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BENIN: L’industriel béninois, Jean-Baptiste Satchivi, PDG du groupe CDPA-AGRISATCH, à cœur ouvert sur les antennes de la radio panafricaine AFRICA N° 1

 

 

 

14 janvier 2013 par - La Presse du Jour

 

 

Le 11 décembre 2012, le Président Directeur Général du groupe CDPA-AGRISATCH-SBB, Jean-Baptiste Satchivi, était l’invité de l’émission Le Grand Débat de la radio Africa N°1 à Paris. Face à Francis Laloupo et son débatteur polémiste, Doucis Aïssi, l’homme d’affaires, également connu comme un grand acteur de la société civile, a donné sa grande vision sur l’économie béninoise.

 

Vous dirigez un groupe agro-alimentaire à vocation industrielle, le Comptoir de Distribution de Produits Alimentaires, CDPA-AGRISATCH; pouvez-vous nous présenter un peu plus votre groupe et nous dire comment vous le conduisez dans le contexte béninois actuel, marqué par de fortes tenions entre l’Exécutif et les opérateurs économiques ?

Le groupe a démarré en 1988, à partir d’un petit établissement qu’on appelait à l’époque « Poissonnerie Dantopka », situé comme son nom l’indique, dans le grand marché Dantokpa à Cotonou. Dès le départ, le groupe avait pour ambition de devenir un groupe leader dans la sous-région. Aujourd’hui nous sommes à plus de 350 employés, nous avons un chiffre d’affaires qui dépasse les 50 milliards de francs CFA. Nous avons à notre actif deux autres sociétés créées, conformément à notre ambition de devenir un grand groupe dans la sous-région ouest africaine, qui représente un marché de plus de 300 millions de consommateurs, notamment notre voisin de l’Est, le Nigeria et ses 150 millions de consommateurs. Sur ce marché, nous avons pour vocation de nourrir les populations en qualité et en quantité. D’ailleurs, nous sommes aujourd’hui détenteurs du label de meilleur producteur d’œufs au Bénin. En 2004, nous avons créé AGRISATCH qui produit de la viande et des œufs et depuis 2007, nous avons lancé la première brasserie béninoise, qui est supportée par la Société de Brasserie et de Boisson au Bénin, dans la zone de Porto-Novo, du côté de Djrègbé.

 

 Pourquoi vous avez choisi d’investir dans l’agroalimentaire ? Est-ce parce que c’est une valeur sûre en matière d’économie?
Quoi qui arrive les hommes doivent manger. Nous-nous sommes fixé pour mission de nourrir les populations en qualité, en quantité et à coût raisonnable.

 

Quel regard portez-vous sur l’économie du Bénin en général ?
Ce regard, n’en déplaise, il restera positif. Il y a 25 ans nous avions démarré dans un environnement difficile. Le Bénin venait de finir une expérience révolutionnaire marxiste et d’entamer un renouveau démocratique plein d’incertitudes économiques. Il n’empêche qu’à un moment donné, nous avons pointé un taux de croissance de 5%, qui malheureusement après, est descendu en chute libre. Mais la courbe de la croissance a repris une allure ascendante depuis un moment, rattrapée d’abord autour de 2%, avec une projection en 2013 de 6%, voire plus. Nous ne pouvons donc pas dire, au regard des agrégats macro- économiques, que ça va très mal au Bénin. Cependant, lorsque nous nous en référons aux indicateurs de certaines agences internationales comme « Doing Business » par exemple, qui nous positionne au 175ème rang sur 183 pays classés, nous pouvons dire que l’environnement des affaires est sérieusement à améliorer et qu’il faudra travailler pour cela. C’est d’être réaliste que de le constater objectivement.

 

Le tableau n’est pas flatteur, n’est-ce pas ?
Non, il n’est pas flatteur. Mais dire dans cet environnement que mon groupe est en train de régresser, ce serait faire offense non seulement au bon Dieu mais aussi à toute mon équipe (que je salue au passage), à tous nos consommateurs, surtout à notre vision que nous assoyons, année après année, de mettre en place afin de devenir un grand groupe agroalimentaire sous régional.

