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Entretien avec El Hadj Amadou Assouma, dit Tchènè : « Je crois que Tchané est le meilleur des potentiels candidats à la présidentielle de 2011 »

 

 

Fils de boucher, rien ne le prédestinait à une carrière politique. Certes, il n’a pas eu de grandes ambitions politiques. Mais rien qu’à l’évoquer, son nom rappelle toute une histoire de la vie politique béninoise depuis les temps coloniaux jusqu’à nos jours. Ancien fonctionnaire de l’armée française, homme politique, homme d’affaires, le patriarche de Djougou, El Hadj Amadou Assouma, mieux connu sous le pseudonyme « Amadou Tchènè », draine encore autour de lui des hommes politiques qui viennent puiser leur charisme à la source de ses expériences et de sa sagesse. Dans un entretien qu’il nous a accordé, il parle de ses relations avec les présidents Kérékou, Nicéphore Soglo, Boni Yayi, Abdoulaye Bio Tchané et Adrien Houngbédji. Il fait le décryptage de la réalité politique du Bénin et en déduit les forces et faiblesses des potentiels candidats à l’élection présidentielle de 2011.

 

A un an de l’élection présidentielle de 2011, la classe politique béninoise est déjà en effervescence. Pour une première fois, l’opposition s’est soudée pour désigner Me Adrien Houngbédji que vous particulièrement, vous aviez soutenu en 2006. Croyez-vous comme certains que ce dernier est d’office gagnant en 2011 ?

 

En 2006, Adrien Houngbédji était parti gagnant. Mais il a finalement échoué. Ce qui l’a fait échouer à Djougou par exemple, c’est qu’il a eu de mauvais conseillers qui lui ont dit de faire des salaires aux maires, aux chefs d’Arrondissement et aux délégués de quartier et chefs de village. Il leur donnait une rétribution (je ne sais combien exactement ; certains parlent de 200.000 F) à chaque fin de mois. Les délégués de quartier et les chefs de village percevaient quelque chose de 15.000 F. Moi je lui ai dit : « Monsieur, si tu fais ça, tu va échouer. ». Je lui ai dit que cet argent qu’il leur donne ainsi, il ferait mieux de l’investir dans des réalisations concrètes dans les villages pour tout le monde. Il ne m’a pas écouté. C’est ça qui a fait qu’il a échoué, parce que quand les populations ont appris cela, elles ont dit qu’elles ne voteront plus pour lui.

 

Et maintenant qu’il est encore candidat pour 2011, le soutenez-vous toujours ? Si oui, que comptez-vous faire pour que les mêmes erreurs ne se répètent plus ?

 

Depuis 2006, Houngbédji n’a pas cherché à nous voir, soit disant que les gens ont bouffé son argent et n’ont pas voté pour lui, oubliant que ce n’est pas les électeurs qui ont bouffé son argent, mais les conseillers. Après son échec, je lui ai téléphoné pour lui souhaiter du courage. Donc depuis ce temps, nous ne nous sommes plus revus. Lorsqu’il a été désigné comme candidat de la coalition « l’Union fait la Nation », je lui ai adressé mes félicitations. Mais il n’a pas encore sollicité mon soutien.

 

Et s’il vous sollicitait, que feriez-vous ?

 

Je lui dirai que j’ai déjà un choix. Mon choix, c’est Abdoulaye Bio Tchané.

Pourquoi Abdoulaye Bio Tchané ? Pour bien de raisons. Abdoulaye Bio Tchané, c’est un frère, un bon patriote qui fait la fierté du Bénin au plan international. Quand je dis que c’est un frère, les gens peuvent dire que c’est du régionalisme. Non ! C’est une affaire de conviction. Je crois que Tchané est le meilleur des potentiels candidats à la présidentielle de 2011. Je le connais très bien. C’est un homme d’expériences reconnu sur le plan international. Il a été fonctionnaire international. Il a servi à la Bceao à Dakar ; il a été ministre des Finances sous le président Kérékou. Du ministère des Finances, il est allé à la Banque mondiale où il fut chargé du département de toute l’Afrique. Aujourd’hui, il est à la tête de la Boad. C’est un économiste, bon gestionnaire. Je crois qu’avec lui, le Bénin pourra s’en sortir.

