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BENIN - Erreurs médicales et paramédicales: Comment les agents de santé tuent impunément dans les hôpitaux

 

 

Publié le 07 mai 2013

 

 

Valérie, une victime dont la vie s'est transformée en un cauchemar permanentQuand les agents de santé deviennent des bourreaux

L’ampleur des erreurs médicales n’est plus à négliger aujourd’hui. Curieusement, la loi du silence recouvre d’un voile épais la multitude de ces cas où des professionnels de santé ont donné la mort ou mutilé des malades. Sans sanction.

Claude, instituteur, directeur d’école à la retraite traîne depuis 18 ans les séquelles d’une intervention chirurgicale qu’il a subie après une appendicite; Céline, à cause d’une fracture du tibia mal soignée, est contrainte depuis presque sept ans de boiter, son pied droit déformé à jamais; Valérie, horriblement mutilée, a vu sa vie se transformer en un calvaire quotidien. Chimène, Eléonore, Gloria, Ursule ont eu moins de ‘’chance’’ et ne font plus partie de ce monde. Vivantes ou décédées, ces personnes ont vu leur sort basculer dans une formation sanitaire, à cause d’une erreur médicale ou paramédicale. Commises aussi bien dans des structures sanitaires privées que publiques, ces erreurs font toujours parler d’elles. On ne compte plus les diagnostics erronés, les fautes techniques, le manque de surveillance, les détournements de malades du public vers le privé, ou même l’acharnement thérapeutique qui, chaque année, rallonge une liste déjà bien longue de victimes. Pour le Dr Soulé Daouda, le président du Conseil national de l’ordre national des médecins du Bénin, tout dépend de la qualité des soins et des niveaux de compétence des intervenants des formations sanitaires. «Il faudrait que ce soit des gens compétents qui accomplissent les actes médicaux. Or, on sait aujourd’hui sous nos cieux que beaucoup de gens exercent alors qu’ils n’en ont pas la compétence », note-t-il. Cet avis, Adrien Hounsa le partage très peu. Pour cet agent de santé à la retraite qui connaît bien le système pour l’avoir servi trente années durant, il ne s’agit pas que de la qualité des soins et des niveaux de compétence. Selon lui, si les erreurs médicales et paramédicales sont « de plus en plus nombreuses» au Bénin, c’est surtout parce qu’elles y ont trouvé un terrain des plus fertiles : le système de santé, dans son ensemble. Marqué par de profonds dysfonctionnements relevés en 2011 par la Banque mondiale dans son rapport n° AB5381 intitulé ‘’Document d’information projet (PID), Performance du système de santé au Bénin’’, ce système est décrié même par les acteurs du secteur. L’on se souvient de la montée au créneau en 2009 du Collectif des praticiens hospitaliers qui, dans une correspondance (Référence 025-2009/PH/KAG/P) au ministre de la santé et au président de l’ordre des médecins, avait attiré leur attention sur la « situation sanitaire extrêmement grave » du Bénin. De même, ce collectif avait interpellé « la responsabilité de l’ordre des médecins et du ministère de la santé » face aux « épineux problèmes de la profession médicale ». Quatre années après ce coup de gueule, les dysfonctionnements continuent. L’on assiste encore et toujours à des dérapages dont l’issue est parfois fatale pour les victimes. Un antibiotique injecté en intraveineuse pour soulager un mal de tête à Abomey-Calavi, du valium abondamment administré à un asthmatique en pleine crise à Porto-Novo, une compresse souillée du pus d’une plaie enfouie dans la bouche d’une malade se plaignant de douleurs à Abomey, une femme en plein travail descendue de la table d’accouchement et référée parce que considérée comme « récalcitrante », etc. et la liste est loin d’être exhaustive.

«Des garde-fous paralysés »

