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 08 août 2012

 

BENIN : L’interview gaulliste de YAYI BONI a soulevé un lièvre chez les politiciens compradore mais, heureusement, il a surtout suscité un immense espoir chez le peuple béninois d’en bas

  

Par Benoît ILLASSA

 

« L’homme absurde est celui qui ne change jamais » nous enseigne Georges Clémenceau. Par conséquent, que mes lecteurs souffrent que je soutienne aujourd’hui l’Homme que j’ai combattu hier pour des raisons de haute politique. En effet, malgré « la horde de chiens aboyant bruyamment » lancée contre le Président Boni Yayi depuis son entretien historique sur la chaîne de la télévision nationale (l’ORTB), il n’a assigné personne en Justice.

 

Par ma modeste personne, je fus le premier béninois assigné en justice, depuis le Dahomey jusqu’au Bénin, pour diffamation par un Président en exercice de notre pays. L’affaire étant toujours pendante devant les tribunaux français, je ne puis m’attarder sur le sujet sans violer le secret de l’instruction.

 

Cette situation ubuesque ne m’empêche pas de soutenir, aujourd’hui, le Président de la République de mon pays au moment où les « desperati » de la classe politique béninoise, en mal de sensation, travestissent sa pensée et jettent la pierre sur lui. Il va s’en dire que tous « les chiens » lancés contre lui se trompent d’époque et de pays. Au nom de la liberté d’aboyer, qu’ils n’aient aucune honte d’endosser ce qualificatif.

 

Contrairement à ce que beaucoup d’officines pensent à tort, Yayi Boni connaît bien son pays et son histoire pour ne pas tomber dans les travers du passé. Comme le général Charles de Gaulle, le Président Yayi Boni est d’une fidélité sans faille à la démocratie face à la menace totalitaire qui veut mettre à genoux les principaux acquis de notre démocratie chèrement acquise, de haute lutte, par le peuple béninois souverain. La sortie médiatique du Président de la République est emprunte d’un gaullisme actuel : justice, égalitarisme, intérêt général progrès et dignité humaine.

 

Les mêmes qui stigmatisaient hier le Président Mathieu KEREKOU continuent de s’acharner contre Boni Yayi. Lu pour vous dans « Le Nouvel Afrique Asie N° 136 de Janvier 2001 » :

 

« Le point au quotidien constate, sous la plume de Vincent Foly : Ça grouille et ça se bouscule autour de Kérékou. Tout comme en 1996, le manteau qu’on lui fait porter, telle une camisole de force, est toujours le même. Kérékou est un rassembleur, le seul garant de l’unité nationale. Vous chercherez dans les proclamations et autres profession de foi de ces agents électoraux d’un genre particulier des traces d’un programme politique, d’une vision prospective de notre société, vous n’en trouverez pas. Tout ce dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée, c’est toujours la même chanson, celle du sauveur-messie…Le discours n’est pas nouveau. Au contraire, c’est du déjà entendu… Que représentent l’ensemble des divers fronts qui soutiennent aujourd’hui la candidature du général Kérékou ? Lorsqu’on s’interroge sur leurs poids politique et leur représentativité, on s’aperçoit en effet qu’ils n’apportent pas grand-chose dans l’escarcelle du général… »

 

La dernière phrase de Vincent Foly, désormais DG de « La Nouvelle Tribune » (LNT) a retenu mon attention. Onze ans plus tard, je fais mienne cette phrase en posant, à mon tour, cette question :

 

Lorsqu’on s’interroge sur la « meute » lancée contre le Dr. Boni Yayi depuis son interview télévisée du 1er août 2012, Président du Bénin et Président en exercice de l’Union Africaine (UA), l’on est en droit de s’interroger sur leurs poids politiques et leur représentativité. On s’aperçoit alors qu’ils n’apportent rien à l’édification d’un Bénin nouveau. Un seul exemple pour illustrer mon propos :Pourquoi ont-ils attendu plus d’un an après le KO historique de mars 2011 avant de se préoccuper de la Liste Electorale Permanente Informatisée (LEPI) alors qu’ils auraient pu s’en préoccuper beaucoup plus tôt, soit juste après le scrutin législatif ?

 

Concernant les protagonistes appelés pompeusement « Opérateurs Economiques », on se souvient encore de la fameuse formule du Général de Gaulle :

 

« La politique de la France ne se fait pas dans la corbeille ». Partant de ce principe, il nationalisera toutes les entreprises du secteur vital de l’économie française après-guerre. C’est ce que fait courageusement le Président Boni Yayi en décidant de reprendre le Port Autonome de Cotonou (PAC) et le secteur cotonnier. En gaulliste de « principe », il crie partout qu’il a choisi de privilégier l’intérêt général au détriment des intérêts particuliers qui appauvrissent l’Etat et les populations. Sauf à émarger chez les apatrides, qui peut valablement avancer une raison contraire ?

 

Le nouveau Président français, le socialiste François Hollande que personne ne peut taxer , ni de souverainiste, ni de populiste abonde dans le même sens de l’histoire :

 

« Je suis indigné de voir que dans cette crise les marchés pèsent plus que la démocratie, que les politiques ne parviennent pas à dominer les marchés » a-t-il souligné à Nantes en Janvier 2012. Il poursuit :

 

« Ce qui m’indigne aussi, c’est que l’intérêt de l’argent l’emporte sur l’intérêt des gens », a-t-il déclaré, applaudi par la salle, mais aussi approuvé par Stéphane Hessel, auteur de l’essai best-seller « Indignez-vous », désormais traduit en 30 langues.

