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BENIN: Ça peut nous arriver (la situation en Côte d'Ivoire)

 

6 décembre 2010 par richard 

 

 

La situation en Côte d’Ivoire est préoccupante. La presse nationale en fait son chou gras. Quelques débats ont été organisés dans ce cadre. Au-delà de l’émotion, il y a une opinion dominante :  » Ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire ne peut jamais arriver au Bénin « . Cette opinion est abondamment relayée par des journalistes invités sur le plateau de Canal III. Plus mesurés, sans doute au regard de la géopolitique régionale, certains politologues et juristes ont préféré jouer la carte de la prudence. La situation en Côte d’Ivoire pose au-delà des humeurs, des émotions et des colères, deux problèmes majeurs, à savoir : la limite de la souveraineté des Etats l’autorité de la chose jugée et, la sincérité dans un scrutin démocratique.

 

La Côte d’Ivoire est un Etat souverain. Ce qui signifie que toute personne qui aspire à le diriger doit avoir le sens de l’Etat. Avoir un carnet de relations privilégiées avec les dirigeants des puissances impérialistes ne vous donne aucun droit à vous faire complice de la vassalité de l’Etat. La France, par la voix de son Président Nicolas Sarkozy, intime l’ordre à la Commission Electorale Indépendante (Cei) de donner le résultat des élections avant minuit du troisième jour du second tour de la présidentielle ivoirienne. C’est un comportement inacceptable. L’indépendance politique, l’Afrique noire francophone l’a acquise depuis 1960. Le peuple ivoirien n’est pas sous la coupole du gouvernement français. C’est une ingérence intolérable. L’Organisation des Nations Unies (Onu) a reçu comme mandat de certifier les résultats. La certification donne-t-elle une valeur supra nationale aux actes du certificateur en chef ? Le vacarme médiatique organisé pour annoncer la victoire de Ouattara pose un problème institutionnel. La certification aurait pu transiter par le Conseil Constitutionnel. Lorsque le représentant de l’Onu affirme que l’organisation a les moyens pour faire respecter le verdict des urnes, cela rappelle le temps de la Société des Nations. La Côte d’Ivoire serait-elle une nation sous tutelle ? Quoi qu’il en soit, l’Onu n’est pas qualifiée pour anéantir les forces de sécurité de la Côte d’Ivoire. L’Onu a échoué en Côte d’Ivoire, en se faisant complice de l’Etat de non droit dans le nord du pays où les rebelles ont repris les armes. Le désarment est un leurre. Le terrorisme onusien ne saurait faire frémir un nationaliste. Voilà pourquoi Laurent Gbagbo doit continuer à s’opposer à la France et ses valets locaux et se rendre disponible pour la médiation africaine. Il a eu le mérite de s’opposer à l’impérialisme éhonté des puissances occidentales. L’Union Africaine et la Cedeao peuvent convaincre Laurent Gbagbo à céder son fauteuil. Sarkozy et Obama ne sont pas qualifiés pour …Ils ont leurs problèmes. Vraisemblablement qu’aucun d’eux ne renouvellera son mandat. A chacun donc ses problèmes.

 

L’autorité de la chose jugée est une incantation des juristes pour vernir le faux. Le Conseil constitutionnel ivoirien, comme son homologue béninois, est constitué de partisans. Le Président du Conseil Constitutionnel ivoirien est un membre du Front Populaire Ivoirien (Fpi), en comparaison à celui du Bénin qui est un membre des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (Fcbe). Le chroniqueur ne se fait aucune illusion. La Cour Constitutionnelle du Bénin est à l’image du Conseil Constitutionnel ivoirien. La désignation de ces deux cours est objet de polémique. Les décisions qu’elles rendent constituent des cas de traumatismes en droit constitutionnel. Le cas de la Cour du Bénin est illustré par un revirement permanent de jurisprudence ; un abus de régulation et des décisions qu’aucun Dalloz ne saurait publier ! A titre d’exemple, le Président de la Cour Constitutionnelle du Bénin poursuit actuellement votre journal pour avoir publié une réflexion du philosophe Paul Abitan sur la Cour Constitutionnelle. Dès lors, comment peut-on dire que ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire ne saurait arriver au Bénin ? Il y a des signes qui ne trompent pas. Fort heureusement, l’article 19 de notre Constitution dispose :  » Tout individu, tout agent de l’Etat est délié du devoir d’obéissance lorsque l’ordre reçu constitue une atteinte grave et manifeste au respect des droits de l’homme et des libertés publiques.  »

Confisquer la victoire d’un candidat, la dénaturer, l’annuler à des endroits donnés sans justification solide, c’est porter atteinte aux droits des hommes qui se sont ainsi exprimés librement.

Herbert Hou

 
Tag(s) : #Politique Africaine
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