Si les choses en sont encore là, c’est parce que les ordres, syndicats, associations, ainsi que l’administration, donnent l’impression d’être « complètement paralysés», estime Adrien Hounsa, au point où l’impunité a fini par se tailler une « chaise en or ». En outre, peu de cas est fait de la législation dans la profession médicale, notamment du droit des malades et des devoirs de l’agent de santé. « Lorsqu’une erreur ou une faute est commise, le responsable n’est pas inquiété. Les autres agents de santé témoins de la chose ne réagissent pas, ne traduisent pas leur collègue devant le conseil de discipline pour éviter que cela ne se répète », s’inquiète Adrien Hounsa. Il stigmatise le manque de volonté au sein même des professionnels de santé. « Les sanctions disciplinaires et administratives n’existent pas. Personne n’a envie de sanctionner son collègue », fulmine-t-il avant de demander, presque révolté : « Le malade est-il un sous-citoyen ? Est-il inférieur ? Pourquoi devrait-il considérer les gens qui le soignent comme des demi-dieux à qui on ne peut rien demander concernant sa propre santé ? ». Pointé du doigt et accusé de passivité voire de complaisance envers les indélicats, l’Ordre des médecins, par la voix de son président, estime qu’il faut avant toute accusation, éviter l’amalgame. Si les procédures dépendent de chaque conseil, Dr Soulé Daouda explique la procédure généralement admise : « les plaintes doivent venir d’un organe public (…), d’un médecin qui a été témoin de quelque chose et qui renseigne le Conseil sur les faits répréhensibles. (…). Si les faits sont établis, les sanctions ordinales prévues au niveau des textes seront appliquées. Mais cela n’empêche pas non plus une action pénale. Le Conseil peut aussi s’autosaisir d’un certain nombre de situations qui défraient la chronique ». En dépit de certains cas ayant défrayé la chronique, le président de l’ordre reconnaît que le conseil n’a pas encore sanctionné, même si des cas existent, tout simplement parce que la chambre disciplinaire « n’a pas encore réussi à fonctionner normalement», selon ses propres termes.

Silence plat, on se tait

On est encore bien loin des grands procès retentissants comme celui du sang contaminé en France, ou celui, plus récent du Docteur Murray, le médecin de Michael Jackson accusé d’avoir commis une erreur médicale fatale à la star. Au Bénin, le mythe de la blouse, une confiance absolue en l’agent de santé, l’ignorance des populations, l’impunité et le fatalisme demeurent autant d’obstacles à la manifestation de la vérité. Si quelques téméraires, malgré tout, osent affronter le pouvoir médical, tous n’ont pas la chance de voir aboutir leur lutte. Depuis 2009, Gabriel Sèna Ganhoutodé se débat dans une procédure éprouvante pour connaître enfin la vraie cause de la mort de sa femme. Valérie Tonon, affreusement mutilée au cours d’une intervention chirurgicale attend toujours que justice lui soit rendue. D’autres cas existent. Pour le reste, c’est le silence plat. On se tait, préférant justifier par la volonté divine tout ce qui arrive à soi-même ou à un tiers. « Les plaintes au niveau de nos juridictions sont très rares. » confirme Me Filbert T. Béhanzin Avocat à la cour qui avoue n’en avoir connu que trois depuis 2006 qu’il exerce. Un constat qui, selon lui, ne résulte pas de la rareté des cas d’erreurs médicales et paramédicales, mais traduit plutôt l’ignorance des populations en la matière. « Très peu de gens savent ce qu’on appelle une erreur médicale, parce qu’avant de parler d’erreur médicale il faut détenir l’expertise qu’il faut. Pour parler d’erreur médicale ou décider de porter plainte, il faut être sûr de ce qu’on avance». Une première difficulté à laquelle viennent se greffer des pesanteurs familiales ou des considérations personnelles, sans oublier cette peur de l’agent de santé, et qu’Adrien Hounsa qualifie de « culte des agents de santé». Pour Me Filbert T. Béhanzin, il faut ôter cette peur du mental des Béninois et les convaincre de saisir les juridictions. Les médecins, agents de santé ayant une obligation de moyens, et non une obligation de résultats, la Justice pourra commettre un expert médecin pour établir la vérité, selon lui.

Un début de solution ?

Le jeudi 26 avril 2013, les députés de la 6ème législature ont interpellé le gouvernement au sujet de l’installation anarchique de centres de santé privés illégaux. A cette occasion, la ministre de la santé, Dorothée A. Kindé Gazard a annoncé les mesures prises par le gouvernement pour mettre un terme aux dérives. Et au nombre de celles-ci, la prise d’une loi corrective de celle en vigueur, la loi 97-020 du 17 juin 1997 qui régit l’exercice en clientèle privé. Mais elle reste évasive sur la répression des indélicats. Dorothée A. Kindé Gazard en a aussi appelé à la collaboration de tous pour que cesse « le silence coupable autour de ce problème très sérieux», avant d’énumérer quelques actions fortes comme la fermeture de certains centres de santé à Sèmè-Kpodji, Dassa, Abomey, etc., après des plaintes du ministère de la santé. Des actions encourageantes certes, mais qui gagneraient à être poursuivies afin que plus aucun agent de santé ne donne cette impression d’être au-dessus de la loi.

