Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

03/05/2013

 

 

BENIN - Journée Internationale de la Presse: Libérez "le Béninois Libéré"

  

 

«Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous.» Montesquieu

 

mercredi 12 décembre 2012

Un an après la suspension définitive de son journal le ‘’ Béninois libéré’’ : Aboubakar Takou rond le silence

 
 
 La nouvelle est tombée un de ces jeudis du mois de décembre 2011 en début d’après midi. Un des organes de presse les plus lus a été suspendu définitivement et ses deux premiers responsables ont été interdits d’exercice de la profession du journalisme. Réduisant ainsi la sphère médiatique béninoise. Un an après cette décision de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), nous nous sommes rapprochés du directeur général du quotidien le ‘’Béninois libéré’ Aboubakar Takou. Dans le franc-parler qu’on lui connait, il s’est prononcé sur sa suspension, ses différentes démarches et sa nouvelle vie.
 

Aboubakar Takou, cela fait un an jour pour jour que votre journal a été interdit définitivement de parution et vous-même avec Eric Tchiakpè votre DP avez interdit d’exercer le métier de journalisme au Bénin jusqu’à nouvel ordre par la HAAC. Pouvez-vous nous rappeler les circonstances de l’audience du 08 décembre 2011 ? 
 
Le Quotidien ''Le Béninois Libéré'' de Aboubakar TAKOU
Aboubakar Takou :Merci chers confrères de l’opportunité que vous m’offrez de revenir sur ce cauchemar. En effet, ce 08 décembre, nous avons été contraints de répondre à une convocation express à la limite policière de la HAAC. Je reviens sur le thème convocation express parce que la tradition qui garantit la défense dans la plupart des invitations classiques de la HAAC aux auditions publiques n’a pas été respectée. C’est le mercredi 7 décembre aux environs de 18h 30minutes que la convocation nous a été remise au siège du journal et figurez-vous sans objet. Dans les coulisses, nous avions déjà été informés des motivations de Théophile Nata et ses hommes. On savait déjà que l’ordre venait d’en haut de faire disparaitre notre journal ‘’ le Béninois libéré’’, Eric Tchiakpè et moi de l’univers médiatique béninois. C’est pourquoi, nous avons exigés de la HAAC des garanties pour notre défense avant de répondre à l’objet qu’ont venait de nous notifier à l’instant. En effet, Edouard Loko et ses amis voulaient qu’on répondre d’une opinion qu’on a écrite sur le sommet du Conseil de l’Entente (CE) qui se déroulait au Bénin. Nous nous sommes refusés à tout commentaire tant que les garanties pour notre défense ne nous auraient pas été accordées. Et ce fut le crime. De réquisitoire tiré sur les cheveux, des insultes grotesques indignes d’un responsable d’une institution, des commentaires désobligeants bref, tous les ingrédients étaient au rendez-vous pour tenter de justifier l’illégal, l’arbitraire et la connerie. Voilà de quelle marmite est sortie l’interdiction définitive de votre journal préféré, mis ous scellé du siège du journal, un local qui ne nous appartient même pas, et l’interdiction à Eric Tcchiakpè et moi d’exercer le métier jusqu’au bon vouloir des ‘’juges’’ de la HAAC.

Il parait que vous avez été aussi dure envers la HAAC ?
 
Dure ! Si rappeler à cette institution son droit à la défense, chose reconnue garantie dans la constitution du Bénin est un crime, alors on aurait été coupable de la pendaison. Ce que je retiens par contre, c’est que l’éducation que Eric Tchiakpè a reçue de feu son père commissaire de police puis avocat et moi-même de mon feu père fonctionnaire de police ne nous permet pas d’insulter quelqu’un à plus forte raison d’adopter un comportement irrévérencieux à l’encontre des conseillers d’une institution. Mieux, nous n’avons même pas versé dans les caniveaux duquel nous tirait un des conseiller visiblement en plein dans les diatribes incestueuses en mélangeant le nom de sa Sainteté le Pape à l’enfer en nous condamnant au passage. Bref, les images existent et témoignent bien de ce qui s’est passé ce 08 décembre.

Et comment vous avez encaissez ce double coup ?
  
Très sportivement. Vous savez, j’aime le sport, j’ai fait les arts martiaux. Il faudrait plus pour m’ébranler.

Vous avez dit tantôt que votre siège est mis sous scellé, entre la HAAC et vous, qui paie les frais de loyer , étant entendu que l’immeuble n’est pas votre propriété ? 
 