 

Le reproche qu’on fait souvent aux opérateurs économiques béninois est de se complaire dans l’import-export au détriment de la production locale. Quels efforts avez-vous faits depuis la création de votre groupe pour produire localement ce que vous vendez ?
En 1988, lorsque nous avions commencé, on disait à l’époque que l’économie du Bénin était couchée, qu’elle ne pouvait plus tomber. Elle était tombée très bas car nous étions à la fin d’une révolution marxiste avec tout ce qu’elle a laissé comme débâcles économique et financière. C’était une vraie galère sans confiance, par exemple, nous vendions à l’époque, à Cotonou, et nous allions déposer les fonds à Lomé dans le pays voisin. A la date d’aujourd’hui, nous avons quand même bâti une belle place bancaire au Bénin, qui se porte très bien et qui arrive à financer les activités de production.
Nous avons démarré en tant que acheteur et revendeur, le système d’essuie-glace, achat-revente, qui fondamentalement ne développe pas une économie, surtout qui s’inscrit dans une dynamique de développement. C’est pourquoi d’entrée de jeu, notre plan de développement avait déjà mentionné que nous devions nous inscrire dans des activités de production, ce que nous avons réalisé en 2004. En 1993, nous avions déjà fait un test mais la dévaluation est venue et a marqué un coup d’arrêt par rapport à nos ambitions. Etant entendu que ce sont les activités commerciales qui finançaient les activités de production au plan local, la dévaluation ne pouvait pas supporter l’importation, au contraire, elle favorisait l’exportation, mais nous n’étions pas producteurs en ce moment-là. Nous avons donc marqué un coup d’arrêt pour reprendre en 2004 avec AGRISATCH qui est aujourd’hui le premier producteur d’œufs et de viande au Bénin. Depuis 2007, nous avons lancé la brasserie qui utilise les produits locaux à base de sorgho. Donc c’est une bière qui s’apparente un peu au Tchoukoutou (bière locale produite principalement au Nord du Bénin).

 

Comment s’appelle cette bière ?
« Obama bière », de par la dimension de la persévérance et de la symbolique du peuple noir aux Etats-Unis, qui a bataillé dur pour finalement faire élire un noir à la tête de la première puissance mondiale. Nous nous inscrivons dans cette dynamique, cette persévérance. C’est pourquoi, nous travaillons maintenant pour mobiliser et rassembler un certain nombre de filières qui touchent la filière avicole. Nous avons même pris, depuis quatre ans, la tête de l’organisation des producteurs professionnels avicoles du Bénin.

 

Quand on vous écoute on a l’impression que ça va plutôt bien pour votre groupe, ce qui n’est pas le cas pour tous les opérateurs économiques béninois. Quelques uns connaissent justement des déboires actuellement ; on parle même de tension entre le gouvernement et les hommes d’affaires. Certains parmi eux ont aujourd’hui des ennuis après avoir bénéficié de l’appui du gouvernement. Est-ce votre cas ? N’avez-vous pas une reconnaissance, une gratitude particulière vis-à-vis du pouvoir?
Ah que si ! J’ai bénéficié de la reconnaissance du gouvernement puisque j’ai été décoré comme Commandeur de l’ordre national du Bénin.

 

Mais ça, c’est plutôt symbolique non? N’avez-vous pas bénéficié de marchés publics, de concessions, d’appui politique?
Vous savez, je suis vendeur de poissons et de volailles. Je n’ai pas besoin de marché public pour les vendre. Si vous voulez manger mes poissons, ma viande ou mes œufs vous payez cash. Dans l’accomplissement de notre mission, qui est de nourrir la population, nous mettons à leur disposition des produits propres à la consommation, tant à l’import qu’au niveau de la production locale. Je n’ai pas d’accord particulier qui me permette de bénéficier d’arrêtés ou de décrets.

