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BENIN - La corruption au sommet de l'Etat béninois: "Tu me tiens, je te tiens"

 

 

 
Publié le jeudi 21 février 2013

 

 

Écrit par Jacques Delacroix

Les passeports de quatre anciens ministres béninois visés par des enquêtes pour corruption ont été saisis lundi par la police judiciaire. La décision de les empêcher de quitter le pays a été prise après que le gouvernement eut initié des procédures en vue de les poursuivre pour diverses infractions présumées commises dans l’exercice de leurs fonctions.

 

L'ancien ministre des Affaires étrangères Rogatien Biaou est ainsi accusé d'avoir vendu une parcelle de terrain appartenant à l'ambassade du Bénin aux Etats-Unis, tandis que le nom de M. Kamarou Fassassi est régulièrement cité par le gouvernement dans des affaires de corruption à la SBEE, la Société Béninoise d’Energie Electrique, dont il assurait la tutelle en tant que ministre des Mines et de l’Energie.

 

François Noudegbessi, ancien ministre de l'Urbanisme, est quant à lui accusé d'avoir détourné des fonds publics ; il est également accusé de faux dans l’affaire de la construction du nouveau siège de l'Assemblée nationale dans la capitale politique, Porto-Novo.

 

Quant au quatrième accusé, Armand Zinzindohoué, il est accusé d'avoir délivré des certificats d'armes à feu à des promoteurs de ICC-Services, une société d'investissement impliquée dans la plus grande chaîne de Ponzi dans l'histoire du Bénin, et qui a privé des centaines de milliers de personnes de leur épargne en 2010, une affaire dans laquelle l’opposition avait dénoncé, au mieux, l’incompétence de Yayi Boni ; au pire, son implication personnelle.

 

M. Zinzindohoué a été membre du gouvernement actuel du président Boni Yayi au cours de son premier mandat, de même que M. Noudegbessi.
MM. Biaou et Fassassi ont pour leur part servi dans le gouvernement de l'ancien président Mathieu Kérékou. Leur sort est désormais entre les mains des députés de l’Assemblée nationale, qui décideront de l’opportunité de les traduire devant la Haute Cour de Justice.

 

Toutefois, l’équation ne semble pas simple à résoudre pour le gouvernement béninois : une pléiade d’anciens ministres sont en effet impliqués dans diverses affaires de corruption présumée et il se murmure dans les couloirs de l’Assemblée nationale béninoise que livrer certains anciens ministres de Kérékou à la Haute Cour de justice exposerait ipso facto un certain nombre de barons de l’Assemblée qui pour Yayi Boni ont aussi pioché dans les caisses de l’Etat.

 

Pis, pour compliquer l’affaire, des proches de Kamarou Fassassi, l’un des anciens ministres de Mathieu Kérékou mis en cause, ne manquent pas de relever de manière perfide que si leur poulain devait se retrouver devant les juges de la Haute Cour de Justice, Yayi Boni lui-même devrait être appelé à comparaître : l’actuel président de la République, en tant que président de la Banque Ouest-africaine de Développement, aurait en effet été peu ou prou impliqué dans des décisions – pour dire le moins – prises à l’époque.

 

Selon un analyste politique béninois, « Yayi Boni fait indéniablement preuve d’un volontarisme qu’on peut louer, en matière de lutte contre la corruption. Le seul hic, c’est qu’il traîne certainement aussi des casseroles et lorsqu’elles vont commencer par tinter, cela risque de faire du boucan. »

Un point de vue corroboré par un journaliste interrogé mercredi soir par Afrika 7 qui explique, sous le couvert de l’anonymat : « Pensez-vous vraiment que Yayi n’a rien à se reprocher ? Combien de fois a-t-il menacé de traduire ces messieurs en justice, avant de se calmer ? Son calcul est simple : il attend la meilleure fenêtre d’opportunité pour brandir le bâton et le cache aussitôt qu’il obtient le silence. Le problème est qu’à force de se livrer à ce yo-yo, il finira bien par rendre les gens bavards, si tant est qu’ils ont quelque chose à lui reprocher. Il existe aujourd’hui un faisceau d’indices qui laissent penser que le président a beaucoup de choses à se reprocher dans sa gestion de la BOAD – Banque Ouest-Africaine de Développement, NDLR – et dans une certaine concussion avec les hommes politiques de l’époque. Cela conduit à une situation où certains hommes politiques mis en cause n’hésitent pas à clamer : Il me tient, je le tiens ».

Tant que le locataire du Palais de la Marina occupera son fauteuil de président, il y aura peu d’espoir de savoir quoi que ce soit de sa gestion.
Selon le mot d’un professeur de l’Université d’Abomey-Calavi, à quelques kilomètres de Cotonou, « Yayi Boni tient le pays d’une main de fer. Les quelques voix qui osent encore jouer leur musique dissonante sont tues de manière scientifique. C’est le cas de l’avocat Lionel Agbo qui a écopé d’une condamnation pour avoir eu le toupet d’accuser l’entourage de Yayi Boni de corruption.

 

Plusieurs fonctionnaires béninois ont fait état d’un climat de terreur dans le pays, nourri par le caractère impulsif du chef de l’Etat, capable le jour d’adouber sa famille politique et de la vouer aux gémonies le soir.

Une bonne partie de la tension politique dans le pays serait née des fausses promesses du président béninois aux anciens ministres de Mathieu Kérékou, dans l’entre-deux tours de la présidentielle de 2006.

L’un d’eux reconnaît qu’ils s’étaient tous fait rouler dans la farine : « Yayi nous avait tous promis des postes dans son gouvernement. Il avait même signé formellement des engagements écrits. Rien de tout ceci n’a été respecté. Au contraire, il s’est juré de liquider l’ancienne classe politique. »

Et il semble y réussir, lui qui a déjà mis un certain nombre des anciens ténors de la classe politique béninoise à la retraite anticipée. Seuls quelques-uns, téméraires, qui rêvent d’un destin national, résistent à l’offre présidentielle d’un départ volontaire à la retraite.

 

« A ceux-là, il promet misère et sang », poursuit notre interlocuteur.

Pourtant, la corruption reste une réalité endémique au Bénin.

 

Reste à une justice indépendante et à l’histoire à déterminer qui est corrompu et qui est corrupteur. De nombreux journalistes béninois nous ont également confié que le gouvernement arrose régulièrement les rédactions de billets de banque, pour orienter leur ligne éditoriale.
Ainsi que le note l’un d’eux, « cela s’appelle aussi de la corruption et qui a volé un œuf volera un bœuf. »

 
 
Tag(s) : #Politique Béninoise