Témoignages bouleversants des victimes et de leurs proches

Gabriel Sèna GANHOUTODE

Détournée de l’hôpital où elle était suivie, sa femme est morte dans des conditions non élucidées

« On ne peut pas faire mourir mon épouse et m’intimider»

Gabriel et Eléonore vivaient ensemble depuis une quinzaine d’années. Pour parfaire son bonheur, ce couple aimant qui n’avait pas encore d’enfant avait décidé d’en accueillir un. Mais le destin cruel en a décidé autrement. Et au lieu de l’image du père de famille heureux à laquelle il s’attendait, c’est celle d’un homme brisé et révolté qu’offre aujourd’hui Gabriel. Eléonore AGANI, mon épouse est décédée à l’âge de 38 ans. Elle n’avait pas encore eu la chance de concevoir. Nous avons convenu qu’elle reprenne un traitement. Elle est allée au CNHU et le 17 mars 2009, elle a fait une hystérosalpingographie (HSG) prescrite par son médecin traitant. En sortant du service de radiologie avec son cliché, elle a été approchée par une dame qui lui a dit qu’elle serait mieux traitée à l’Hôpital de la mère et de l’enfant (Homel). Convaincue, mon épouse s’est détournée du CNHU en prenant le soin d’emporter la radio et l’interprétation du radiologue. A l’Homel, il était inscrit sur l’ordonnance à elle prescrite qu’elle devait subir une hydrotubation avec une série de produits. Mon épouse devait subir trois séances d’hydrotubation fixées pour les 9, 10 et 11 avril 2009. Le total des séances était facturé 25. 000 francs, les produits compris. Elle a commencé le jeudi 9 avril 2009». La suite, Gabriel S. GANHOUTODE s’en souvient comme si la scène se déroulait à l’instant. « Le matin du 10 avril, qui était un vendredi saint, j’ai discuté avec mon épouse dans la gaité. Elle est allée au marché faire les emplettes pour la fête de Pâques et moi je suis allé sur le campus universitaire d’Abomey-Calavi. Après le marché, elle a déposé les vivres achetés avant de filer à l’hôpital pour son deuxième rendez-vous. J’étais sur le campus quand, aux environs de 17 heures, j’ai reçu un coup de fil. C’était persistant. Quand j’ai décroché, mon interlocuteur m’a demandé si je connaissais la nommée Eléonore AGANI. J’ai répondu qu’il s’agit de mon épouse. Il m’a alors annoncé qu’elle a eu un malaise, qu’ils s’en occupaient et que je pouvais arriver plus tard». La mémoire encore intacte Gabriel S. GANHOUTODE se souvient à la minute près, des moindres détails de ces instants qu’il ne souhaiterait à personne de vivre. « Il s’agissait de mon épouse, je n’allais pas attendre une seconde de plus. J’ai donc immédiatement quitté le campus pour l’hôpital. Sur place, quelqu’un est venu m’accueillir et, de couloirs en couloirs, nous nous sommes rendus dans son bureau. Là, il m’a annoncé que mon épouse a eu des problèmes et a été transférée en salle de réanimation où des professeurs s’occupent d’elle. J’ai alors demandé qu’on me conduise vers elle pour que je puisse l’encourager. C’est en ce moment qu’un monsieur a fait son entrée dans le bureau. Il s’est présenté, a tiré une chaise et s’est assis. Il a raconté que c’est avec lui que l’accident s’est produit, que mon épouse est arrivée avec un peu de retard pour la radiographie, qu’il lui a injecté 2 cc ( 2 cm3) de Télébrix Hystero, qu’elle a eu un malaise, a fait une embolie et est décédée. Je tombais des nues. J’ai demandé comment cela pouvait-il être possible, puisque mon épouse ne s’était pas