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09 août 2010
   
BENIN: Comme en 1972, tout le mandat de Boni Yayi-Aboumon depuis 2006 n'est que parjure et l'éloge de la médiocrité
  
40 ans plus tard, c'est un produit hybride, made in Tchabèland, qui foule aux pieds la Charte de Savè !!!
  
I.B.
  
 
PROCLAMATION
DU CHEF DE BATAILLON MATHIEU KEREKOU
LE JEUDI 26 OCTOBRE 1972
 
Le Chef de Bataillon Mathieu Kérékou
 
Peuple dahoméen, souviens-toi des graves et sanglants événements qui ont caractérisé les élections présidentielles et législatives de mars 1970. Souviens-toi que ces élections étaient antidémocratiques en raison des violences, des pressions et des fraudes officiellement exercées ou pratiquées, soit par les candidats eux-mêmes, soit par leurs fanatiques partisans. Souviens-toi enfin que l’incertitude du verdict populaire n’était plus à démontrer. C’est alors, et alors seulement, que les membres du Directoire avaient été contraints d’arrêter et d’annuler ces élections antinationales.
Dahoméens, Dahoméennes, citoyens et citoyennes de mon pays, le Conseil Présidentiel avait été institué et installé par le Directoire militaire pour faire face avec plus d’efficacité aux périls mortels qui menaçaient l’existence et la sécurité de l’Etat dahoméen. Les membres du Directoire militaire avaient la ferme conviction, en confiant les rênes du pouvoir à nos plus grands anciens leaders régionaux, que grâce à l’harmonieuse conjugaison de tous les efforts et de leur triste expérience acquise au cours de leur exil politique, le Dahomey désormais sortirait définitivement de sa décadence politique, économique et sociale. En effet, la remise du pouvoir au Conseil Présidentiel (formule dite providentielle) n’était – elle pas assortie d’une mise en garde clairement exprimée, le 7 mai 1970, par le Président du Directoire militaire à nos trois hommes politiques ? Cette mise en garde était la suivante:
«Vous n’avez pas le droit déchouer».
 
Aujourd’hui, deux années et demie se sont écoulées; deux années et demie au cours desquelles le Conseil Présidentiel et son gouvernement divisés et minés par leurs propres contradictions internes et condamnés de ce fait à l’inaction, donnent le spectacle chaque jour affligeant de sa carence congénitale, de son incapacité notoire et de son incompétence impardonnable à gérer sainement les affaires de l’Etat et à conduire dignement le peuple dahoméen vers un lendemain meilleur.
 
Dahoméens, dahoméennes, que peut-on attendre d’un système imaginé, institué et animé par des hommes dont le dessein obstiné est de faire prévaloir leurs intérêts personnels au détriment des profondes aspirations de nos masses laborieuses. Un corps à trois têtes est un véritable monstre. La formule du Conseil Présidentiel est providentielle pour ceux qui ne se conçoivent dans la nation qu’à la tête de l’Etat. Le Directoire militaire a livré le Dahomey à trois hommes qui ont marqué son histoire de faits négatifs et destructeurs par leur lutte d’influence permanente et antinationale. Le Conseil Présidentiel ne peut réaliser les nobles objectifs qu’il s’est assignés dans le préambule de la charte de Savé qui stipule: «Affirmons notre ferme volonté de réaliser l’Unité nationale, de réconcilier les fils de ce pays et d’assurer à notre commune patrie, la stabilité nécessaire et indispensable à son développement économique et social. Condamnons l’arbitraire, l’injustice, la corruption, la concussion, le régionalisme, le népotisme», etc…
 
Le Président renversé, le Docteur Justin Ahomadégbé
 
A l’heure où je vous parle, mes chers concitoyens et concitoyennes, l’unité nationale n’a jamais été aussi dangereusement compromise dans le Dahomey avec la structure même du conseil Présidentiel.
C’est ainsi qu’au niveau du gouvernement, responsable de l’Etat, détenteur des pouvoirs exécutifs et législatifs au terme de la charte, la compétence, la valeur morale, l’intégrité n’ont pas déterminé le choix de ceux qui, individuellement ou collectivement sont investis de l’autorité de l’Etat depuis le 7 mai 1970.
 
Les trois présidents dont les divergences de vue et de caractère sont notoires et légendaires ont eu recours au tirage au sort dans le partage des départements ministériels. Les ministres se répartissent entre les présidents, donnant ainsi un spectacle unique dans les annales de l’histoire des institutions mondiales. Leur subordination au président en exercice est conditionnée par la sauvegarde des intérêts de groupe de leur appartenance.
 
L’autorité de l’Etat a partout disparu dans le secteur de l’Administration comme dans les sociétés d’Etat, la nécessité pourtant affirmée dans la charte de créer des conditions indispensables au développement économique et social n’a pu s’imposer; elle a vite été subjuguée par la corruption, la concussion, le régionalisme, le favoritisme et le népotisme pourtant condamnés avec fermeté par la charte, les discours et déclarations officielles de nos trois présidents. Au niveau des collectivités territoriales, chaque membre du Conseil Présidentiel a son représentant chargé d’appliquer ses mots d’ordre et de faire prévaloir sa politique personnelle sur toute action d’intérêt national. Les populations de nos villes et de nos campagnes sont écartelées et tiraillées pour des fins inavouées. Les institutions de l’Etat sont sérieusement ébranlées par des actions contradictoires et destructrices des membres du Conseil Présidentiel, du gouvernement et de leurs courtisans ou de leurs partisans.
 
