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21 mai 2010

 

BENIN: Des assassinats à KILIBO (Dpt. des Collines)

 

Par Samuel ALAMOU

 

Le vendredi 14 mai, j’étais au village pour m’informer de la situation après les péripéties liées à la tenue avortée du Conseil d’Administration (CA) de IREKPO et rechercher, au besoin, avec certains acteurs de la crise, la solution pour une paix durable. Tout fils de KILIBO présent à l’Assemblée Générale (AG) élective du 18 juillet 2009, après maints reports, se rappelle encore les circonstances dans lesquelles elle s’est déroulée. Les contestations étaient nombreuses, suite à un rapport d’activités cousu de blanc et de noir surtout dans sa partie financière.

 

Depuis cette date, l’Association ne peut plus mener des activités. En effet, après avoir démissionné, le bureau mis en place pour diriger les élections n’a pas pu s’acquitter de cette tâche. La raison est que les participants étaient trop nombreux pour pouvoir bien les canaliser à la tombée de la nuit dans une salle archi comble et où étaient, dans la cour du CEG, plus de quatre fois l’effectif de cette grande salle polyvalente. L’AG s’était alors terminée à queue de poisson. La bataille juridique a ainsi commencé. Certains estiment que le bureau dirigé par Moïse ATCHADE n’existe plus, ayant rendu son tablier avant la mise sur pied du bureau chargé de conduire les élections. Mais d’autres soutiennent la thèse contraire. Les textes de l’Association ne prévoient pas ce cas de figure. Fort de la position que le bureau est encore fonctionnel, son Président, Moïse ATCHADE, a convoqué une réunion du Conseil d’Administration de ladite association pour le 1er mai 2010.

 

Informés, ceux qui n’approuvaient pas cette initiative ont adressé des correspondances à la gendarmerie de KILIBO, la mairie de OUESSE, la compagnie de Savè et la Préfecture d’Abomey dont relève la commune de OUESSE. A cette démarche, le maire autorisa cette rencontre qu’a annulée le Préfet d’Abomey. Ainsi la réunion n’a pas pu se tenir.

 

Cette annulation de ce CA a été mal digérée par les supporters de M. Moïse ATCHADE et a conduit à la sortie de ORÒ commanditée par cette frange dans la nuit du 1er au 2 mai. Cela devrait se terminer par l’expulsion du village ou l’élimination physique de près d’une douzaine des fils et filles de KILIBO parmi lesquels on peut citer: Hospice ATCHADE, Joseph ADJAGBA, Missilou MAMA, André ODON-ARO, Adjinni AKPONAN, Eboun BALOGOUN, Alexandrte CHABI, etc... Il faut noter que toutes ces personnes font partie de ceux qui estimaient que le bureau qui a conduit les affaires jusqu’à cette AG n’est plus fonctionnel.

 

Mais les organisateurs de ORÒ, à leur corps défendant, soutiennent que sa sortie était prévue pour déminer les «gris gris» maléfiques posés ici et là sur la voie reliant Kilibo (Bénin) à Shaki (Nigéria), voie de contrebande notoire.

 

N’eut été la vigilance des populations qui ne soutiennent pas cette démarche, l’intervention massive des parents et amis des mis en cause venus des villages environnants comme Toui, Kèmon, Akpéro et Yaoui, la situation aurait pu tourner au carnage.

 

C’est dans cette situation délétère que trois personnes, apparemment parents, et qui n’avaient pas des rapports conflictuels connus se seraient retrouvés au domicile du nommé Saliou pour prendre un pot dans la soirée du mercredi 12 mai 2010. Il s’agit de:

 

 

Saliou, l’un des jeunes frères de Mamadou, Chef des chasseurs du village Olata (à Kilibo ) résidant derrière le cimetière;

   

ORÒ Marcos, Directeur d’Ecole Primaire Publique en service à AGBORO Kombon mais ayant élu domicile à KILIBO où il vient passer la nuit. Notons que le jeudi 13 et vendredi 14 mai étaient fériés pour tous et que le mercredi soir était libre pour les enseignants, Marcos avait des raisons d’être à KILIBO où il a élu domicile et a bâti une maison ;

 

Idohou Augustin PELEBE, frère de PELEBE Sylvain, tous deux fils du chanteur émérite de Guèlèdè, EJA Amadou. Rappelons que Idohou Augustin PELEBE est beaucoup plus connu sous le nom de «RỌ AJÉ». Il est conducteur de Zemidjan.

