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mardi 30 octobre 2012

    
BENIN: Droit de réponse de Benoît Dégla, ministre de l'Intérieur, à Patrice Talon

 
 

Par Christophe Boisbouvier

 

 

L'affaire Talon, du nom de l'homme d'affaires béninois accusé d'avoir voulu faire empoisonner le président Boni Yayi, continue. Lundi matin, à la même heure, vous avez pu entendre le fugitif, Patrice Talon. Depuis une semaine, il est sous le coup d'un mandat d'arrêt international, mais clame son innocence. Réaction ce mardi 30 octobre des autorités béninoises. En ligne de Cotonou, le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Benoît Dégla, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

 

RFI : Votre pays a délivré un mandat d’arrêt international contre Patrice Talon pour tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat. L’homme d’affaires réplique que cette accusation est grotesque et qu’il s’agit d’un canular.

 

Benoît Dégla : Je voudrais bien aborder les points un à un et je finirai par ce dernier point que vous avez évoqué, si vous le permettez.

 

 

Et quel est le premier point que vous voulez évoquer ?

 

Le premier point, c’est le prétendu soutien à la révision de la Constitution que le chef d’Etat lui aurait demandé.

 

Oui, Patrice Talon affirme que le chef de l’Etat lui aurait demandé de l’aider à trouver une majorité qualifiée à la Chambre pour faire réviser la Constitution et pouvoir se représenter en 2016. Qu’en est-il ?

 

Ça c’est archifaux. Je voudrais simplement rappeler que déjà en 2007, au lendemain de son élection, le président a mis en place une étude de hauts juristes comprenant le professeur Holo, Maître Dossou et d'autres, et à leur installation, le président a martelé les points qui ne sont pas à touchés à savoir : le nombre des mandats et la limitation de l’âge. Le comité ad hoc devait donc s’occuper essentiellement de la constitutionnalisation de la Cour des comptes pour une meilleure gouvernance. La position du chef de l’Etat par rapport à la révision de la Constitution a été maintes fois confirmée et, à son élection en 2011, il a même répété cela devant plusieurs chefs d’Etat, qu’il fixait son dernier mandat et qu’il ne se présentait plus. Donc il n’est pas question pour le chef de l’Etat de se présenter à un troisième mandat parce que la Constitution l’en empêche. Donc vous convenez avec moi qu’il s’agit d’un montage grotesque que de vouloir prêter d’autres intentions au chef de l’Etat.

 

Mais sur le fond, est-ce que les deux hommes n’ont pas été amis et pourquoi sont-ils brouillés ?

 

Ecoutez, le chef de l’Etat est celui-là qui n’a ni frère, ni parent, ni ami lorsqu’il s’agit de l’intérêt général. Il ne saurait donc être question pour lui de favoriser des intérêts particuliers au détriment de son peuple. Pour preuve, le président de la République du Bénin a été le premier chef de l’Etat à traduire cinq de ses ministres devant la Haute cour de justice.

Monsieur Patrice Talon, il avait à gérer le coton avec des résultats qui ne sont pas à la hauteur de l’attente de la population. Alors avec une subvention de plus de 11 millions d’euros, vous comprenez que nous ne pouvons pas continuer à laisser le coton dans les mains d’une seule personne. Le PVI, c’est la même chose. L’opérateur a fait usage de faux et usage de faux.

 

Alors, le PVI, c’est le Programme de vérification des importations au port de Cotonou…

 

Oui, il y a faux et usage de faux et le gouvernement a pris ses responsabilités en suspendant ce contrat.

 

Donc les reproches à l’égard de Patrice Talon ne datent pas d’aujourd’hui. Il dit qu’il n’est pas surpris par cette nouvelle attaque contre sa personne mais qu’en revanche il est surpris par son caractère grotesque.

 

Alors, ce dossier d’assassinat, il est devant la justice et au vu de ce que les trois prévenus ont avoué avec force détails, monsieur Talon est bel et bien le commanditaire de l’opération. Parce que comment on peut comprendre que ces trois personnes aient pu être manipulées par le chef de l’Etat pour jouer un tel rôle ?

