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BENIN: La pourriture en Douane

 

Publié le 07 juin 2010

 

La chronique des limogeages continue à la Douane.  Sixième DG nommé à la tête de l’institution depuis quatre ans, Issiaka Inoussa a une lourde charge : restaurer, si cela est encore possible, l’image d’une corporation qui passe pour être la plus pourrie de la République. Le récent rapport de l’OLC l’a encore confirmé : les douaniers béninois sont de moralité douteuse. Et le limogeage du DG Hyppolite Djègou le 27 mai dernier, était une énième manifestation de ce vent de pourriture qui souffle sur la maison. Si l’on peut, à certains égards, émettre des doutes sur les raisons qui ont motivé les précédents limogeages, on peut tout de même s’interroger sur ce qui a entrainé cette fois encore la mise à l’écart d’un proche partisan  du Chef de l’Etat. Hyppolite Djègou était  un chaud patriote. Membre d’un parti récemment créé, le PDP Affossogbé, il fait partie de la nomenklatura Xwla-Sèto qui revendique une certaine  popularité auprès des populations autochtones de Cotonou. Créé il y a seulement quelques mois, le parti est à l’avant-garde des marches de soutien au gouvernement dans le Littoral. D’autant que son Président, l’Honorable Benjamin Ahounou est le coordonnateur FCBE du Littoral. Rien de plus inextricable pour empêcher tout limogeage, compte tenu des ancrages politiques du Colonel Djègou. Au surplus, après le limogeage d’un autre Xwla, James Sagbo,   l’ancien DG pouvait   espérer compter sur les espoirs de Boni YAYI pour 2011. Le Chef de l’Etat pouvait-il réellement se sortir de cette pression psychologique et politique sans raison valable ? Je crois que non. A la tête du Port autonome de Cotonou, il avait fini par faire partir un autre Xwla, Jérôme Dandjinou en  » fin de mission électorale « . Obsédé comme il l’est par la perspective de 2011, il pouvait fermer les yeux sur les erreurs éventuelles du Colonel Djègou. Seulement voilà, les impératifs politiques ont croisé ceux de la gouvernance, et pire encore, ceux économiques. D’autant que les erreurs notées par la commission installée pour enquêter sur les rumeurs de mauvaise gouvernance douanière parlaient de pertes sèches pouvant s’élever jusqu’à 30 milliards de FCFA. Aucun Chef d’Etat responsable ne peut laisser faire dans ces conditions.

 Dans tous les cas, la solution du  limogeage laisse de la Douane une image de prévarication incurable que seul Dieu peut réparer. Les cinq derniers directeurs généraux enregistrés en quatre années de gestion du pouvoir ont montré que la Douane est une institution pratiquement ingouvernable pour Yayi. Simple question de bon sens : comment alors sont choisis les Directeurs généraux de ce cœur de l’économie ?

Aussi bien les exigences de compétence qui ont sans doute amené le DG Hounkpatin, que celles politiques qui ont fait nommer Hyppolite Djègou, ont été impuissantes à régler le problème de la Douane. De sorte qu’il s’y pose un grave problème de management qui eût fait sombrer toute entreprise privée normale. Assis sur un siège éjectable, chaque DG ne peut être perçu par les  fonctionnaires de Douane que comme un commis éphémère sans pouvoir. L’autorité du directeur perd de sa substance, en raison de ce que pèse sur sa tête une épée de Damoclès à deux tranchants. Le premier est lié aux résultats prévisionnels que l’administration douanière est censée atteindre. Ne pas les atteindre, sous Yayi, c’est courir le risque d’un limogeage. C’est ce qui fit partir et James Sagbo et Cyrille Hounkpatin. Il y a surtout les corruptions et prévarications en tout genre qui peuplent la maison douanière. C’est elles qui firent partir Charles Adékambi et Hyppolite Djègou, éclaboussées par des  » affaires  » dont l’issue reste encore à connaître. Aujourd’hui, avec la baisse drastique des recettes, la douane a beau clamer que la crise mondiale et surtout béninoise a ralenti l’activité économique, peu de gens la croient encore. De même, lorsque les sbires du pouvoir viennent clamer que tel DG ou tel autre fonctionnaire de cette administration est coupable de corruption, ils ne sont pas plus crédibles. Lorsque les coupables désignés eux-mêmes viennent démentir publiquement les accusations des autorités, comme dans le cas du Colonel Zannou, il est clair que l’épais brouillard qui règne sur la gouvernance de cette maison ne saurait s’éclaircir sans une gouvernance politique lavée de tout soupçon politique. 

 

Olivier ALLOCHEME



 

Tag(s) : #EDITORIAL

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