Cher confrère, voilà l’une des raisons pour lesquelles Eric Tchiakpè et moi avions fait le mort depuis notre retour de cavale. Il y a des choses qui vont fâcher nos compatriotes et livrer la HAAC a une vindicte populaire si on les sort. Imaginez qu’on a poussé à la chasse à l’homme jusqu’à mettre sous scellé l’immeuble appartenant à autrui depuis un an. Nos matériels, effets personnels du bureau pourrissent, se dégradent dans un appartement hermétiquement fermé depuis un an. Et pour curieux que cela puisse paraitre, je continue de payer tous les mois les frais de loyer au propriétaire. Il m’a été interdit d’exercer un métier dans lequel j’évoluais depuis 17ans et d’où je tenais cent pour cent mes revenus. Je ne suis pas frigoriste, je n’ai pas appris la menuiserie, je ne suis pas qualifié pour enseigner dans un collège et je ne me suis jamais essayé au commerce et voilà qu’on m’interdit le métier qui est le mien. Ça c’est la décision de la HAAC Nata. Peut être qu’on veut nous pousser Tchiakpè et moi à recourir aux vols pour assurer notre pitance familiale et nous éventrer un jour avec une kalachnikov pour dire un jour à l’opinion publique que nous étions des bandits comme un conseiller de la HAAC a su si bien le dire sur une radio internationale dans la semaine de la sanction.

Quelle a été la position de vos confrères et des associations professionnelles au prononcé de la décision ?
 
Nous avons eu des soutiens de l’immense majorité des professionnels des médias du Bénin. Mais des soutiens cachés. Car la consigne tétait claire d’une part et qui quiconque soutiendra le béninois libéré et ses responsables allait vivre plus que le courroux du régime et celui des patrons des associations professionnelles invitées pour la circonstance pour soutenir la position officielle c’est-à-dire celle du régime et dictée par la HAAC. Mon doyen Vincent Foly de la Nouvelle Tribune qui a osé braver les interdictions avait à l’époque reçu pour son compte. Trois semaines de suspension pour de prétexte fallacieux et une série de menaces de suspension définitive s’il continuait à parler là où tout le monde est contraint au silence. Chers confrères, Nous étions la proie facile d’un système. D’autre part, il faut reconnaitre qu’aucun professionnel ne voulait parler du cas Béninois libéré au risque que la HAAC ne le hache. Les associations professionnels avaient la collusion avec le régime jusqu’à parlé de sanction pédagogique au sujet de la décision funeste de la HAAC . Mais en un an, l’eau a coulé sous le pont et les signataires de ce communiqué régimiste sont entrain eux aussi de découvrir le visage lugubre du régime.

Vous-même, vous êtes président d’une association de patrons de presse à t-on appris.
 
Evidement, j’étais le président du PNPB et c’est ce qui m’a valu la rivalité inutile de mon grand frère et jeune frère dans la corporation et responsable du CNPA-BENIN. Permettez-moi de ne pas épiloguer sur cet aspect de la chose. Après ma suspension, et pour faire dans le droit, c’est mon premier vice président Arimi Choubadé dont je salue ici le courage et la confraternité qui a pris les rennes du PNPB. Il a fait ce qu’il a pu. Mais qu’est- qu’il pouvait dans un environnement aussi embrigadé avec des injonctions du pouvoir et les intimidations de la HAAC.

Nous avons appris quelques semaines après votre suspension que vous avez rallié Lomé au Togo alors même que le Président Faure était au sommet de Cotonou.  
 
On n’a pas quitté Cotonou de notre propre chef. Eric Tchiakpè et moi avions fui dans la nuit du 25 décembre lorsqu’on nous a appris que le régime voulait nous voir en prison pour nous empêcher d’ester la HAAC en justice . Pour la petite histoire, sachez qu’un confrère de la place proche du Chef de l’Etat était à mon domicile pour me sonder au sujet de nos perspectives suite à cette décision barbare de la HAAC. Je luis disais alors, que dans un environnement aussi gangrené, seule la justice de mon pays nous sortirait de ce bourbier. Celui-ci disait que cela n’allait pas faire plaisir au chef de l’Etat. Néanmoins, je lui ai fait croire que j’allais déposer ma requête auprès de la Cour Suprême dans la semaine du 25 décembre. C’est l’erreur qu’il ne fallait pas faire. La conséquence, c’est qu’une dizaine de gendarmes était à mon domicile le 26 décembre aux environs de 8 heures avec pour ordre de me présenter au procureur. Dieu merci Thiakpè et moi étions déjà à Lomé. Et contrairement aux prévisions diaboliques du conseiller Akobi de la HAAC qui disait à l’audience du 8 décembre 2011« Qu’on allait être tué dans les capitales des pays dont les Chefs d’Etats étaient à Cotonou » nous avons été bien reçus par les autorités togolaises qui nous ont même accordé l’asile après que rapport du ministre Togolais de l’Intérieur a été fait à son homologue Béninois Benoit Dègla comme le stipule la tradition en la matière. Nous avons vécu pendant près de 10 semaines dans les hôtels avant que reporters sans frontières (RSF) ne nous demande de rentrer au pays et que ça fera trop gros après nous avoir mis en difficulté que le gouvernement béninois se trouve le plaisir de nous jeter en prison. Reconnaissons que jusqu’à ce jour nous n’avons plus été inquiétés. C’est le lieu aussi de remercier RSF qui n’a de cesse de faire des communiqués, d’adresser des lettres aussi bien à NATA de la HAAC et à Boni Yayi du Bénin.

