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BENIN - Fin de règne pour Yayi Boni ? Le laboratoire de la démocratie en Afrique est en pleine ébullition…

 

 

 

Publié le dimanche 24 février 2013

 

Écrit par Jacques Delacroix

 

 

Rumeurs de coup d’état, arrestations d'officiers supérieurs de l’armée et corruption à gogo : le laboratoire de la démocratie en Afrique est en pleine ébullition…

 

Le Bénin n’en finit pas de surprendre au cours de ce deuxième mandat agité de son président, Yayi Boni. Après les nombreux scandales de corruption impliquant des proches du chef de l’Etat, après l’affaire de l’empoisonnement supposé du prince, la condamnation d’un ancien collaborateur et d’une journaliste pour « offense au chef de l’Etat », le pouvoir béninois, jamais en manque d’imagination, refait parler de lui.

C’est une affaire dont les contours restent encore quelque peu flous, mais quelques éléments d’appréciation permettent déjà de faire une ébauche de clarification.

 

Ce dimanche 24 février, le procureur de la République, Justin Gbènamèto, invite les journalistes à un point de presse sur les affaires de corruption en cours dans le pays, ainsi que "la tentative de coup d’état récemment déjouée."

 

Quelques heures plus tard, le point de presse, initialement prévu pour 15.00, est purement et simplement annulé.

 

Dans l’entourage du procureur, on précise que ce dernier veut se donner un peu plus de temps pour vérifier certains points.

 

Fébrilité

 

Il faut dire que depuis quelque temps, le régime béninois s’est illustré par une certaine fébrilité qui peut amener de manière légitime à se poser de nombreuses questions sur ces affaires à répétition.

 

D’un côté, la rocambolesque affaire de la tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat béninois, qui soulève davantage de doute que de compassion ; ensuite, les nombreux métastases de cette même affaire, dont le dernier épisode est l’arrestation de M. Johannès Dagnon, cousin du présumé empoisonneur Talon.

 

De quoi s’agit-il ?

 

Le vendredi 22 février, plus d’une dizaine de militaires envahissent l'accueil du cabinet Fiduciaire d’Afrique, le plus ancien cabinet d'audit et de conseil au Bénin, proférant des menaces à l'endroit de la secrétaire. Ils montent ensuite au bureau du directeur, Johannès Dagnon, qu'ils prennent d'assaut.

 

Apparemment, ils étaient à la recherche de « documents compromettants. » Mais bien que n’ayant rien trouvé, ils l’embarquent.

 

Aux alentours de 10 heures, ils reviennent avec l'expert-comptable et cette fois-ci, son bureau est littéralement remué dans tous les sens.

M. Dagnon est depuis en garde à vue et n’aurait pas le droit de rencontrer son avocat, Joseph Djogbénou, également avocat de M. Patrice Talon.

Ce dernier s’est fendu ce week-end d’un communiqué rageur dont Afrika7 reproduit ici une copie.

 

De source proche du dossier, on reproche à M. Johannès Dagnon de rencontrer régulièrement l’ennemi juré du chef de l’Etat béninois, qui vit présentement à Paris.

 

Parallèlement, de source policière, un officier de gendarmerie, le commandant Pamphile Zomahoun, ancien commandant de la brigade territoriale de gendarmerie de Cotonou, a été mis aux arrêts depuis quelques jours.

On lui reprocherait de fréquentes visites à Johannès Dagnon. D’autres sources parlent d’un soupçon de déstabilisation du pays.

L’inspection du téléphone du commandant aurait aussi révélé que les deux hommes communiquent régulièrement par téléphone.

 

Dans l’entourage de Johannès Dagnon, on précise que le commandant Zomahoun fait partie des soldats détachés pour la sécurisation des marchandises destinées aux pays de l'hinterland (Niger, Burkina Faso, Mali), autrefois gérées par la société Bénin Control de Patrice Talon. Or le cabinet de l'expert-comptable Dagnon avait étroitement collaboré avec la société Benin Control...

 

D’où une présomption de concussion brandie par les autorités béninoises.

Dans sa correspondance acide au Procureur, Me Djogbénou écrit : "Il ne pouvait pas vous échapper qu'en plus d'assurer le commissariat aux comptes de plusieurs sociétés de droit béninois et étranger en tant qu'expert-comptable et contre lequel aucun manquement professionnel n'est relevé, l'intéressé est membre de la famille de Monsieur TALON Patrice.

 

Ainsi, le lien de proximité professionnelle à l'égard d'une personne poursuivie, non pour le crime d'atteinte à la sûreté de l'Etat, mais pour une sordide et

supposée affaire dite de << tentative d'assassinat et d'association de malfaiteurs » est élevé au rang d'infraction."

 

Par ailleurs, il convient de noter l’atmosphère générale extrêmement anxiogène dans le pays.

 

Le gouvernement français, sur la base d’une évaluation de la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest, au lendemain de l’enlèvement d’une famille de ressortissants français au Cameroun, a mis en garde contre des risques potentiels dans le Nord-Est du Bénin, frontalier d’une base arrière de la secte Boko Haram au Nigeria.

 

Simple mesure de bon sens.

 

Mais dans une étonnante mise au point, le gouvernement béninois manifeste sa surprise et dément des « allégations dénuées de tout fondement » (Lire l’article d’Afrika7.)

 

Ce dimanche, dans une interview à diffuser sur RFI, le ministre béninois de l’Intérieur a qualifié d’inamicale la mise en garde du Quai d’Orsay.

Des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères interrogés à Paris, se sont eux, étonnés de la réaction de la partie béninoise, en assurant que ce genre de mise en garde est régulièrement publié par toutes les chancelleries occidentales à l’endroit de leurs ressortissants.

 

« Il est vrai que la région à risque décrite par le Quai d’Orsay ici à Paris comprend la localité de Tchaourou, le village natal du chef de l’Etat béninois… Mais cela suffit-il pour autant à expliquer le communiqué vengeur de Cotonou ? » interroge notre interlocuteur du Quai.

 

L’atmosphère est également caractérisée à Cotonou, par la mise en cause de nombreux ministres de Yayi Boni dans de nombreuses affaires de corruption.

Après les anciens ministres François Noudégbessi, Soulé Mana Lawani et Rogatien Biaou dont le parlement a voté la poursuite devant la Haute cour de justice, le sort d’autres anciens ministres devrait être examiné ce lundi par les députés à Porto Novo…

 

Et pour couronner le tout, une note interne de la Sonapra, la Société Nationale de Production Agricole, vient de contredire les prévisions officielles en matière de production de coton (Lire l’article d’Afrika7.).

Tous ces éléments expliquent-ils le remue-ménage au sommet de l’Etat béninois ?

 

Dans ce capharnaüm général, une chose est sûre : le régime en place à Cotonou est devenu extrêmement fébrile, entre scandales à répétition et suspicions de confication du pouvoir.

 

A Cotonou, où la plupart des hommes politiques et journalistes semblent être sur écoute, de nombreux intellectuels mettent en garde contre un scénario à la malienne : « Nul ne croyait qu’un coup d’état puisse être monté contre le père-même de la démocratie malienne, Amadou Toumani Touré. Pourtant, c’est arrivé. Alors chez nous, il ne faudrait pas qu’on s’étonne que du fait de leur irresponsabilité, les fossoyeurs de la démocratie mettent à mal tant d’années d’effort passées à construire une démocratie viable », explique un professeur d’université joint dimanche soir par Afrika7.

 
 
 
 
 
 
Tag(s) : #Politique Béninoise

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