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 Bénin: Boni Yayi sous tension sociale

 

Publié le Dimanche 5 août 2012

  

Écrit par Virgile Ahissou

 

Au détour d’un entretien radiotélévisé célébrant les 52 ans de l’indépendance du Benin, le président béninois a attisé - consciemment ou inconsciemment - le feu (des remous) qui couvait sous une quiétude apparente. Pour avoir parlé « à cœur ouvert », Yayi semble avoir ouvert les hostilités sur le front social.Attention à l’embrasement.

 DANS LA FOULEE des remous socio politiques faisant suite à la prestation du 1er août via laquelle Boni Yayi a tout l’air d’avoir égratigné plus d’un de ses compatriotes, un énième mouvement a vu le jour. Au cours de sa première sortie le 4 août, « Trop c’est trop, ça suffit » a allègrement surfé sur la vague des réactions à chaud des principaux « blessés » par les « vérités » présidentielles jugées assez crues, voire amères. Les jeunes du mouvement « Trop c’est trop, ça suffit », menés entre autres par un noyau d’anciens leaders de la fronde estudiantine des années 1980, n’y vont pas de mains mortes.

 

Fustigeant à tour de bras une situation politique et socio économique « catastrophique » marquée par la violation des libertés publiques et démocratiques et la dégradation de l’unité nationale, ils demandent au gouvernement de prendre des mesures visant à réduire le train de vie de l’Etat, combattre la cherté de la vie, etc.

 Puis ils exigent que soit rapportée la décision gouvernementale annulant la prise de service d’un nouveau président de la fédération de football et rétablissant l’ancien, en violation d’une décision de justice.

 

De plus, les jeunes, réunis au sein du mouvement « Trop c’est trop, ça suffit », demandent au gouvernement de convoquer pour le premier trimestre de 2013 au plus tard des assises nationales souveraines pour « réfléchir et retenir ensemble une nouvelle orientation » pour le pays.

 

Le président parle au peuple

 

Le coordonnateur du mouvement, Dieudonné Tampegou et ses lieutenants Jacques Ayadji, Clotaire Olihidé et Séraphin Agbahoungbata apportent donc leurs voix au chœur de la levée de bouclier contre certains propos du président.

 

Mais que diable avait-il dit ?

Retour sur les faits.

A cœur ouvert, le président parle au peuple béninois ». Tel fut l’intitulé de l’entretien radiotélévisé où le président Boni Yayi, face à trois journalistes, tous directeurs de chaînes de télévisions publique et privées, s’est prononcé pendant trois heures sur le malaise socio-économique ambiant.

 

Yayi a plutôt dit sa part de vérité sur certains faits et événements dont la responsabilité lui est imputée personnellement. Le supposé redressement fiscal utilisé comme arme contre certains entrepreneurs locaux, Yayi se refuse à l’accepter. Surtout en ce qui concerne Sébastien Adjavon, le plus gros contributeur aux recettes douanières dans un pays à budget essentiellement fiscal. L’opposition politique aurait-elle été grugée dans la confection de la liste électorale permanente informatisée, la Lepi controversée ? Le président ne l’accepte point. A mots à peine voilés, il se déclare victime d’entraves diverses de la part des uns et des autres. Tout le monde fut servi.

 De l’entrepreneur jugé pas très en règle avec le fisc aux hommes politiques « médiocres » en passant par les « petits » journalistes qui osent critiquer en « insultes » le président de la république.

 

L’entretien présidentiel continue de provoquer des remous partout où l’on a frappé.

 

Le plus gros contribuable, par ailleurs chef du patronat, par le biais d’une conférence de presse, rejette les allégations présidentielles de fraude douanière. Il clame la pureté de ses affaires que s’acharnerait plutôt à détruire le président.

 Le patron des patrons en profite pour fustiger chez le président la récente immixtion selon lui dans la crise du football (on voit bien qu’ici c’est le sport roi) malgré un arrêt de la cour d’appel.

 

De quoi sonner l’alerte à « l’insécurité juridique ».

 

"Yayi n’est probablement pas conscient de professer des vertus dont il ne fait pas preuve dans la pratique"

 

Lazare Sèhouéto

 

Les hommes politiques de l’alliance UN (l’Union fait la Nation), force d’opposition n’ont pour leur part pu rendre comme voulu la monnaie de la pièce présidentielle.

 Leur conférence initiée pour la circonstance a été perturbée, voire empêchée par une centaine de fanatiques supposés du président.

 

Le coordonnateur général de l’UN, Lazare Sehoueto, en appelle à la sérénité de tous ses militants, «afin qu’ensemble, avec les forces vives de la Nation, nous ramenions la raison, la vérité et la sincérité au cœur de la politique ».

 

L’opposant ajoute : «Yayi n’est probablement pas conscient de professer des vertus dont il ne fait pas preuve dans la pratique. Un tel chef d’Etat, qui pratique le double langage, qui n’assume pas les décisions de son gouvernement, qui abuse des médias pour vilipender les autres (les politiques, les opérateurs économiques), en situation de monologue, sachant qu’il ne fera jamais aucun débat contradictoire, n’expose pas seulement sa faiblesse morale, il démontre aussi, (hélas !) qu’il ne mérite pas de diriger un Etat qui se veut démocratique ».

Comme on le voit, les paroles volent déjà bas au pays « laboratoire de la démocratie » des années 1990. Attention au brasier !

 

Source: http://www.afrika7.com/Afrique-de-l-Ouest/benin-boni-yayi-sous-tension-sociale

Tag(s) : #Politique Béninoise