rendue là-bas pour une radiographie. C’est ça le paradoxe ». Jusque là serrée par l’émotion, la voix de Gabriel tremble de colère. En plus de lui annoncer de la plus brutale des manières la mort de sa femme, il n’en revient pas du grossier mensonge maladroitement ficelé, ni de tout ce qui sera mis en œuvre pour camoufler ce qui pour lui n’est rien de moins qu’une bavure. Alors que le jeudi 9 avril 2009, Eléonore AGANI a subi la première des trois séances d’hydrotubation, il est plutôt avancé qu’elle a rendu l’âme au cours d’une radiographie. Une version que balaie d’un revers de la main le veuf qui a gardé avec soin l’ordonnance médicale précisant bien les trois séances d’hydrotubation et leur coût. Il découvre avec horreur que sa femme est tombée dans les mailles d’un radiologue qui s’est permis de poser l’acte d’un spécialiste en gynécologie alors qu’il n’en n’avait pas du tout la compétence. Il se croyait au bout des surprises mais le clou sera enfoncé par une succession d’anomalies. « J’étais sous épreuve ». Nous n’avons même pas reçu les condoléances. Quatre jours après sa mort, le décès de ma femme n’était pas déclaré officiellement. J’ai saisi L’ONG GASVIE. Quand GASVIE s’est déplacé vers le directeur de l’Hôpital, on s’est rendu compte que le directeur n’était pas au courant d’un tel décès. Alors, il fait appel aux personnes impliquées et constate que c’était même le surveillant du secteur de la radiologie qui était le responsable de l’acte. Nous avons exigé le rapport du décès et ce qui nous a été présenté était à la limite laconique et brouillon. En ce moment le directeur a adressé une demande d’explication. Ce qui nous a réconforté, que leur Codir s’est réuni et a jugé la situation de gravissime ». Gabriel S. GANHOUTODE n’y voit rien d’autre qu’une bavure médicale révoltante. Il n’a jamais cessé de se poser mille et une questions pour chercher à comprendre ce qui s’est réellement passé. « Si les choses se sont bien déroulées le 9 avril lors de la première séance d’hydrotubation, pourquoi alors mentir sur l’objet de la présence d’Eléonore en faisant croire à une radiographie alors que l’ordonnance existe? Combien de femmes ont-elles perdu la vie au Bénin au cours de ce type de radiographie ? Pourquoi tous ces mensonges ? Pourquoi personne ne veut prendre ses responsabilités dans cette affaire? » Autant de questions qui devront trouver une réponse un jour ou l’autre devant un tribunal. « J’ai porté l’affaire devant les juridictions. Ça n’a pas prospéré, mais un jour ou l’autre, on y arrivera. La vérité finira par triompher. Nous avons l’assurance que le coupable, en fonction ou en retraite, répondra un jour de ça». Pour lui, il ne s’agit pas de ressusciter la défunte, mais de connaître un jour ce qui s’est réellement passé ce 10 avril 2009 entre l’heure à laquelle Eléonore AGANI est supposée avoir été reçue, et l’heure à laquelle elle est supposée avoir rendu l’âme. Jusqu’au bout, et au nom de cet amour qui, quinze ans durant l’a uni à Eléonore, Gabriel se battra. Il se battra pour la vérité. Il se battra pour être réhabilité aux yeux de sa belle-famille. Il se battra pour que d’autres femmes ne meurent pas dans des conditions aussi dramatiques. Mais surtout, il se battra pour qu’Eléonore AGANI repose enfin en paix. « Je suis déterminé et rien ne pourra m’en empêcher. On ne peut pas faire mourir mon épouse et m’intimider ».

