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Lundi 19 juillet 2010 

 

BENIN: Emile Tégbénou ou la prospérité partagée

 

 

S’il était un personnage de contes, de bandes dessinées ou de dessins animés, Emile Tégbénou aurait été un Robin des bois, un Zorro ou encore un Arsène Lupin, un personnage qui vole les riches pour redistribuer aux pauvres. Mais hélas, Emile Tégbénou n’a pas volé que les riches. Les lames de son râteau étaient si serrées qu’elles lui ramenaient aussi bien les gros que les petits sous. Emile Tégbénou s’est enrichi sur le dos du riche et du pauvre. S’il était au gouvernement, Emile Tégbénou aurait été ministre de la solidarité ou celui de la prospérité partagée. Et oui, contrairement aux personnages cités dans les premières lignes de ma chronique, Emile Tégbénou a partagé les fruits de son forfait à tout venant. Comme le semeur de la Fontaine, Tégbénou semait à tout vent. Plus les jours passent, plus on se rend compte qu’il a donné sans compter mais avec chaque fois, un but précis selon la classe ou le statut du bénéficiaire. Les cadres et agents de la Présidence qui recevaient de lui ou de ses acolytes des liasses de billets sans se poser des questions, avaient pour missions inconscientes ou involontaires d’ouvrir les portes des " hauts de hauts", des "grands quelqu’uns" du changement. Des bruits que l’on perçoit du Comité spécial Icc-Services, on apprend que Tégbénou a partagé sa brusque prospérité avec des ministres, des conseillers, des secrétaires et des chargés de missions du Président-docteur. La prospérité se serait étalée jusqu’aux hauts gradés de l’armée, de la police, de la gendarmerie de la justice, des maires et conseillers, des députés. Mais le ‘’faroteur’’ du changement est aussi proche du bas peuple. De jeunes hommes qui n’ont rien d’autres qu’une moto payée avec l’argent envoyé de l’étranger par un frère et qui se baladent à longueur de journée, des frères et soeurs en Christ qui n’attendent que le dimanche pour avoir, grâce à la générosité des autres, la pitance de la semaine qui va suivre, de petits artisans qui rassemblaient à peine mille francs en fin de journée, de jeunes filles qui n’ont pour toute compétence professionnelle que les traits de leurs visages ou d’autres atouts naturels, tous ont trouvé avec Tégbénou non pas un emploi pour s’assumer, mais un distributeur automatique de billets de banque pour réaliser des rêves les plus fous, et se venger sur leur pauvreté d’il y a quelques jours. Comme par magie, ils se sont retrouvés avec des moto " Dream" utilisées pour le début de semaine, des voitures 4X4 pour la fin de la semaine, des villas à allure présidentielle, des télévisions plasma à 2 millions de francs… Dans un autre registre, des fidèles de l’Eglise du Christianisme Céleste, des frères et sœurs du village natal de Tégbénou à Glo-Djigbé dans la commune d’Abomey-Calavi, des tenanciers de bars, des garçons de courses, des femmes mariées qui ont divorcé pour devenir "madame Icc », chacun a eu sa part de cette manne qui provenait non pas du ciel, mais de la poche de leurs frères et sœurs, de leurs voisins, de leurs collègues de travail… La soudaine prospérité de ces gens-là a eu un nom : Emile Tégbénou.

 

Francis Z. OKOYA



Tag(s) : #EDITORIAL

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