C’est ainsi que dans le secteur public, semi-public et privé, l’appartenance à telle faction politique et l’allégeance à tel homme politique constituent les paravents grâce auxquels l’injustice et l’arbitraire se sont solidement instaurés. La justice est partout bafouée. Elle est soumise à une pression constante des membres du Conseil Présidentiel et de son gouvernement. Ses décisions sont contestées et les forfaits les plus abjects sont restés impunis. Dans la Fonction Publique, le recrutement des agents de l’Etat, qui ne doit se faire que sur le seul critère de la compétence, de la qualification et déséquilibre (sic) interrégional, donne lieu à la mascarade de concours directs et professionnels à l’issue desquels ne sont retenus que des incurables militants de tels ou tels hommes politiques. Dans l’enseignement public et privé, maîtres et professeurs, parents et élèves s’interrogent avec angoisse sur l’avenir de nos enfants hypothéqué par une réforme hâtivement conçue et mal élaborée. Ses promoteurs n’ont même plus le courage et la loyauté de l’appliquer scrupuleusement.
 
L’armée dont le rôle dans la nation réside dans son unité, dans sa cohésion, dans la discipline, est mortellement atteinte par le virus de la division.
Elle est ébranlée jusque dans son existence par la corruption, le régionalisme et le favoritisme créés et entretenus par les politiciens aux abois. Les nombreux actes d’insubordination et de violences observées dans ses rangs prouvent qu’il existe un grand malaise en son sein.
 
Sur le plan économique et financier, le Conseil Présidentiel a prouvé au peuple sa véritable carence et son incapacité nationale de résoudre les problèmes cruciaux de son pays. En effet, est-il besoin de rappeler au peuple dahoméen le tapage, les flots de champagne et les discours qui ont toujours marqué les poses des premières pierres cà et là dans nos campagnes? De Calavi à Onigbolo et de Cotonou à Parakou, vous pourrez désormais contempler les vestiges du Conseil Présidentiel.
 
Depuis plus de deux années et demie, notre cher Dahomey est soumis à des luttes d’influence néfastes et à des oppositions d’intérêts scandaleux qui se répercutent dans tous les domaines sur toute l’étendue du territoire national. Ces luttes et ces oppositions s’inscrivent contre l’esprit et la lettre de la charte, contre le serment prêté par les membres du Conseil Présidentiel.
 
Dahoméens, Dahoméennes, permettez-nous de vous rappeler ce serment contenu dans l’article 21 de la charte et qui est ainsi libellé: «Nous, Hubert MAGA, Justin AHOMADEGBE-TOMETIN, Sourou MIGAN-APITHY, membres du Conseil Présidentiel, jurons solennellement de remplir loyalement les hautes fonctions qui nous sont confiées, de ne nous laisser guider que par l’intérêt général, de consacrer toutes nos forces à la recherche et à la promotion du bien commun, de nous conduire partout en fidèles serviteurs du peuple.
«En cas de parjure, que nous subissions les rigueurs de la loi»
 
Peuple dahoméen, toute la vie du Conseil Présidentiel n’a été que parjure. Tous ceux qui, dahoméens, Dahoméennes, aspirent à la paix, à la prospérité, ne peuvent manquer d’éprouver une angoissante inquiétude pour l’avenir de notre patrie, puisque les foyers de la guerre civile deviennent de plus en plus menaçants et de plus en plus précis. Il est donc nécessaire de donner l’unique occasion à es hommes de bonne volonté de réaliser et de consolider l’unité nationale si chère à tous. Il est également utile et pressant de donner à notre beau pays la chance d’être servi par ses valeureux fils capables de consentir les sacrifices qu’impliquent la lutte contre le sous-développement et la création d’un Etat moderne.
 
Il est enfin indispensable d’assurer la promotion sociale dans le respect du bien commun. C’est pourquoi, l’armée dahoméenne consciente de ses devoirs et de ses responsabilités devant Dieu, devant l’histoire et devant la nation, après avoir constaté la faillite et la trahison du Conseil Présidentiel, décide dans l’intérêt supérieur du peuple dahoméen:
 
1) – l’abrogation de l’ordonnance n°70-34/CP du 7 mai 1970 portant charte du Conseil Présidentiel et de son gouvernement;
 
2) – la dissolution du Conseil Présidentiel et de son gouvernement
 
3)– la dissolution de l’assemblée Consultative nationale, des conseils consultatifs départementaux et urbains, des comités de vigilance et de réconciliation;
 
4) –l’abrogation de l’ordonnance n° 70_42/CP/DN du 24 Juillet 1970, portant organisation générale de la défense nationale.
 
En conséquence:
- L’armée nationale exerce désormais et jusqu’à nouvel ordre la plénitude des pouvoirs dévolus à l’Etat dahoméen.
 
- Tous les fonctionnaires de l’Etat, tous les travailleurs de nos villes et de nos campagnes, quels qu’ils soient et à quelque niveau qu’ils se trouvent, doivent continuer d’assumer normalement leurs tâches quotidiennes, avec plus de foi et de discipline.
 
- L’armée s’engage solennellement à donner au peuple dahoméen, l’espoir d’une Aube véritablement Nouvelle.
Vive l’Armée!
Vive la Révolution!
Vive le Dahomey!
 
Le Chef de Bataillon Mathieu KEREKOU
Cotonou, le 26 Octobre 1972


 
 



 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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