ALPHONSE TOHOUN

Enceinte de huit mois, sa femme meurt au cours d’un accouchement déclenché avant le terme des 9 mois

« Ma femme est morte au nom de la gloutonnerie et de l’immoralité ».

Mars 2006. Alphonse Tohoun est le plus heureux des hommes. Chimène Bossou, la femme que le destin a mise sur son chemin et dont il est tombé amoureux s’apprête à lui faire vivre le plus grand des bonheurs, celui de devenir père. Un bonheur n’arrivant jamais seul, sa Chimène adorée allait, quelques temps après la naissance du bébé soutenir son mémoire pour l’obtention d’une Maîtrise en Sciences juridiques. Un double bonheur réduit en miettes, brisé en mille morceaux. Alors qu’elle attendait deux bonheurs, Chimène n’aura rien. Ni le bébé, ni le parchemin. Et, comble de malheur, elle sera arrachée à la vie, laissant dans le désarroi total Alphonse. Officiellement décédée le 20 mars 2006 vers 21 heures, la défunte Chimène aura vu son sort scellé trois jours plutôt. Alphonse, qui impute sa mort à « la gloutonnerie et à l’immoralité » de Madame S., la propriétaire de la clinique où le drame s’est déroulé, raconte. « J’ai perdu ma femme le 20 mars 2006 alors que rien ne le présageait. Avant sa grossesse, elle avait fait une fausse couche en 2004. Elle a conçu de nouveau en 2005. Comme pour la première grossesse, elle s’est rendue au Cnhu pour le suivi. La dame qui devait la recevoir ce jour-là pour sa première consultation prénatale l’a avertie de l’imminence de grèves perlées au Cnhu. Elle lui a alors conseillé de se faire suivre dans une clinique » et Chimène, pour son malheur, l’a écoutée et s’est tournée vers la clinique privée de Madame S. située à Vèdoko. Là-bas, l’incompétence, la cupidité et l’amateurisme se sont associés pour lui ôter la vie. Le vendredi 17 mars 2006, jour où elle devait rentrer chez elle après une longue hospitalisation dans cette même clinique à cause des « menaces », Madame S. a décidé de déclencher l’accouchement avant le terme des 9 mois. Le vendredi, Chimène n’a pas accouché malgré les injections, le samedi non plus. Je suis resté au pied de son lit durant tout ce temps jusqu’au dimanche à 6 heures du matin quand, fatiguée, elle a décidé de descendre de la table pour regagner son lit. A ce moment elle ne ressentait plus aucune douleur. Voulant en savoir plus, je me suis rapproché de la sage-femme de garde qui a eu l’amabilité de me dire que l’enfant n’avait pas encore sa tête au contact du col. Après avoir pris sa douche vers 8 heures trente, Chimène a voulu manger. Elle était en train de manger le moyo qu’elle affectionnait tant quand la gynécologue a surgi, lui disant qu’elle ne devrait pas manger parce qu’elle allait être opérée. Séance tenante, elle a pris le téléphone de ma femme et appelé l’anesthésiste. A ce dernier, elle a demandé si l’opération pouvait avoir lieu ce jour-là ou s’il fallait la reporter. Il n’y avait donc pas d’urgence, sinon elle n’aurait pas évoqué l’éventuel report de la césarienne. Je précise que ni moi, le responsable de la responsable, ni ma femme n’avons été informés de la tenue de cette intervention. Chimène a cessé de manger et attendu sagement l’opération. Aux environs de 15 heures, elle a été préparée, mise sous perfusion et a marché elle-même, sans aucune aide, de son lit au bloc opératoire. Elle y est allée sourire aux lèvres, impatient de tenir bientôt son bébé dans ses bras. Elle ne savait pas que la mort qui l’y attendait. Quelques minutes après, Mme S. est sortie du bloc dans son accoutrement. Elle s’est rendue en ville une première fois, puis une deuxième fois. Elle était allée chercher des matériels