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Entretien avec Baflora: « On me ferme toutes les portes, même celles du Chef de l’Etat »

 

Publié le 02 juin 2010

 

Revenue au bercail après une trentaine d’années passée en France, Baflora est déçue. Elle se dit exclue des cercles fermés d’artistes, du fait de l’existence selon elle d’un code de vie typiquement béninois. Voici des paroles de blessure, blessure d’une grande dame de la chanson qui nourrit de grandes ambitions pour le Bénin et l’Afrique.

 

 L’Evénement Précis: Baflora se fait rare sur la scène musicale depuis son retour au pays. Comment vous portez-vous aujourd’hui ?

 

 BAFLORA: Je dirai que par la grâce du Tout-puissant, je me porte très bien. Je suis revenue m’installer au pays après près de 30 ans de vie en France, depuis surtout l’avènement du changement. Cela ne veut pas dire que je ne vais plus là-bas parce que vous n’êtes pas sans savoir que j’ai vécu ma vie professionnelle dans ce pays. Je fais donc la navette, mais je suis actuellement définitivement au Bénin. Car, il ne sert à rien de passer toute sa vie à l’étranger en oubliant son pays. Je suis là surtout pour participer à la construction de mon pays.

 

 Vous avez affirmé que vous êtes au pays depuis l’avènement du changement ; dites-moi, est-ce le vent du changement qui vous a amené au pays ou bien il y a d’autres raisons ?

 

Pour dire vrai, c’est le vent du changement qui m’a amené au pays. Je dis cela parce que je faisais partie du comité de campagne de Yayi Boni à Paris quand il était candidat à la présidentielle de 2006. J’étais donc avec  des gens comme Patrick Bénon, Kessilé Tchala et autres à l’époque. On a donc travaillé pour l’élection de notre candidat à l’époque qui aujourd’hui est notre Président de la République. Après son élection, j’ai jugé utile de revenir au pays pour accompagner le mouvement. Mais à ma grande stupéfaction, c’est le contraire de ce que je voulais que j’ai retrouvé. Mais pour autant, je ne me suis pas découragée et je garde toujours l’espoir que ça ira mieux pour mon pays.

 

 Et qu’avez-vous retrouvé de votre retour au bercail qui vous désole aujourd’hui ?

 

(Elle respire profondément et garde quelques secondes de réflexion et déclare) : C’est tout simplement de  la ségrégation que je suis venue retrouver au pays. Les gens forment leur équipe, vous ferment leurs portes et vous avez du mal à accéder à eux.  Avec ce que je vis, si vous venez de l’extérieur et que vous n’avez pas le courage, vous risquez de vous retourner tout simplement à l’extérieur. Mais moi, je ne le ferai pas parce que le Bénin, c’est mon pays. Mon cordon ombilical est ici et je compte bien y rester.

 

 Depuis quelques moments, on ne vous sent plus sur la scène musicale ;  qu’est-ce qui justifie ce long silence dans lequel vous vous êtes plongée ?

 

Ce silence tout simplement parce que j’avais un grand projet qui me tenait franchement à cœur et auquel je consacre quasiment tout mon temps. Mais ce n’est pas trop juste non plus d’affirmer qu’on ne me sent plus du tout sur la scène musicale. Car, il n’y a pas longtemps, j’ai sorti mon nouvel album intitulé « Sans complexe ». Evidemment, je n’ai pas eu le temps d’assurer comme cela se doit la promotion parce que le projet dont j’ai parlé m’a beaucoup occupé.

 

 De quel projet s’agit-il ?

 

En fait, il s’agit d’un projet panafricain. Je l’ai initié pour réaliser les mêmes objectifs que ceux qui œuvrent aujourd’hui pour les Etats-Unis d’Afrique. Grâce à ce projet, je travaille actuellement en étroite collaboration avec les personnalités comme le Professeur Honorat Aguessy, le Président Houdou Ali et autres. Autrement dit, je ne peux pas tout faire à la fois. C’est pour cela que j’ai mis d’abord en standby, la musique pour travailler avec détermination pour la réussite de ce projet. Cela ne veut pas dire que j’ai oublié l’art. D’ailleurs j’ai sorti un single en hommage au Cardinal Gantin. Cela est sur le marché. L’autre problème que j’ai encore et qui peut justifier mes difficultés aujourd’hui au Bénin, c’est que j’ai du mal à intégrer les milieux culturels. Les gens ne t’acceptent pas du tout avec eux. Ils estiment peut-être que tu ne peux pas bouffer en France et venir encore au pays pour bouffer. On me ferme toutes les portes, même celles du Chef de l’Etat pour qui j’ai beaucoup travaillé pour son élection en 2006. Mais j’observe et je suis prudente par rapport aux fréquentations et autres. Il paraît que le Bénin a un code qu’il faut retrouver. Donc, je suis toujours en train de chercher le fameux  code qui permet aux gens de mieux vivre dans le pays. Je suis béninoise, mais j’avoue que le Béninois est très compliqué. On m’a par exemple dit qu’il faut être hypocrite pour mieux vivre au Bénin, mais je ne le suis pas. C’est peut-être une des raisons qui font que je n’arrive toujours pas à intégrer ces milieux-là.

