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BENIN: De la justice spectacle

 

Publié le 14 juillet 2010

 

Il fallait s’y attendre. L’affaire ICC-Services affole les services de l’Etat qui commencent à perdre les pédales, poursuivis par le spectre d’un soulèvement populaire. Et ils ont raison de s’inquiéter non seulement de la hargne des déposants floués, mais aussi de la récupération politique de ce malheur général. Les déposants traversent effectivement un cauchemar pour s’être fait berner aussi facilement et aussi massivement par des escrocs déguisés en hommes de Dieu. Comment ne pas les croire, eux qui pavoisaient dans la République en sachant parfaitement que les hommes sont aveuglés par l’appât du gain et surtout du gros gain ? Comment ne pas les croire lorsqu’ils multiplient les œuvres de charité au profit des pauvres et des handicapés, lorsqu’ils donnent des véhicules à la gendarmerie nationale, lorsqu’ils ont serré la main du Chef de l’Etat et du Pasteur Agbaossi ? Ils savaient bien ce qu’ils faisaient : endormir la vigilance populaire en jouant sur ces vecteurs de sympathie du public. Et je me demande ce que le grand public attiré par tant de bling-bling, aurait pensé du gouvernement s’il avait décidé tout de go d’arrêter les activités d’une institution aussi charitable. Toutes les sonneries d’avertissement n’auraient pas suffi à empêcher les gens de courir vers la richesse miroitée. Comme disait Erasme, « la fortune aime les gens peu réfléchis, elle aime les audacieux et ceux à qui plaît le proverbe « les dés sont jetés ». A la manière d’une loterie, ils ont risqué leurs fonds en croyant fermement décrocher le jackpot d’autant que sous leurs yeux médusés, des amis, des parents, des inconnus les amassent depuis des années. Les entreprises pyramidales profitent toujours aux premiers venus. Seulement voilà, les promesses de gain étaient si alléchantes que même ces premiers déposants avaient continué à miser à cette loterie du diable. Les épargnants n’ont plus aujourd’hui que leurs yeux pour pleurer. Les fantasmes et le rêve sont devenus un effroyable cauchemar. Voilà le drame. 

 

        C’est une manne pour l’opposition qui s’en saisit déjà pour noircir  le Chef de l’Etat. A quelques mois des prochaines échéances électorales, cette affaire a piégé même les pontes du pouvoir. Elle a révélé une fois de plus que les jeux malsains qui se nouent dans les allées du pouvoir finissent toujours par se retourner contre leurs auteurs.

 

 Malheureusement, les affaires BCB, BBD,  ou encore Cen-Sad et Hamani Tidjani ne servent pas de leçon aux gouvernants.   L’exercice du pouvoir d’Etat s’avère si grisant qu’il obstrue la lucidité de ceux qui sont en action sur la scène publique. Et voilà qu’au cœur de la catastrophe, le Chef de l’Etat choisit lui aussi de se donner le spectacle de sa puissance en faisant arrêter l’ex-ministre Armand Zinzindohoué et l’ancien procureur général Constant Amoussou. Dans une sorte de justice parallèle, il a décidé de montrer à la foule des spoliés combien il se soucie de leur triste sort, combien il est décidé à tuer père et mère pour résoudre leur problème. Le but visé est sans nul doute d’arracher de la bouche de l’opposition l’argument d’une certaine complicité entre lui et les escrocs et en même temps de prévenir tout soulèvement populaire. Mais la loi est du côté de ceux qui font aujourd’hui les frais de cette justice électoralisée, instrumentalisée à l’excès. Conformément aux dispositions légales, Le ministre et le procureur ne devraient jamais être écroués comme des citoyens ordinaires. Boni Yayi le sait parfaitement pour avoir déjà trop facilement cédé à cette tentation du sensationnel dans les affaires SONACOP et LEPI.  Séfou Fagbohoun et Alain Adihou n’ont jamais été jugés à cause des vices de procédure grossièrement commis par le Chef de  l’Etat en cherchant à immoler leur honneur. Par une science infuse qu’il est seul à détenir, il avait jeté sur eux une présomption de culpabilité aussi hâtive que ridicule. Les mêmes inepties se commettent dans l’affaire ICC. Les arrestations du procureur et du ministre qui devraient être écoutés par des juridictions d’exception prévues par la loi, ne mèneront à rien, sauf à disculper les intéressés. Même s’ils avaient été parfaitement coupables. En faisant son cinéma dans une affaire où la sérénité est requise, Boni Yayi montre simplement qu’il n’a tiré aucune leçon de ses mésaventures passées. Dans ce cas, je plains vraiment tous ceux qui croient être ses proches. A tout moment, ils peuvent se retrouver derrière les barreaux du fait des calculs électoraux de leur idole d’aujourd’hui.

 

Olivier ALLOCHEME

Tag(s) : #EDITORIAL

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