 

Du 29 au 31 octobre dernier, le gouvernement béninois a réuni les hommes d’affaires au tour d’une table ronde dite de « dialogue entre le secteur public et le secteur privé pour la relance de l’économie ». Quelles ont été les motivations de cette table ronde et quelles en sont les conclusions?
Les deux acteurs, le secteur public et le secteur privé, se sont rendu compte qu’ils militent pour la même cause mais qu’ils ont un déficit de communication. Il était important de rétablir le dialogue pour la même cause, le développement du Bénin, de consacrer le rôle de l’entreprise en temps que vecteur du développement et que l’Etat puisse créer un environnement favorable à son émergence. Nous avons donc d’abord cherché à savoir quelles sont les contraintes à l’émergence et à la prospérité des entreprises. Nous avons cité l’absence d’une bonne fiscalité au service du développement, nous avons relevé que la dette intérieure n’était pas très bien honorée et que cette situation créait des difficultés à la trésorerie des entreprises. Nous avons aussi relevé l’absence d’une bonne politique foncière qui constitue une entrave dans l’entrepre-neuriat agricole. La stratégie de relance de l’agriculture au Bénin a été adoptée en 2011 et positionne le développement de l’agriculture en bonne place dans la stratégie de développement du Bénin. Ce plan retient treize filières prioritaires basées sur neufs axes stratégiques.

 

Qu’elle est l’utilité de ce genre de rencontre, lorsqu’on sait qu’en 1996, le Bénin a déjà organisé une conférence nationale économique, qu’est-ce qu’on a fait des résolutions de ces travaux?
Il y a quand même eu une bonne partie des résolutions de la conférence économique qui a été mise en place. Par exemple, aujour-d’hui nous avons une bonne place bancaire, cela fait partie des résolutions. Les opérateurs économiques se sont davantage formalisés, par exemple nous avons sécurisé et rendu plus fiable le secteur des importations en instituant une brigade capable de donner, à quelques tonnages près, les quantités de marchandises qui rentrent sur le territoire national. Les opérateurs économiques ont compris que pour avancer et se conformer au commerce international, ils doivent établir des normes de qualité et les respecter. Tout n’a pas été fait, tout n’est pas parfait et c’est d’ailleurs pourquoi, il fallait organiser une table ronde pour se parler.

 

Parlons des relations entre le Bénin et son grand voisin de l’Est, le Nigeria: est ce que l’économie béninoise n’est pas trop dépendante de ces relations?
Je rends plutôt grâce au Seigneur de m’avoir mis à côté d’un grand marché. Je suis au 21ème siècle où nous avons le regroupement des marchés en perpétuelle mutation à cause de la mondialisation de l’économie. Rien qu’à voir comment le monde est aujour-d’hui organisé en grands groupes sectoriels, je ne vais pas m’en plaindre.

 

Mais est-ce que le Bénin trouve son compte dans ce commerce? Surtout que le Nigeria prend souvent des mesures protectionnistes contre les réexportations sur son territoire?
Le Bénin a toujours trouvé son compte. Normalement ces mesures qui ne sont pas récentes, devraient inciter les entreprises béninoises à faire de la production locale. Je suis aujourd’hui premier producteur de poulets congelés « made in Bénin » et avec ce label, je peux aller sur le marché nigérian avec les agréments de la CEDEAO. C’est çà qui est intéressant.

 

Vous avez participé en novembre dernier à Genève au « CEO Africa » le premier forum des dirigeants des grandes entreprises africaines: qu’avez-vous retenu de cette manifestation en termes d’avantages pour votre entreprise?
J’ai vu comment les grands groupes s’organisaient à l’international. C’était le moment de comparer leur parcours avec la stratégie de développement de mon groupe, en matière d’embauche, de formation et de déploiement des talents pour les rendre aptes à la compétition internationale. Je me suis rendu compte que nous sommes sur la bonne voie. Ce fut une rencontre très utile pour mon groupe et pour mon pays, le Bénin.

 

Vous parliez à ce forum de la construction d’un Bénin nouveau, d’un Bénin qui gagne: comment le voyez-vous ce Bénin nouveau ?
Le développent c’est dans le temps, c’est pourquoi nous parlons souvent de développement durable, dans le sens où, ce ne sera pas « après moi le déluge ». Mais il faut donc stabiliser les bases. Pour ce Bénin nouveau, je propose de bâtir des militants économiques aussi dynamiques que des militants de partis politiques mais eux, leur combat sera d’œuvrer pour le développement économique. Ils seront des têtes de pont avec des talents avérés, bien formés pour être dans la compétition internationale, rompus au respect des normes internationales tout en étant en lien avec eux-mêmes.

