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05/09/2011

  

  

BENIN: Faut-il réhabiliter le capitaine Michel Aïkpé ?

 

 

Par Wilfried Léandre HOUNGBEDJI

 

 

Avec Michel Alladayè et Janvier Assogba, il formait le noyau qui réalisa le coup d’Etat du 26 octobre 1972 qui porta le commandant Mathieu Kérékou au pouvoir. Les dissensions qui apparurent très tôt entre les acteurs, par ailleurs barons du nouveau régime, conduisirent à la disgrâce de l’un (Alladayè) et à la mort de l’autre (Aïkpé). Sur ce dernier, beaucoup de choses avaient été dites. Pour justifier sa mort, il avait été accusé d’adultère avec la femme du président Kérékou. Pour l’opinion publique, c’est cette version qui restait même s’il est clair que tout le monde n’est pas dupe. Comme pour lever définitivement le doute, le général François Kouyami, dans son livre-entretien avec nos confrères Wilfrid Hervé Adoun et François Awoudo : « Affaires d’Etat au Bénin : le Général François Kouyami parle… » bat en brèches la thèse de l’adultère. Ce sera donc l’un des témoignages les plus probants, venant en tout cas d’un ancien acteur du système, établissant les causes et circonstances dites réelles de ce drame. François Kouyami, alors ministre en charge de la Culture, rapporte à la page 69 du livre : « … J’étais avec le commandant Augustin Honvo, ministre des Travaux publics, quand on est venu nous souffler à l’oreille que le président désirait nous voir immédiatement au palais. Maugréant et mécontents d’abandonner le spectacle et nos compagnes, nous rejoignons la présidence de la République au galop. Sur les lieux, le chef de l’Etat, flanqué du capitaine Martin Dohou Azonhiho, ministre de l’Information et de l’Orientation nationale, entra en fracas, visiblement hors de lui, les yeux rouges. Il nous lança, l’air menaçant : ″C’est ainsi que tous les réactionnaires tapis dans nos rangs vont finir. Votre collègue Michel Aïkpé vient d’être abattu parce qu’il voulait me faire un coup d’Etat !″ Depuis, cette première version a beaucoup changé… Puis il ajouta : ″… et son corps se trouve chez lui. Azonhiho, amenez-les le voir″… J’avais fixé mon regard sur Aïkpé étalé à même le sol. Le militaire que je suis, sais d’expérience que celui qu’on dit avoir abattu devrait laisser des éclaboussures de sang sur les lieux. Mais je n’avais rien observé de tel. Tout était net et propre comme s’il n’y avait pas eu de giclées de sang. La braguette du pantalon d’Aïkpé était défaite et on pouvait voir son slip rouge en dessous avec par-dessus un talisman. Je l’avais regardé puis j’étais reparti bouleversé et en colère. Ceux qui étaient venus par la suite nous avaient dit qu’il était presque nu. Ce n’est pas conforme à ce que nous avions vu. Je certifie qu’il était bien habillé… Muni de son fusil mitrailleur, il était parti au volant de sa voiture. On saura plus tard, qu’il s’était rendu seul au palais de la présidence de la République. Les échanges qu’il avait eus avec le président Kérékou, étaient très emportés et particulièrement violents. Le capitaine Aïkpé qui avait commis l’erreur fatale de se rendre au palais sans ses gardes du corps, était devenu particulièrement agressif et voulait s’en prendre physiquement au commandant Kérékou. Mais il avait laissé son fusil mitrailleur dans sa voiture. Kérékou n’était pas armé non plus. En revanche, le président était suivi de son garde du corps, … originaire de Djougou… Il s’est fait liquider par la suite en faisant du chantage, une technique qu’il maîtrisait mal. Alors, c’est ce garde du corps… qui avait tiré sur le capitaine Aïkpé, à la grande surprise de Kérékou. … l’épouse du président qui, avant cet incident, avait tenté vainement de calmer les deux protagonistes, assista, impuissante, à l’exécution du ministre de l’Intérieur. Le choc reçu face à ce drame, l’avait presque détraquée. Contrairement aux rumeurs, elle n’était pas droguée, elle était traumatisée. En définitive, c’est le zèle de ce garde du corps qui a valu la mort d’Aïkpé. »

 

Quand on observe que le général Kouyami, au cours de cet entretien, n’a pas été du tout tendre avec Michel Aïkpé, on pourrait à tout le monde considérer qu’il ne tente pas de réécrire l’histoire. Sa part de vérité est-elle la bonne ? En tout cas, il n’est pas loin, le temps où Boni Yayi réhabilita les Adjo Boco Ignace et Abdoulaye Issa et les fit décorer à titre posthume. Et si la version de Kouyami est vraie, la même sollicitude ne devrait-elle pas être observée à l’égard de cet autre Béninois non moins digne, dont les enfants et l’épouse, d’après le même livre, n’auraient eu droit à aucun égard pratiquement de la part de l’Etat depuis la survenance du drame. Ne faudrait-il pas réhabiliter Michel Aïkpé aussi ?

 

Source: http://commentvalebenin.over-blog.com/article-faut-il-rehabiliter-le-capitaine-michel-aikpe-82890211.html

 

 

 



 
 
 
 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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