 

Selon vous, entre Bio Tchané, Boni Yayi et Adrien Houngbédji en 2O11, qu’est-ce qui va se passer ?

 

En 2011, il n’y a rien à faire. Tchané et Houngbédji font le même combat. Parce que Boni Yayi n’a pas su s’y prendre. Quand il a appris que Tchané veut être candidat, il aurait pu discuter avec lui. Il ne l’a pas fait. Il est directement allé voir le président Faure Gnassingbé du Togo pour lui dire qu’il a appris que Tchané veut être candidat pour le renverser en 2011. Et par conséquent, il a demandé à Faure de dire à Tchané que, soit il démissionne de la Boad s’il veut être candidat, soit il sursoit à sa candidature en 2011 et il reste à la Boad. Et cela, accompagné d’une lettre à Tchané. Mais Faure a eu l’esprit de lui dire qu’il serait préférable de le rencontrer pour discuter avec lui. C’est alors qu’ils se sont retrouvés à trois pour discuter. Et Tchané lui a dit : « Je ne vais pas démissionner, et je ne vais pas dire que je ne me présenterai pas aux élections en 2011. Tu es président de la République ; c’est vous qui m’avez mis là. Si vous voulez me faire partir, c’est à vous de décider ». Quand j’ai appris cela, je me suis demandé pourquoi cela s’est passé ainsi, sans que ni l’un ni l’autre n’aient cherché à voir les notables et sages. Boni Yayi aurait pu nous voir pour négocier, et quelque chose aurait pu être fait. Malheureusement, il ne l’a pas fait. Alors ,ce qui va se passer en 2011, si Tchané passe au second tour, si bien avant il n’y a pas eu de rapprochement, ça va être autre chose. Si c’est Houngbédji, ce sera la même chose. Donc pour la paix dans ce pays, je souhaite que Boni Yayi baisse un peu le ton.

 

A voir votre parcours professionnel et politique, vous constituez une bibliothèque vivante, une archive (de l’histoire) de notre pays, le Bénin. Vous avez pratiquement travaillé sous tous les régimes qu’a connus le pays. Si l’on vous demandait de faire une comparaison de la gouvernance des présidents Mathieu Kérékou sous le Renouveau démocratique, Nicéphore Soglo et Boni Yayi, que diriez-vous ?

 

J’ai connu Kérékou depuis qu’il était lieutenant dans l’armée béninoise. De son régime, je ne peux pas dire autre chose que ce que tout le monde dit aujourd’hui. Le régime de Kérékou n’était pas mal. Kérékou est père de famille. Tout ce qu’on lui reprochait, c’est l’impunité. Et pourquoi il y avait impunité ? Il se dit qu’il y a la justice. Aussi, quand on lui dit que telle personne a fait ceci, il faut le sanctionner, lui, il dit : « Amenez-le au tribunal » ! Parce que lui-même ne voulait pas sanctionner. C’est tout ce qu’on peut lui reprocher. Moi j’ai travaillé avec lui ; sa gestion n’était pas mal. Pareil pour le régime de Soglo. Si je devrais les noter, je donnerai mention très bien pour Kérékou, Bien pour Soglo. Pour le régime de Yayi, je ne sais quelle note lui attribuer. Il m’est difficile de le noter parce qu’il n’a pas encore fini son mandat. Il faut honnêtement reconnaître que quatre ans, c’est trop peu pour tout faire. Boni Yayi ne pouvait pas tout faire en quatre ans, même en cinq. Le minimum de temps qu’il lui faut, c’est 10 ans. Mais il s’emble, d’après ce que j’ai vu, qu’il n’aime pas les conseils. Il devrait donner la main, même à ceux qui n’étaient pas avec lui. Cela n’a pas été fait. Je prends mon cas ; quand il était à Lomé et qu’il venait à Djougou, il venait me voir ; à Cotonou, il venait me voir et je causais avec lui. Mais je n’ai pas voulu le soutenir en 2006 pour des raisons que je ne veux pas évoquer ici. Néanmoins, je l’ai aidé lors des élections législatives et communales grâce à Toléba et consorts. Yayi n’a plus cherché à me voir. C’est un jour en octobre 2008, quand moi j’étais à Cotonou, qu’on

