Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 19 février 2013

 

 

BENIN - Il y a vingt-trois ans débutait la Conférence Nationale : Hommage à un ancien, Eustache SARRE.

 

 

Par Benoît ILLASSA

 

 

Je fus l’un des témoins anonymes de cette révolution historique dans notre pays, aux côtés du Président Emile Derlin ZINSOU, du 19 au 28 février 1990. N’ayant pas fait le déplacement de Cotonou, j’étais en ligne, depuis Paris, avec le Président ZINSOU 24 heures sur 24 alors que j’étais encore sur les bancs de la faculté de droit pour apprendre les rudiments de mon futur métier.

 

Une délégation de la diaspora béninoise de France était bien présente mais la béninoiserie et l’orgueil de certains ont eu raison du peu d’échos de cette présence.

 

Comme à mon habitude, j’ai décidé, aujourd’hui, de naviguer à contre-courant pour rendre un hommage que j’estime mérité à un sage que peu de béninois connaissent finalement. Il s’agit de notre Doyen Eustache SARRE.

 

Pourquoi, me diriez-vous ?

 

Parce qu’il a eu la lourde tâche de succéder à l’un des idéologues sanguinaires du PRPB, le redouté Colonel Martin Dohou AZONHIHO, en qualité de ministre de l’Equipement et des Transports. Le premier de l’ère démocratique.

 

Monsieur Eustache SARRE occupera ce poste du 14 mars 1990 au 29 juillet 1991, soit pendant un an, 04 mois et 16 jours. Il est né à Porto-Novo le 29 mars 1939.

 

Voici les extraits de son discours de passation de service à Cotonou le 15 mars 1990.

 

« En préambule à mon bref propos de ce jour, jeudi 15 mars 1990, à l’occasion de la passation de service avec le ministre de l’Equipement et des Transports sortant, Monsieur le Colonel Martin Dohou AZONHIHO, je ne puis résister devant la tentation de partager avec vous, cette belle fable ou histoire, écrite par Victor HUGO le 06 novembre 1852 :

 

- Un jour, maigre et sentant un royal appétit ;

 

- Un singe d’une peau de tigre se vêtit ;

 

- Le tigre avait été méchant ; lui fut atroce.

 

- Il avait endossé le droit d’être féroce.

 

- Il se mit à grincer des dents, criant : Je suis

 

- Le vainqueur des halliers, le roi sombre des nuits !

 

- Il s’embusqua, brigand des bois, dans les épines ;

 

- Il entassa l’horreur, le meurtre, les rapines,

 

- Egorgea les passants, dévasta la forêt,

 

- Fit tout ce qu’avait fait la peau qui le couvrait.

 

- Il vivait dans un antre, entouré de carnage.

 

- Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.

 

- Il s’écriait, poussant d’affreux rugissements :

 

- Regardez, ma caverne est pleine d’ossements ;

 

- Devant moi, tout recule et frémit, tout émigre,

 

- Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre !

 

- Les bêtes l’admiraient, et fuyaient à grands pas.

 

- Un belluaire vint, le saisit dans ses bras.

 

- Déchira cette peau comme on déchire un linge,

 

- Mit à nu ce vainqueur, et dit : Tu n’es qu’un SINGE ! »…

 

 

 

…« Monsieur le Colonel Martin Dohou AZONHIHO, tout en vous présentant mes félicitations pour les résultats obtenus à la tête du ministère de l’Equipement et des Transports et en vous souhaitant beaucoup de succès dans les nouvelles responsabilités qui vous seront confiées, je voudrais proposer amicalement à votre méditation cette pensée d’Antoine de SAINT-EXUPERY qui me guide toujours dans ma vie :

 

- Quand nous prendrons conscience de notre rôle,

 

- Même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux.

 

- Alors seulement nous pourrons vivre en paix

 

- Et mourir en paix, car ce qui donne un sens à la vie

 

- Donne un sens à la mort » !

  

La finesse, l’élégance, le savoir, tout était là réuni. Il y a des mots qui blessent plus que les armes. Notre Colonel sanguinaire aurait pu s’écrier (encore qu’il ait eu les connaissances nécessaires pour appréhender la litote de l’homme du jour) :

 

Eustache m’a TUER !!!

 

 

IB

 

Tag(s) : #EDITORIAL

Partager cet article

Repost 0