Monsieur Moudjaïdou, l’ancien ministre du Commerce, est le bras droit de monsieur Talon ; monsieur Cissé est le médecin principal du président de la République et commandant militaire de son état. Quant à la troisième personne, (c'est) la propre nièce du chef de l’Etat, qu’il a manipulée sur tous les plans. Au lieu de nier l’évidence, je voudrais lui demander de faire confiance à la justice de son pays et qu’il vienne apporter sa part de vérité et qu’il dise pourquoi lui et ses compères ont reçu en privé la nièce du président de la République aux Etats-Unis et en Belgique. Pourquoi est-ce qu’ils suivent depuis plusieurs semaines les voyages du chef de l’Etat à l’étranger ?

Nous sommes dans un Etat de droit, où notre justice est indépendante. Pour preuve, je ne sais même pas qui est le juge qui a délivré le mandat d’arrêt ; encore moins le président de la République.

Alors, parler de canular est une insulte à la conscience des Béninois. Mieux, les trois personnes ont donné des informations suffisamment graves sur différents schémas de déstabilisation de notre pays, à savoir par exemple : faire exploser l’avion du chef de l’Etat par des drones, ou alors procéder au recrutement de commandos dans les pays de la sous-région pour déstabiliser notre pays. Ça, ce n’est pas nous qui l’avons dit, ce sont les trois personnes qui ont révélé ces informations devant la justice, alors qu’il vienne s’expliquer.

 

Le 17 octobre, lors d’un voyage du président à Bruxelles, Patrice Talon ne dément pas avoir rencontré la nièce et le médecin personnel du chef de l’Etat, mais il dit qu’il a rencontré aussi beaucoup d’autres membres de l’entourage du président et que toutes ces rencontres ont porté sur une éventuelle réconciliation entre les deux hommes.

 

C’est totalement archi-faux. Il n'a rencontré, en tout et pour tout, que la seule nièce du chef de l’Etat. C’est à cette occasion qu’ils ont finalisé le programme et trois jours après, c’est-à-dire le 19, monsieur Moudjaïdou est arrivé par vol Air France, cela peut se vérifier, sur la liste des passagers. Il est arrivé avec les produits.

 

Aujourd’hui, trois proches du président dont sa nièce sont donc inculpés pour tentative d’assassinat. Ils sont en prison à Cotonou, mais Patrice Talon pense qu’ils n’ont rien fait et qu’ils sont manipulés dans le cadre d’une machination contre lui-même.

 

Vous savez, il n’est pas facile pour un assassin de reconnaître, n’est-ce pas, son forfait. Ce n’est pas facile. Les trois personnes, sans la moindre pression, ont révélé tous les détails de la préparation du coup, depuis les Etats-Unis, en passant par Bruxelles, tout a été révélé. Alors donc je ne pense pas que, dans une confrontation avec les trois intéressés, il puisse encore dire ce qu’il a affirmé pendant l’interview. Donc je peux vous dire que les trois personnes, de part leur position, ne peuvent pas être manipulées, ne peuvent pas accepter d’assumer cette grave responsabilité. Nous avons la version donnée par les trois devant le juge d’instruction et même s’il (Patrice Talon NDLR) a une position contraire, qu’il vienne devant ces mêmes structures-là, qu’il donne sa version des faits et c’est seulement dans ces conditions-là qu’on pourra vraiment dire qui en est véritablement responsable.

 

Ce n’est pas facile quand on n’est pas bien dans son pays, quand on n’est pas bien avec le chef, on essaie par tous les moyens que les choses n’en restent pas là, dit Patrice Talon. Visiblement il souhaite une réconciliation, est-ce que c’est possible ?

 

Oui, pourquoi pas. Nous sommes un pays de paix où on sait pardonner, où on sait accepter mais encore il faut dès cet instant où il y a un mandat d’arrêt pour une faute qui lui est imputée, qu’il vienne s’expliquer et que la justice tranche. S’il n’est pas impliqué, comme il le prétend, la justice le dira et puis bon voilà, nous allons nous réconcilier.

 

Monsieur le ministre, merci.

Source: RFI
 

Tag(s) : #Politique Béninoise