m’a dit que le président est venu à Djougou et a cherché à me voir. Il a même laissé une enveloppe à ma famille. J’ai alors écrit pour l’en remercier. Et je lui ai dit que j’étais disponible s’il avait besoin de moi. Quand j’ai perdu ma femme, il m’a appelé et m’a présenté ses condoléances. Le jour de la huitaine, il m’a envoyé une délégation avec une enveloppe financière. Après les cérémonies, j’ai écrit une seconde fois pour le remercier. C’est de là que ses conseillers Amos Elègbè et Toléba m’ont dit : « Nous ferons tout pour que tu rencontres le président afin que tu lui donne tes conseils. » Effectivement, il m’a reçu un vendredi à 10 h. Dès qu’il m’a reçu, il a dit : « Grand frère, ça ne va pas. Bio Tchané, les Houngbédji et autres s’entendent. Les gens veulent cogner les têtes des frères du Nord. » Quand il a dit ça, je lui ai dit : « C’est de ta faute. Tu n’as pas respecté ce qu’on s’était dit ; et tu n’écoutes pas les gens. ». Je ne sais pas si cela ne l’a pas enchanté. Quand j’ai dit ça, il a en même temps appelé le protocole, et il lui a demandé : « Notre rendez-vous là, c’est à quelle heure ? » L’autre a répondu : « C’est à 10 h. » Puis il dit : « Et alors ! Il est quelle heure ? » L’autre a dit qu’il est 10h et demi. Automatiquement, il m’a dit : « Bon, grand-frère, je te laisse. Je voyage. Au retour je vais t’appeler. » Mais jusqu’à présent, il ne m’a plus appelé. Alors, j’ai compris que quand j’ai dit que c’est de sa faute, cela ne lui a pas plu.

 

Aujourd’hui, vous êtes grand- père, ancien combattant, autrefois homme d’affaires, homme politique, bref, votre vie est riche d’expériences. Dites-nous, comment passez-vous votre temps de vieillesse ?

 

Je suis grand-père, à la maison, je ne fais que m’occuper de mes petits fils. J’ai une petite ferme où j’élève quelques têtes de poulets. C’est tout.

 

Quels conseils donnez-vous à vos enfants, petits fils et à la jeunesse en général ?

 

A la jeunesse, je dirai qu’il ne faut pas écarquiller les yeux pour rien que de l’argent ; et qu’elle ne pense pas que c’est seulement la bureaucratie qui fait l’affaire. Si la jeunesse se donnait à la terre, vraiment, ça marcherait. Un fonctionnaire affecté dans un village pourrait aussi faire un champ. L’école, c’est très bien. Mais les jeunes doivent se dire que quand on va à l’école ce n’est pas seulement pour avoir des diplômes et travailler dans les bureaux. Il faut pouvoir entreprendre soi-même. On peut faire l’élevage par exemple ; ça rapporte beaucoup. C’est par l’agriculture que les autres pays se sont développés.

 

Un mot pour conclure notre entretien !

 

Parfait ! Je suis très content. Je me porte bien. Je souhaite à toute la jeunesse la force et l’amour du travail bien fait. Que les jeunes se donnent à des activités productives, et cessent de rester à longueur de journée dans des assemblées pour dire qu’ils discutent de la vie. Qu’on se donne tous au travail ! Je vous remercie.

 

Le canard de la semaine



Tag(s) : #Politique Béninoise
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