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BENIN: Candide AZANNAI, le samouraï de Jonquet

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J’ai rencontré Candide Azannaï sur mon chemin d’homme-politique lorsque l’Union Démocratique pour le Renouveau Social (Udrs), le parti dont j’étais le président-fondateur, a intégré la Renaissance du Bénin en 1994. Il en était alors le Secrétaire général adjoint.

 

L’homme me respecte, m’appelle jusqu’à maintenant «minsi», parce que j’étais enseignant au Département de Philosophie et Sociologie-Anthropologie où il fut à un moment donné mon étudiant. L’ambition d’émerger dans la RB d’alors, une organisation où les règles de promotion étaient loin d’être rationnelles, ont fait de candide Azannaï ce qu’il est devenu aujourd’hui sur le plan du comportement politique. En effet, pour être positionné sur les listes des candidats aux élections législatives, il fallait d’une manière ou d’une autre être adoubé par « Maman ». Aussi profita-t-il à fond du système, se montrant impitoyable vis-à-vis de tous ceux qui ne voulaient pas accepter l’autorité de la Présidente du Parti : les hommes du Président Soglo, ses anciens ministres et ceux qui sont venus à la RB parce que l’homme de la Conférence Nationale devenu Président de la République, était désormais leur modèle politique. Son tempérament farouche et ses antécédents de fils de Jonquet qui dut pour des raisons de survie s’acquoquiner avec la pègre qui dominait alors l’Uncob, le prédisposèrent à prendre la tête des journées des longs couteaux qui embrasèrent la RB dès la chute du Président Soglo en 1996, et qui opposèrent les «barons», les fidèles du leader charismatique, et ceux qui par sincérité ou par opportunisme, vouaient un véritable culte à Madame Rosine Vièyra Soglo. Ce rôle de porte-flingue imployable qui lui valut de la part de Léhady Vinagnon Soglo le titre peu flatteur de Migan, sera mal compris par les héritiers biologiques des Soglo qui ne voulaient guère d’un parti néo-patrimonial uniquement dévoué à sa Présidente-fondatrice, mais d’un parti politique moderne, à l’image des partis anglo-saxons, les seuls qu’ils connaissent vraiment ayant fait leurs études aux Etats-Unis. La rupture inévitable se produisit en 2003 lors de l’organisation des élections municipales. Déjà, le vent tournait en sa défaveur lorsqu’au congrès de Plm-Alédjo de janvier 2002, il n’était pas plébiscité Secrétaire Général du parti, mais devint un simple secrétaire exécutif flanqué de deux secrétaires exécutifs adjoints qui avaient pratiquement les mêmes attributions que lui. Or, il attendait cette couronne, comme Saint-Paul la couronne de victoire après avoir combattu le bon combat. En effet, avec Epiphane Quenum et feu Salomon Gnadjanon, deux autres sous-produits du «mamisme», il forma le « Trio infernal » qui réussit la mise à l’écart des «barons» rebelles, comme Nathaniel Bah, Guy Adjanohoun et les autres. Les pères de la psychologie béhavioriste ont montré que ce sont les renforcements du comportement qui façonnent le caractère. Donc, après ces longues purges dont il était le bras séculier, Candide Azannaï devint définitivement un écorché vif, un rebelle professionnel qui ne pouvait plus s’arrêter ; comme celui qui chevauche un tigre. Son épée se dirigea in petto contre ses rivaux objectifs sur le chemin de sa conquête définitive du parti : les « fils » qui rêvaient alors de contrôler les processus de désignation des conseillers municipaux et des députés. Ayant échoué dans cette « libido dominandi », il retourna sa hargne contre l’icône tant révérée : « Maman ». Après, ce fut Nicéphore Soglo lui-même. Il ne s’arrêtera plus dans cette compulsion névrotique : un gâchis pour cet homme féru de philosophie morale et politique et grand admirateur de Nicolas Machiavel. Il a raté sa maturité en tant qu’homme politique et est resté un éternel rebelle, un gauchiste inadapté aux multiples subtilités de l’action politique. Il était donc inévitable qu’il s’attaque aussi violemment au Président Boni Yayi lors donc que devenir ministre était le couronnement de son cursus honorum. Député, il l’avait été à plusieurs reprises. Voilà que ce Président est adepte du tourniquet qui tourne en permanence ; aussi la durée de vie d’un ministre sous le régime Yayi peut-elle être de six mois. A peine le temps de déballer vos bagages, vous les remballer ipso facto ; à peine la sucette des honneurs dans la bouche, on vous l’enlève sans crier gare. Pourtant, le Général de Gaulle avait dit qu’il n’y a pas d’ancien ministre heureux! Je pense que le désamour relatif dont souffre actuellement le chef de l’Etat est qu’en six ans de mandat, il a usé plus d’une centaine de ministres : autant de mécontents frustrés pour avoir été précocement sevrés des lambris dorés du pouvoir. Cependant, cette première raison ne doit pas occulter le fait que Candide Azannaï n’est pas homme à ruminer éternellement ses frustrations. Puisque la page Boni Yayi semble être définitivement tournée parce qu’il ne rempilera pas, cet impatient ne peut supporter longtemps l’hypocrisie ambiante : il démarre à cent à l’heure et abat ouvertement ses nouvelles cartes afin de se positionner déjà pour le combat politique de 2016. Souhaitons-lui d’avoir encore une fois le flair de miser sur le cheval gagnant, sinon ce coup-ci, il vient d’entonner le requiem de sa carrière politique.

 

Source: LNT

 
Tag(s) : #Politique Béninoise

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