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vendredi 4 novembre 2011

 

BENIN: Il était une fois le printemps noir… avant le printemps arabe

 

 

 

par Arimi choubadé

 

Plus de deux décennies avant le printemps arabe. Personne ne veut plus s’en souvenir. Il y a bel et bien eu soulèvements populaires, conférences nationales, fin des partis uniques, élections pluralistes, transitions plus ou moins pacifiques, alternance au pouvoir ; en Afrique noire, longtemps avant l’embrasement de Tunis, l’insurrection de la place Tahir du Caire et leurs ondes de choc dévastateurs sur la Lybie, la Syrie, le Yémen, la Jordanie, le Maroc. Tout ceci sans l’aide d’Internet, des téléphones portables ou de l’Otan. Au contraire, l’événement fut accueilli par la mémorable raillerie de Jacques Chirac qui déclarait au cours d’un séjour en terre africaine à l’époque que « la démocratie est un luxe trop couteuse pour les pays africains ». Un baroud de provocation dont les effets sur les transformations en cours restent très limités. Le tristement célèbre présidentialisme négro-africain marqué par la présidence à vie, le parti unique, les syndicats unifiés, la presse étouffée, les exilés politiques, les prisonniers d’opinion s’est vu bousculer jusqu’à ces fondements les plus profonds. 20 ans après, le socle du vent des libertés fait désormais partie du paysage institutionnel dans presque tous les pays au sud du Sahara malgré quelques résistances, des pesanteurs systémiques, des reculs parfois. Il s’est trouvé renforcé au contraire par la libération de Nelson Mandela dans la foulée et le leadership naissant de la nation arc-en-ciel, l’Afrique de sud postapartheid.

 

Quelques faiseurs de morale persistent à prêcher l’absence de repères et de modèles sous nos cieux malgré l’existence de cette partie de l’histoire du continent. L’opinion internationale feint d’avoir oublié cette journée de décembre 1989 où plusieurs villes béninoises ont connu des agitations exceptionnelles avec un pic sans précédent dans les rues de Cotonou. Le président Kérékou avait dû sortir de son bunker afin d’aller constater de visu la furie des manifestants contre les symboles de la révolution marxiste-léniniste, l’idéologie du parti unique du moment. La parade du grand camarade de lutte s’était terminée à queue de poisson dans l’enceinte de l’église Saint Michel transformée en refuge afin d’échapper aux jets de pierre sur le cortège présidentiel. Le même jour de décembre 1989, une réunion conjointe gouvernement-comité central du Prpb a décrété la fin du parti unique et l’ouverture à la démocratie pluraliste. L’annonce de la tenue d’une conférence nationale interviendra quelques jours plus tard.

 

Autre repère omis à dessein, c’est le consensus réalisé autour de la personne d’un certain Nicéphore Soglo comme l’homme de la situation sorti des cogitations des délégués aux assises nationales de février 1990. S’ensuivirent une transition d’un an et un mandat présidentiel sanctionnés par un retour en grâce d’une économie promise à une banqueroute quasi-certaine. Le Bénin est en droit de revendiquer sans avoir à rougir, aujourd’hui plus qu’hier, son statut de lumière de tout un continent. Aucun pays au sud du Sahara n’avait pu échapper à cette ferveur née à l’hôtel Plm Alédjo de Cotonou. Abidjan, Lomé, Libreville, Brazzaville, Antananarivo, Niamey, Bamako ; partout le chant de liberté venu de Cotonou était repris en chœur par les jeunesses locales fascinées par la maestria ayant caractérisé la survenance de l’alternance au Bénin sur fond de consensus national et de pacifisme : aucune goutte de sang n’a été versée. Rien à voir avec l’effroyable bilan du printemps arabe. Peut-être est-ce ce défaut de sang, de chaos, de guerre et de réfugiés errants qui vaut à l’expérience béninoise le refus de reconnaissance de sa légitimité continentale ? Quoiqu’on dise du printemps arabe, l’histoire retiendra qu’il a été précédé du printemps noir allumé depuis les bords du Nokoué plus d’une vingtaine d’années plus tôt.

 

Aux Béninois de le revendiquer haut et fort…

 

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

 

Tag(s) : #EDITORIAL

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