qui manquaient au bloc. J’étais là et je ne m’étais pas inquiété. La troisième fois, elle a demandé à son chauffeur d’aller chercher l’oxygène. Ayant pris la mesure de la gravité de ce qui se passait, je suis monté dans le véhicule. C’est ainsi que le chauffeur et moi-même sommes allés dans une clinique quelque part à Agla chercher l’oxygène qui manquait pendant que ma femme était déjà sur la table d’opération à Vêdoko. Il sonnait 17 heures et à cette heure-là le trafic est dense. Entre temps, Madame S. s’est mise à appeler le Samu de l’Homel et le Samu du Cnhu. Les deux ambulances sont arrivées vers 18 heures. Elle avait aussi fait appel à d’autres médecins qui sont venus à son secours et ont tenté l’impossible. Ce n’est que vers 19 heures qu’on a sorti le corps inanimé de mon épouse de la clinique. Chimène a été mise dans l’une des ambulances pour le Cnhu. A 21 heures on nous a annoncé son décès. Voilà les conditions dans lesquelles ma femme a été tuée. Le comble c’est que dans sa déclaration, Madame S. a dit que ma femme est morte de maladie ». Jusqu’à ce jour, malgré mes démarches, je ne sais toujours pas de quelle maladie est morte ma femme ». Choqué par ce mensonge à la limite indécent, et face au silence de Madame S., Alphonse Tohoun décide alors d’écrire à cette dernière le 02 janvier 2007 afin de lui «prouver par A+B que c’est elle qui a tué sa femme au nom de la gloutonnerie». Dans cette lettre de cinq pages restée sans réponse jusqu’ aujourd’hui, Alphonse Tohoun évoque les nombreux tests, examens, analyses, tous négatifs, effectués par la gynécologue et qui, selon lui suffisent à prouver que Chimène ne souffrait d’aucune pathologie. Sont aussi évoquées, les nombreuses échographies, douze au total, réalisées, elles aussi à la clinique, et qui ont fait état de la bonne évolution de la grossesse de Chimène. « Nous n’avons pas lésiné sur les moyens. Si on n’arrivait pas à payer les soins et les médicaments, aurait-elle eu le courage d’aller jusqu’à la césarienne?», se demande aujourd’hui Alphonse qui met la concernée au défi de prouver le contraire. Le 1er mars 2007, Alphonse Tohoun se plaint au président du Conseil national de l’ordre national des médecins du Bénin. Dans sa plainte, il relate amplement la tragédie. Si selon ses dires elle est jugée recevable par le président de l’ordre, parce que déposée dans des conditions normales, cette lettre ne sera suivie d’aucun effet. Mise en cause, la gynécologue n’a pas été inquiétée. « Aujourd’hui, elle n’exerce plus dans la clinique où ma femme a été tuée. Elle a changé de quartier où elle continue d’exercer », déplore Alphonse qui pointe du doigt la passivité du ministère de la santé et de l’ordre des médecins qui continuent d’autoriser l’ouverture de cliniques par des personnes à la compétence douteuse. Conscient que le combat sera long et la bataille rude, Alphonse Tohoun a fait de la vérité dans cette affaire, sa raison de vivre. Pour le fils que Chimène lui a laissé et qui est aujourd’hui âgé de sept ans, Alphonse jure aller chercher la vérité où qu’elle se trouve. Rien ne le fera reculer, pas même les intimidations. « S’il y a des gens téméraires, il y en a de plus téméraires encore et moi j’en fais partie. Une sage-femme m’a dit de laisser tomber parce que les loups ne se mangent pas entre eux. Ça ne m’empêchera pas de lutter pour la vérité. Je me considère aujourd’hui en mission. En mission pour la vérité, en mission pour que d’autres femmes ne meurent plus dans les mêmes conditions que Chimène, en mission pour que la profession cesse d’être galvaudée. C’est devenu mon sacerdoce ».

