui qui n’a pas compris que le phénomène de la corruption, mal appréhendé tel qu’il l’a fait, est assimilable à une quadrature du cercle. Et pour le parodier, « le prochain Président luttera mieux contre ce fléau ». De 7,5 % nous sommes passés à 7, 6 %. Que cesse donc le barbotage de Yayi !

 

Source: Le canard de la semaine



 

Tag(s) : #EDITORIAL
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :