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BENIN: De la lutte sélective contre les DG corrompus ?

 

 

Publié le 14 mai 2013

 

 
 

Et quelques-uns se sont mis à tirer à boulets rouges sur le gouvernement. Pour beaucoup, si Expédit Houéssou avait été d’une certaine partie du pays, il aurait bénéficié du silence de l’Etat. Depuis le week-end dernier, il s’est trouvé des Béninois pour agiter le chiffon rouge du régionalisme au milieu du débat sur la bonne gouvernance dans notre pays. Les comparaisons vont alors bon train.

 

 

Tel directeur de l’ORTB, pourtant soupçonné de malversations, n’a jamais été inquiété par les services de l’inspection générale d’Etat. Tel autre, ancien directeur général de Bénin Télécom s’est payé le luxe de faire du pantouflage en devenant agent d’une société française qui avait justement postulé pour acheter sa société. Il n’a jamais été inquiété malgré les soupçons de délit d’initié qui plane sur lui. Tel autre coordonnateur encore, qu’une violente polémique a opposé à un ancien député, s’est retrouvé aujourd’hui au parlement à la place de son détracteur d’hier. Les soupçons n’ont jamais été levés et un voile épais plane toujours sur les dénonciations faites, sans que jamais l’IGE lève le plus petit doigt.

 

 

Pire encore, tel ministre, responsable de concours de recrutement, est toujours en poste après l’énorme scandale des manipulations terrifiantes qui ont montré à tous la face cachée des recrutements dans la fonction publique béninoise. Personne n’a été limogé, rien ne s’est passé. Doit-on encore parler du cas de la Sonapra de sinistre mémoire? Que non.

 

 

Dans tous ces cas, l’on soupçonne le Chef de l’Etat de protéger les cadres d’une certaine région, cependant que sa rhétorique anticorruption refait surface dès qu’il s’agit des cadres d’une autre. Les titres de certains confrères hier ont même fait penser qu’il s’agit d’une opération d’humiliation savamment orchestrée contre ExpéditHouessou qui serait victime de sa naïveté. Il serait tombé dans le piège de son militantisme, lui qui a fait des marches de soutien au Chef de l’Etat, organisé séances de prière sur séances de prière, multiplié les actions pour sa réélection en 2011. Il est aujourd’hui payé en monnaie de singe. Les commentaires salés qui en sont faits accréditent la thèse d’un assainissement sélectif : il y a deux poids deux mesures.

 

Lorsque tous ces pessimistes parlent, une seule question, fataliste à vrai dire, vient à mes lèvres : que voulons-nous pour ce pays ?

 

 

Oui, la lutte anticorruption a pu paraitre comme gangrénée par mille imperfections. Elle est à bien des égards perfectible, du fait du profond ancrage des habitudes de pillage incrustées dans les mentalités administratives au Bénin. Le mandarinat a créé chez nous des instincts prédateurs presque compulsifs. C’est à croire que Rhétice Dagba a raison lorsqu’il faisait un parallèle entre l’aggravation des actes de corruption et le niveau scolaire et universitaire des dirigeants.

 

Mais alors, je reste profondément choqué par le raisonnement étroit de ceux qui soulèvent la question régionaliste sur un sujet aussi limpide. Face à des actes de pure prédation comme ceux relevés la semaine dernière par l’IGE, la conscience nationale, toute bouleversée, devrait se soulever de façon unanime. Ce sont nos ressources qui sont dilapidées avec une si indécente volupté. Les auteurs de ces déviances sont aussi ceux qui viennent clamer que la SONACOP a besoin du concours de l’Etat pour faire face à ses difficultés de trésorerie. Un peu comme s’ils se moquaient de la décence la plus élémentaire ou nous prenaient pour des demeurés.

 

Non, face à la question de la gouvernance, les régionalismes étroits qui émergent de-ci de-là ont tendance à nous faire croire qu’on a tort de poursuivre tel ou tel du fait de ses actes antinationaux. L’on devrait au contraire exiger que ceux qui ne sont pas encore mis en examen le soient au plus tôt pour la manifestation de la vérité et de la vérité seule.

 

Qu’ils soient de Pobè ou de Toucountouna, de Grand-Popo ou de Kilibo, leurs actes nuisent à tous. Face aux routes qui ne sont pas construites, aux centres de santé insuffisamment équipés, ou aux écoles en chaume, les Béninois qui souffrent sont une part de ce pays. Chaque souffrance causée par la mauvaise gouvernance est une part des souffrances qui sont les nôtres. Penser autrement, c’est croire qu’il y a ici des Béninois qui sont moins Béninois que d’autres. C’est empêcher même que des solutions durables soient trouvées pour nous sortir d’impasse. C’est se rendre complice de ceux qui veulent profiter de nos riches différences identitaires pour perpétuer les vieilles habitudes qui nous menèrent à l’abîme.

 

Olivier ALLOCHEME

L'Evènement Précis
Tag(s) : #EDITORIAL

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