 

Après le pot de sodabi, boisson alcoolisée locale, pot qui serait offert par Saliou qui est cousin à Idohou à son domicile selon les informateurs, une demi-heure après, Augustin se serait plaint d’un malaise. Le temps de rentrer, il serait tombé de sa moto à proximité de son domicile. Alerté, ORÒ Marcos serait appelé à la rescousse pour soigner Augustin qui a rendu l’âme dans la soirée du jeudi 13 mai 2010. Selon les informations recueillies, des soupçons ont commencé par peser sur ORÒ qui, le lendemain, le vendredi 14 mai a été invité au domicile de Balley, le chef traditionnel, absent du village, pour être interrogé par probablement des membres de sa cour. Arrivés sur ces lieux par petits groupes, des jeunes en furie auraient forcé l’entrée du domicile de Balley où se tenait l’interrogatoire de ORÒ Marcos, ce Directeur d’Ecole.

 

Ces non invités au domicile de Balley, après avoir forcé la porte, auraient arraché ce Directeur d’Ecole des mains de ceux qui conduisaient la séance. Le Chef de terre serait arrivé autour de midi. Mais son arrivée n’a pas changé le sort de cet homme qui déjà depuis environ 10h subissait le supplice de ces assaillants. Passé à tabac, certains déclarent qu’il aurait avoué son forfait. D’autres disent qu’il n’aurait pas pipé un mot.

 

Afin de voir clair dans ce dossier, il était question de protéger ORÒ Marcos. Rapidement, la gendarmerie fût alertée. Une équipe de trois gendarmes aurait pris position pour protéger l’accusé qui, entre temps, était mis dans une des chambres du domicile de Balley. Les gendarmes en place n’ont pas pu disperser la foule jusqu’à l’arrivée du Commandant de Brigade (CB) accompagné d’un autre gendarme. Le CB ayant vu ORÒ Marcos, tenterait dit-on de l’amener aux soins quand il s’est vu impuissant devant la horde d’enragés qui le lui aurait arraché. Ainsi, la gendarmerie n’a pu apporter aucune autre protection à Marcos qui serait gravement blessé.

 

Entre temps, dans la matinée de ce jour sans pareil, un groupe se serait dirigé chez lui et aurait brûlé sa maison avec tous ses biens. Un de ses enfants qui tentait de s’interposer aurait été blessé et fracturé des deux bras.

 

Le soir, aux environs de 19h, après le départ de l’équipe de cinq gendarmes impuissants dépêchés sur les lieux, alors qu’il gisait, ces jeunes dont la colère n’a pas baissé d’un cran depuis le matin l’auraient aspergé d’essence et brûlé. Son corps serait resté sur les lieux du forfait jusqu’au samedi 15 mai où, à la faveur de la nuit, des inconnus l’auraient déplacé pour peut-être une inhumation à la sauvette en un lieu inconnu jusqu’ici. Voilà comment a pris fin la vie d’un être humain, un instituteur de son Etat qui a déjà capitalisé au moins vingt sept (27) ans de service.

 

Des recoupements d’informations on peut tirer les grands traits suivants: Idohou Augustin PELEBE est reconnu comme l’un des piliers du groupe de Moïse. Son cousin, Saliou serait très proche de ce groupe. Quant au Directeur, personne ne l’indique selon nos recherches comme appartenant à l’un des deux groupes. Pourquoi alors s’en prendre aveuglement à lui?

 

C’est cela la situation d’un crime commis sous le coup de la colère, de la vengeance, probablement aussi de la méconnaissance des procédures dans un état moderne. Est-il réellement l’auteur de la mort d’Augustin?

Qu’est-ce qui justifie cette précipitation?

Pourquoi ses agresseurs ne pouvaient-ils pas laisser la gendarmerie conduire l’interrogatoire et le déférer devant des services plus compétents?

 

Maintes de ces questions trouveront-elles de réponses? Seul l’avenir le dira. C’est ce qu’est devenue une population connue autrefois pour ses blagues légendaires.

 

Quoi qu’il en soit, étudier à fond ce cas d’espèce sera salutaire pour la communauté de KILIBO et des localités environnantes. Cela pourrait déboucher sur la nécessité de lutter contre l’oisiveté de notre jeunesse souvent ignorante qui ne connaît que l’alcool, les fesses, la drogue … C’est dans cet environnement que chacun vient puiser des militants des «partis ethniques» éphémères pour ne pas parler des «clubs électoraux», qui ne durent que le temps d’une responsabilité politique de son fondateur.

Les prendre en charge n’est plus seulement de l’humanitaire, mais une nécessité si nous espérons laisser à la postérité des hommes et des femmes responsables. Nous devons panser les blessures de cette situation pour éviter d’ériger la vindicte populaire en un système de gestion des conflits dans notre localité.

 

Je saisis cette occasion pour présenter mes vives condoléances aux familles éplorées. Unissons-nous pour que la lumière soit faite autour de ces actes qui n’arrangent guère personne.

 

Affaire à suivre!

Samuel ALAMOU 

Tag(s) : #Les TCHABE : le dynamisme

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