Valérie Tonon

Mutilée et défigurée après une intervention chirurgicale

« Que le docteur qui m’a mise dans cet état assume enfin ses responsabilités »

A part les lunettes sombres qui lui mangent une partie du visage, Valérie Tonon est une femme comme toutes les autres. Belle, coquette, elle vit depuis quelques années portant un véritable calvaire. Il suffit qu’elle ôte ses verres pour qu’on s’en rende compte. La vision est douloureuse, insoutenable. A la place de l’œil gauche, une cavité. Tout autour, des cicatrices et meurtrissures témoignant du calvaire qu’on dû subir la peau et la chair à cet endroit. Cette mutilation, Valérie la doit à un concours de circonstances l’ayant conduit chez un ophtalmologue d’une clinique privée de Cotonou en 2006. Admise dans cette clinique pour une opération de la paupière, elle ne se doutait alors pas qu’elle venait de mettre le pied dans un engrenage qui la conduira dans un véritable enfer dans lequel elle peine aujourd’hui encore à sortir. Son témoignage.

« Je m’appelle Valérie Tonon. J’ai perdu mon œil gauche à l’âge de 15 ans, après qu’un clou l’ait perforé. Depuis lors, je porte une prothèse. Cela ne m’a pas empêchée de mener une vie tout à fait normale. J’ai tout fait. J’ai appris la couture, je suis devenue mère. Très peu de gens savaient que mon œil gauche était en réalité une prothèse. Courant février 2006, je me suis rendue au Cnhu pour une consultation ophtalmologique de l’œil gauche dont la prothèse semblait en déformation. Le médecin spécialiste était en voyage. Au regard de la gravité du mal, de bonnes volontés m’ont aidée financièrement pour que j’aille dans une clinique de la place. Après consultation le 20 février 2006, le docteur de la clinique a estimé que mon mal ne relève pas de sa compétence. Il m’a alors orientée vers un autre docteur dans une autre clinique. Ce dernier m’a dit que ce n’était rien de grave. Il m’a dit qu’il allait opérer ma paupière et faire une greffe à l’aide d’un échantillon prélevé sur mon corps, et que l’intervention se fera sous anesthésie générale. Il a réclamé la somme de 150.000 francs. Je l’ai supplié et finalement il a accepté de prendre 130.000 francs, une somme que j’ai payé en espèces le 28 février 2006 grâce au concours de bonnes volontés. La veille de l’intervention, je me suis rendue à la clinique pour des analyses. J’ai passé la nuit sur place. Le jour de l’opération, j’ai été admise au bloc, endormie et opérée. A mon réveil, j’ai ressenti un malaise avec des nausées. J’ai vomi un boule de compresse sanguinolente. Dans mon affolement face à cette situation incompréhensible, les aides-soignantes m’ont expliqué que j’ai beaucoup saigné au cours de l’opération. C’était pour empêcher que le sang pénètre dans mon ventre que le docteur a introduit une boule de compresse dans ma gorge. La boule de compresse vomie n’a point inquiété le docteur qui, au contraire, s’est permis de poser la prothèse sur la blessure vive de la cavité qu’il venait d’ouvrir. Je précise qu’avant l’opération, il m’avait dit que la prothèse ne sera mise en place qu’après cicatrisation de la plaie de la cavité. Je suis rentée chez moi. Mais, je revenais régulièrement à la clinique pour les soins. Treize jours après, la prothèse ne tenait plus et je ressentais de vives douleurs aussi bien à l’œil qu’à la tête. Le docteur a alors mis les deux paupières ensemble et les a suturées sans anesthésie, malgré la plaie de l’opération encore béante. Il m’a demandé de revenir une semaine après pour qu’on reprenne l’opération. La semaine m’a parue aussi longue qu’une année, tant j’ai souffert dans ma chair. Au bout d’une semaine, il a décidé de m’opérer sous anesthésie locale. C’était horrible. J’avais l’impression d’être un morceau de viande charcuté par un couteau non tranchant. Même les aides-soignantes ne pouvaient supporter la scène. Elles ont détourné le visage. Il s’est tellement acharné sur moi que je lui ai crié de me laisser. Finalement, il a bâclé le travail. On m’a donc fait un pansement. Il m’a demandé de rentrer chez moi parce qu’il devait voyager et serait absent pour trois jours. Pendant ces jours, mon corps a anormalement enflé et j’ai subi les douleurs faute de moyens. Au bout du 3e jour, je suis repartie le voir. Quand il m’a vue, il a paniqué. Il fallait tout faire pour que le volume de mon corps diminue. Mon œil a été négligé et la cavité a commencé par pourrir. Il m’a gardé pendant douze jours, sans satisfaction. Chaque fois, il raclait la chair morte. Il a fini par avouer un jour que ce sont les produits utilisés lors de l’opération qui sont incompatibles avec mon organisme et donc à l’origine du pourrissement de la cavité de l’œil. Bien qu’il a reconnu que c’est par sa faute que mon état de santé s’est aggravé, il n’a pas eu pitié de moi. Pour toute solution, il m’a fait comprendre qu’il faudra un greffage de la paupière, mais seulement à l’étranger. Il m’a demandé d’aller chercher quatre millions afin qu’il me confie à son maître. A un moment donné, il a programmé un voyage sur l’Europe. A son retour d’Europe, ma situation n’a pas changé. Il ne faisait que racler, au point où l’os est devenu visible. Un proche, révolté par ma situation, l’a rencontré. Il