 

Apparemment,les« indignés béninois » n’ont pas la même lecture des évènements que l’auteur originel, l’Ambassadeur de France, Stéphane Hessel. Ce faisant, ils ont du chemin à faire pour singer le respecté et respectable auteur admis à la dignité de l’Ambassadeur de France. A moins que, par une sémantique paradoxale, l’indignation universelle et universaliste de l’auteur soit teintée de sophisme sous le tropique béninois.

 

Pour comprendre la légitime lutte du Président contre les forces de l’argent, il faut lire l’excellent article de notre compatriote, Francis Kpatindé, dans Jeune Afrique l’intelligent N° 2066 –2067 du 15 au 28 août 2000 sous le titre :

 

« Bénin : Un rapport de la Commission bancaire de l’Uemoa met au jour les graves irrégularités qui ont entaché la cession de la Sonacop à Séfou Fagbohoun, un proche du président ». Pour conforter l’analyse historique du journaliste, voici un résumé classé confidentiel des documents de cette époque que j’ai en ma possession.

 

1) L’ancien Directeur des Douanes, M. PARAÏZO, après avoir demandé en vain à Fagbohoun de payer ses dettes vis-à-vis des Douanes menace de bloquer les comptes de sa société pour l’obliger à payer.

 

2) Enervé, le sieur Fagbohoun demande à Kérékou de sauter le Directeur des Douanes de son poste. Ce qui fut fait illico.

 

3) Le 11 mai 2000, Kérékou écrit au Ministre des Finances BIO TCHANE pour lui demander de régler le problème à l’amiable avec Fagbohoun (Lettre N° 0546/SGG/C signée du Secrétaire Général du Gouvernement M. Lambert IDJIDINA et classée confidentielle).

 

4) Le 12 mai 2000, BIO TCHANE répond à Kérékou pour dire que le non-paiement de ces dettes fiscales et douanières aura de graves conséquences sur la mise en œuvre du budget de l’année 2000 (Lettre confidentielle du 12 mai 2000 N°964-C/MFE/DC/DGAE signée Abdoulaye BIO –TCHANE).

 

5) Finalement, l’arrangement qui a été trouvé est celui de faire supporter le paiement de ces dettes fiscales et douanières d’un montant de QUATRE MILLIARDS DEUX CENTS SOIXANTE-QUATRE MILLIONS SIX CENTS QUATRE VINGT QUINZE MILLE SEPT CENTS SOIXANTE-HUIT FCFAdues par le sieur Fagbohoun par le peuple béninois en procédant à l’augmentation des prix des produits pétroliers.

 

 

C’est ce à quoi le Président Boni Yayi veut mettre fin en annulant purement et simplement certains contrats léonins pour le peuple béninois qui, in fine, paiera l’addition.

 

Et pour tordre définitivement le coup à une idée reçue sur l’implosion de « l’Union fait la Nation », voici la « Mise au Point » du Président Adrien Houngbédji dans Jeune Afrique l’Intelligent N° 2066-2067 du 15 au 28 août 2000 :

 

« …Votre collaborateur aurait dû écrire : Séfou Fagbohoun, lequel passe pour un ami du président Mathieu Kérékou. Cette amitié est connue de tous au Bénin et n’a point besoin d’être masquée ou collée au président de l’Assemblée Nationale, dont chacun sait qu’à tout le moins il n’est pas un ami de Monsieur Fagbohoun. A plusieurs reprises, et publiquement, le 25 juillet et le 03 août, le président de la République a revendiqué son amitié pour Monsieur Fagbohoun. A chacune de ces occasions, il a proclamé l’innocence de son ami, en dépit des conclusions d’un rapport de la Commission bancaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), et en dépit de l’action en justice engagée à son encontre par un certain… Abdoulaye Bio Tchané ».

 

En fonction de ce qui précède, il apparaît que c’était le désamour profond entre les membres de l’Union fait la Nation. Le Président Houngbédji avait des comptés à régler non seulement avec la Renaissance du Bénin (RB) mais aussi avec Séfou Fagbohoun (MADEP) et vice-versa.

 

C’est donc à l’aune de ces faits qu’il faut analyser le groupe Wloguèdè qui a soutenu Yayi Boni au second tour de 2006 et l’échec de l’Union fait la Nation en 2011. La RB n’a fait que tirer les conclusions de ces échecs programmés en rejoignant la Majorité présidentielle comme votre serviteur.

En conclusion, le Président Yayi Boni était dans son rôle lors de son interview gaulliste que certains béninois en mal de sensation forte ont voulu transformer en feuilleton de l’été sur les rives du golfe de Guinée : Dallas au Palais de la Marina. Les jeunes générations qui se font manipulées doivent avant tout connaître l’histoire politique de leur pays. Car, en politique comme partout ailleurs, il n’y a point de génération spontanée.

 

Benoît ILLASSA

 
Tag(s) : #EDITORIAL

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