 

Et qui doit s’atteler à cette tâche?
Quand nous parlons d’entreprises, il y a des structures faitières. Le patronat par exemple, qui doit être bien structuré, avec une vision claire en tant que groupe syndical qui défend les intérêts des entreprises. Il y a aussi la Chambre de commerce héritée du système français. Son rôle est de représenter les entreprises toutes tendances confondues, quelle que soit leur taille et de défendre leurs intérêts à travers leur animation.

 

A propos de Chambre de commerce, on dirait que le Bénin n’en a plus, celle qui est là est en crise, il n’y pas de bureau élu depuis un an…
Il est vrai qu’un bureau transitoire a été installé il y a un an et qu’il a arrêté de fonctionner depuis août dernier. Mais bientôt il y aura les élections, les nouveaux textes ont été adoptés depuis fin octobre 2012. La campagne de sensibilisation sur ces nouveaux textes a commencé et le corps électoral est convoqué pour le 27 janvier 2013.

 

Quelle est votre ambition à vous? Êtes-vous partie prenante?
Je serai partie prenante dans la mesure où je ne peux pas me dissocier de tout ce qui se fait pour le bonheur des entrepreneurs béninois.

 

Vous êtes donc candidat à la présidence de cette nouvelle chambre de commerce du Bénin?
Je suis candidat pour être parmi les 99 élus consulaires qui vont désigner à leur tour le bureau dirigeant. C’est au sein des 99 élus qu’on va choisir le bureau qui conduira la destinée de la chambre pendant les cinq prochaines années. Mon ambition est d’être dans cette équipe qui va donner une meilleure visibilité à la chambre. Quant à en prendre la tête, pourquoi pas? Ce serait pour moi l’occasion de mettre mon expertise au service de la chambre consulaire rénovée et d’aider la jeunesse béninoise à mieux s’outiller pour se lancer dans les affaires. Si mes pairs me confiaient cette charge, l’auto-emploi de la jeunesse béninoise serait l’une de mes priorités. Une autre priorité pour moi serait la généralisation de la charte de la qualité dans les entreprises béninoises pour mieux valoriser nos produits et les rendre compétitifs aussi bien sur le marché local qu’international.

 

Comment voyez-vous le Bénin du futur ?
Dans 40 ans maximum, l’Afrique doublera sa population et par ricochet le Bénin. La question est de savoir quelle place va occuper le Bénin dans cette Afrique qui gagne et dans le concert des nations. Pour avoir été quartier latin, le Bénin doit être la lumière de cette Afrique qui gagne. La lumière montre le chemin, la lumière guide. Nous avons la chance d’être en Afrique de l’ouest qui est l’un des trois pôles de développement du continent avec un peuple travailleur et hyper intelligent. Il suffit de bien nous organiser pour y arriver. Le Bénin a une vision qui est clairement définie par nos pères: faire du Bénin un pays phare, à économie prospère et compétitive… Le Bénin doit rester compétitif, un pays de rayonnement culturel et de bien-être social.

 

Votre mot de fin
Mon mot de fin serait pour la jeunesse béninoise qui est aujourd’hui au cœur des priorités du Président de la République, le Dr Thomas Boni YAYI. Je veux aider cette jeunesse à se prendre en charge et à ne pas hésiter à se lancer dans les affaires. Mon itinéraire personnel devrait pouvoir les rassurer. Selon les experts, la majorité des emplois de demain ne sont pas encore connus à ce jour. Il faut donc accompagner cette jeunesse béninoise à innover pour créer la richesse au niveau national. Les créneaux porteurs sont nombreux. Je suis personnellement convaincu qu’il faut nouer un nouveau partenariat entre nos excellentes écoles et nos entreprises. Ainsi, il y aura une parfaite adéquation entre la formation et les besoins des entreprises. Il n’y a pas de fatalité, nous pouvons résorber le chômage de la jeunesse béninoise. J’en suis convaincu.

 

Propos recueillis par Francis Laloupo et Doucis Aïssi

 
 
Tag(s) : #Actualités Béninoises

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