s’est énervé et lui a dit que mon état n’était rien d’autre que les effets secondaires des produits que j’utilisais. Il ajouté d’aller porter plainte si nous ne le croyions pas. Un lundi, alors qu’il s’apprêtait à racler les chairs comme à l’accoutumée, du sang a giclé sur sa blouse et il m’a dit que j’étais guérie. Je me souviens qu’à cette époque, j’avais perdu toute sensibilité. J’étais comme un bois mort. J’ai décidé d’écrire au président de la république le 18 mars 2008. Le palais de la présidence m’a répondu le 9 avril 2009, par le biais du cabinet civil à travers la lettre N° 639/DC/PR/SA signée par Edouard Ouin-Ouro. Sensible à mon sort, la présidence m’a envoyée vers les ministères de la santé, de la Justice et de la Famille. Le ministère de la santé a été le premier à se manifester. Le ministère de la famille est resté sourd. Je me suis rendue au service des évacuations sanitaires. Sur place on m’a dit que le chef de l’Etat a insisté pour que je sois soignée dans les meilleures conditions, même si cela doit coûter 30 millions. J’ai été longtemps tournée en bourrique par ceux qui devaient s’occuper de mon dossier d’évacuation. On m’a demandé un scanner, je me suis endettée pour le réaliser. Au bout de mille sacrifices, humiliations et calvaires, le professeur qui devait monter mon dossier m’a annoncé que je serai évacuée vers la France. Au même moment, je poursuivais une action en justice. Alors que tout allait bien, le dossier est resté bloqué depuis qu’une contre-expertise a été demandée. Même mon avocat s’est mis à me tourner en rond. Pendant ce temps, c’était le statu quo à propos de l’évacuation vers un hôpital français. J’ai réussi à avoir les contacts de l’hôpital, j’ai appelé et les Français m’ont répondu qu’ils n’avaient pas reçu mon dossier. Finalement, on m’a envoyé vers la Tunisie. Il a fallu refaire un autre scanner que j’ai dû envoyer à la clinique par courrier express. Ça m’a coûté 42.000 francs. J’espérais voyager quand subitement j’ai reçu un appel m’annonçant que je ne pourrai plus bouger parce que la date de mon rendez-vous était dépassée. J’ai alors décidé de rencontrer la ministre de la santé. Tôt un lundi matin, alors qu’elle était sur le point de prendre l’ascenseur, je me suis précipitée vers elle. Je lui ai narré mon histoire. Grâce à sa diligence, les choses ont enfin bougé. Le vendredi qui suivait, et après de nouvelles frustrations, j’ai pris l’avion et je suis arrivée à Tunis le samedi soir. Alors que m’avaient été promis des frais de voyage, je n’ai eu en main que le billet d’avion et mon dossier, dossier qui s’est avéré par la suite incomplet et m’a valu des humiliations à l’aéroport de Tunis. En plus, j’ai voyagé seule, alors qu’un médecin aurait normalement dû m’accompagner, puisqu’il s’agissait d’une évacuation sanitaire. Quand j’ai fait mon entrée dans la clinique tunisienne, ils ont voulu m’opérer sur le champ. Ce que j’ai catégoriquement refusé. Le lundi, un docteur m’a fait faire des analyses et le mardi enfin j’ai été opérée. Le 3e jour une dame est venue m’annoncer que mon séjour arrivait à sa fin et que je dois rejoindre mon pays. J’étais surprise parce qu’on m’avait dit au Bénin que j’en avais pour trois mois. J’ai refusé de bouger et demandé dans ce cas qu’on m’emmène à l’ambassade du Bénin. Quand ils ont compris que je n’allais pas me laisser faire, ils m’ont laissée et ne se sont plus occupé de moi. Par chance, une autre femme médecin a été sensible à mon histoire. Elle a payé pour que je passe deux semaines en plus. C’est elle qui m’a dit qu’ils ont reçu un coup de téléphone leur demandant de me faire descendre. J’ai donc passé les deux semaines. Mais, j’ai été livrée à moi-même, sans médicaments, à part un produit qu’on m’a remis pour nettoyer la plaie qui saignait. Il a fallu que je manque de m’évanouir pour qu’on pense enfin à me donner des médicaments avec une bouteille d’eau. Sinon, je me débrouillais avec l’eau contenue dans la chasse d’eau, mon repas m’étant servi sans eau. Le jour du départ, c’est difficilement que j’ai pu embarquer parce qu’ils ne m’ont pas remis une autorisation pour sortir de l’hôpital. Je n’ai rien reçu comme produits non plus alors que ma blessure saignait toujours. Au Bénin, j’ai fini par perdre la nouvelle prothèse. Il est question que je sois à nouveau opérée ici. Ce que je refuse catégoriquement. Aujourd’hui j’ai tout perdu. J’ai des factures d’électricité qui traînent. Je vivais de la couture. Aujourd’hui, je n’ai plus la force de coudre des habits à cause des douleurs. Je suis incapable de mettre des objets lourds sur la tête à cause des douleurs. J’avais une mercerie. Tout est perdu. Je suis criblée de dettes. Je me suis endettée parce que j’espérais vraiment que j’allais être soignée comme l’a instruit le chef de l’Etat, Boni Yayi. Au lieu de ça, on m’a mutilée et renvoyée à une vie de misère. J’ai été obligée de quitter Calavi pour rejoindre Kindonou où je vis difficilement. J’implore la justice béninoise afin que le docteur qui m’a mise dans cet état assume enfin ses responsabilités ».

Flore NOBIME

 

Source: http://levenementprecis.com/?p=17678

 
 
 
Tag(s) : #Politique Béninoise

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