 

 Vous avez tantôt dit que même les portes du Chef de l’Etat vous sont fermées quand bien même vous avez œuvré pour qu’il soit élu en 2006. Dites-nous franchement, avez-vous encore le même engouement aujourd’hui à œuvrer pour qu’il soit réélu en 2011 ?

 

Pour être franche comme vous le demandez, je dirai que je suis profondément déçue de cette façon d’écarter les gens qui avaient sérieusement mouillé le maillot pour le Chef de l’Etat. J’ai compris aujourd’hui que le Président n’appartient pas à tout le monde. Il faut être dans un cercle donné pour pouvoir avoir accès à lui. Il y a des gens qui prennent le Président pour eux tous seuls en écartant les autres Béninois. Imaginez-vous que depuis plus de 4 ans que je suis venue du fait de son élection, j’ai plusieurs fois demandé des audiences, mais on ne m’a  jamais accordé cela. Je ne sais pas ce qu’on lui a dit de moi, je ne sais pas non plus ce que je lui ai fait, mais j’observe toujours. Quand il faisait campagne, on était pourtant tout le temps ensemble. Je ne pouvais pas imaginer qu’une fois élu, il pourrait hermétiquement fermer comme ça ses portes. La plupart de ceux qu’on voit aujourd’hui derrière lui, ce sont des gens qui n’ont en réalité rien fait pour contribuer à son élection en 2006. Je trouve que c’est de l’injustice que d’écarter ces gens-là qui ont mouillé le maillot avec lui en 2006. Et ça, moi je ne l’accepte pas. Et si c’était à refaire, ce serait difficile pour moi d’œuvrer avec la même énergie de 2006.

 

 Quelques projets pour 2010 ?

 

J’ai toujours des projets artistiques. Je veux surtout partager avec mes frères béninois, ce que j’ai fait en France. Ainsi, j’ai créé à mon retour au pays,  l’annexe de mon association « Bénin : culture et développement ». Une association avec laquelle j’ai beaucoup travaillé en France. C’est avec ça que je compte œuvrer aux côtés des handicapés, engager des actions sociales et soutenir les artistes béninois, c’est-à-dire ceux qui en ont encore besoin pour leur ascension.

 

 Baflora est veuve depuis plusieurs années ; dites-nous  un peu comment vous vivez votre situation de veuvage.

 

Je vis très bien mon veuvage. Quand moi j’ai un projet qui me tient vraiment à cœur, je ne pense pas à l’amour. Si c’est les enfants, j’en ai eux, si c’est le mari, j’en ai aussi eu. C’est vrai que le cœur ne résiste pas à l’amour, mais cela fait partie de mes derniers soucis. D’ailleurs, ce n’est pas parce que je suis veuve que j’irai prendre un homme juste pour le plaisir. Je dis non. Je suis  même très rigoureuse dans le choix d’un homme. Pour l’heure, mon cœur appartient à mon projet que vous aurez le temps de connaître bientôt. Il n’y a même pas de bons hommes aujourd’hui. Des gigolos, il y en a, mais je n’en veux pas moi.

 

 Un mot pour conclure cet entretien ?

 

Je ne conclurai pas l’entretien sans vous dire que je fais également la promotion du « Guèlèdè ». Je suis née dedans et j’ai même une attestation de l’Unesco dans ce sens. Cela m’a permis de beaucoup voyager à travers l’Europe et les Etats-Unis. Pour conclure, je dirai au ministre de la culture que ce qu’il fait, n’est pas une tâche facile, donc je lui souhaite beaucoup de courage parce qu’il ne peut pas soulager tout. Il va falloir néanmoins qu’il soit humble comme il l’est déjà et de ne pas faire de la ségrégation dans ses rapports avec les artistes. 

 

 Entretien réalisé par  Donatien GBAGUIDI



Tag(s) : #Contribution de la Diaspora

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