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Edito du 24 février 2014


BENIN : L’HEURE INSURRECTIONNELLE  A SONNE !!!

 

 

Par Olivier Allocheme



Le renversement du Président ukrainien ce samedi est une alerte pour le pouvoir béninois. On a beau croire que la distance entre l’Ukraine et le Bénin est bien grande, que les faits reprochés par le peuple de Kiev à Viktor Ianoukovitch diffèrent profondément des motifs pour lesquels l’on se révolte à Cotonou, il n’en demeure pas moins que la similitude entre les motifs de la révolte dans la capitale ukrainienne ne sont pas bien loin de ceux qui provoquent indignation et colère chez les travailleurs béninois. Il s’agit de la dictature rampante. 

C’est en multipliant les provocations contre l’opposition que l’ex-président ukrainien est parvenu à déclencher les mouvements d’humeur ayant eu raison de son fauteuil. Le contrôle du pouvoir d’Etat l’a singulièrement aveuglé, au point de se croire invulnérable à toute forme de remise en cause populaire. On a vu ce samedi comment les manipulations grossières d’un pouvoir sont capables de constituer le carburant nécessaire à le renverser.

Ce qui s’est passé à Kiev interroge ce qui se passe à Cotonou. Ici, les grèves qui durent depuis deux mois, voire plus pour le secteur de la justice, ne manquent pas de créer une atmosphère insurrectionnelle. Mais le régime Yayi y perçoit la manipulation de Talon, en feignant de ne pas y voir la contestation de ses pratiques. Mais là aussi, il est évident que Boni Yayi reconnait, même inconsciemment, la légitimité douteuse de son pouvoir passé par les mailles troubles des élections de 2011. Même légal, ce régime est perclus d’illégitimité dans une frange importante de la population. Ce qui accroit le sentiment d’insécurité du Chef de l’Etat. Ce sentiment se cristallise surtout à chaque crise et lui fait commettre plus d’erreurs qu’il n’en faut.

Mais, il y a aussi la compréhension qu’il a de la démocratie. Les actes posés par le président béninois révèlent qu’il a une compréhension autocratique du pouvoir d’Etat et qu’il ne conçoit de démocratie que dans la dictature d’un élu. Il y a évidemment une dissonance cognitive entre cette conception et celle des forces en lutte pour la sauvegarde des libertés. Cette seule dissonance peut engendrer des révolutions et l’on voit quelles étincelles elle provoque aujourd’hui.

Mais, il faudra réaliser avec Alain Bertho que les crises actuelles ne ressemblent pas vraiment à celles du passé. La révolte qui mit fin en 1963 au pouvoir de Maga comme l’insurrection qui eut raison du PRPB en 1989 étaient clairement destinées à balayer ces régimes. Aujourd’hui, les Béninois dans leur grande majorité ne veulent pas en arriver à cette extrémité. Curieusement, c’est le pouvoir Yayi lui-même, qui répand l’idée de sa destitution, aidée en cela par un certain Azannaï qui défend son idée depuis près d’un mois : il faut faire tomber ce régime mais légalement.
A mon sens, cette rhétorique guerrière relève plus des « lexiques de la colère » pour parler comme Alain Bertho (Le temps des émeutes, Bayard, 2009), que d’une réelle volonté d’en découdre avec le pouvoir sur le terrain.
Mais personne ne peut prévoir ce qui se passerait en cas d’aggravation de la situation actuelle. Personne. L’utilisation folklorique de la télévision nationale pour distiller de fausses informations émanant directement du palais, sur les prétendus exploits du Chef de l’Etat, est censée servir à atténuer la révolte populaire qui couve. Comme d’ailleurs les marches et prières prépayées, perçues partout comme des signes de la dégradation morale du régime. Je fais partie de ceux qui ont peur qu’un jour les Béninois descendent spontanément sur la télévision nationale et la saccagent en signe de protestation contre les inepties sans nombre que lui reprochent tant de citoyens.

Et ce jour de colère risque d’arriver si la crise actuelle s’aggrave, c’est-à-dire si Boni Yayi ne descend pas de sa tour d’ivoire pour répondre favorablement aux aspirations populaires. Oui, l’armée et la police ont été massivement mises à contribution ces dernières années pour prévenir tout débordement. Les libertés publiques ont été bâillonnées pour les besoins de la prévention. Cependant, le sang qui coule dans les veines du Béninois ordinaire est le même qui fait frémir le cœur des soldats du régime. Comme en Ukraine, l’accumulation des inepties ne pourrait qu’engendrer le sentiment qu’il y a trop de médiocrité pour que la conscience nationale laisse faire un pouvoir ivre.

 

 

Source : L’Evènement Précis

 
 
  
  
Tag(s) : #EDITORIAL

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