Avez-vous finalement saisit la cour suprême ?
  
Bien sûr que nous avons saisi la cour suprême de notre requête.

Que dévient les cadres du Journal et vous-même ?
  
Nous sommes depuis contraints au chômage et à la misère. Quand quelqu’un tombe sur un grain de maïs, il fait l’effort de le partager avec les autres. Notre seul espoir étant que la justice de notre pays nous rétablisse.

Nous avons appris que vous avez initié une série de rencontres avec certains professionnels des médias béninois. De quoi était question ?
  
Pas grand-chose. J’ai simplement invité les professionnels des médias à la solidarité, parce que le constat est amer que nous faisons tout pour les autres jamais pour nous même. Imaginez par exemple le cas des journalistes de le ‘’POTENTIEL’’ qui comme nous au Béninois libéré sont aussi en train de boucler un an de chômage forcé du fait de l’humeur de la HAAC. Car faut il encore le rappeler, il n’y a pas à ce jour à la HAAC une nomenclature des sanctions pour savoir que telle dérive correspond à telle sanction ainsi de suite. Les‘’juges’’ de la HAAC se confondent à des êtres supérieurs et regardent la tête du client pour inventer une sanction. J’ai invité les confrères à une prise de conscience face à la monstruosité que constitue une HAAC au service de l’exécutif et surtout de son chef.

Que fait Aboubakar Takou aujourd’hui ?  
 
J’ai pensé que le bon sens allait interpeller aussi bien le régime en place que son bras armée la HAAC à l’observance d’une certaine conduite raisonnable en corrigeant le crime mais que ne fut pas ma surprise ! Donc je suis là, j’observe, je souffre bien évidemment mais je vais mettre au profit de mon pays le fruit de mes réflexions. Je prends des contacts, j’écoute des aînés et je remercie d’ailleurs du Bénin qui à travers leurs syndicats respectifs ont introduit dans leurs revendications la levée des sanctions d’interdictions qui pèsent sur certains journalistes et organes de presse au Bénin. Vous savez, la tyrannie d’un prince dans une oligarchie est mois dangereuse pour le développement économique disait MONTESQUIEU que l’apathie d’un peuple dans une démocratie. De ma position de chômeur, j’ai aujourd’hui l’avantage et même le privilège de vivre ce qu’en dure le béninois moyen dans un contexte où seules les voix pour chanter les louanges du régime Yayi sont autorisées. Ne marche aujourd’hui au Bénin que celui qui veut dire des choses pour faire plaisir aux‘’rois’’. C’est dangereux, car comme l’a si bien écrit KARL MAX dans le manifeste du parti communiste : « Dans des conditions bien déterminées, tout phénomène tend vers son propre contraire ». Trop c’est trop, il faut que ça finisse. Que DIEU veille sur le Benin !

Votre mot de fin pour conclure cette interview
  
L’actuel président de la Cour Constitutionnelle du Bénin, alors ministre du Président KEREKOU disait en quelque sorte ceci : Quand un enfant qui a faim pleure, il ne faut se mettre à le brutaliser mais il faut courir à lui préparer son biberon. Les béninois souffrent dans leur chaire, vivent mal et très mal. Le pouvoir en place aurait mieux à faire à laisser les béninois s’exprimer que de fabriquer des baillons pour les condamner encore au silence. Travaillons tous à éviter à notre pays des situations regrettables car c’est dans l’accumulation de petites frustrations que naissent les grands conflits. Que cette mandature de la HAAC tire leçon de ces quelques mots. Je vous remercie.
 
Propos recueillis par Euloge Assiando
Tag(s) : #EDITORIAL

Partager cet article

Repost 0