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04-08-2010
  
LA TASSE AU VITRIOL: Aveux et désaveux du roi Boni 1er 


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«  … l’intrus ne connaissait pas la maison ! ». Voilà la dernière boutade signée du président de la république, dans son discours à la Nation, prononcée le 31 juillet dernier sur l’esplanade de l’Assemblée nationale à Porto-Novo. Elle emprunte ses mots au titre de l’ouvrage d’Edouard Loko, « …  l’intrus qui connaissait la maison », et qui raconte l’épopée de la brillante élection de Boni Yayi en 2006, jusqu’alors illustre inconnu des joutes électorales béninoises.

A l’instant où se prononçait cette phrase, l’assistance a trouvé de quoi ovationner et sur quoi se défouler. Mais à y réfléchir avec du recul, il y a de quoi être scandalisé. Car la boutade peut se résumer en deux mots : aveux et désaveux.

En se prenant pour « l’intrus » qui « ne connaissait pas la maison », Boni Yayi livre une série d’aveux.

Primo, le président de la république avoue qu’il est un intrus à toutes les activités qu’implique son statut. Il n’était pas qualifié pour concourir aux suffrages des Béninois ; et diriger un pays n’est pas son boulot. Plus généralement, Boni Yayi avoue que les gens de son profil, ni politiques et ni militants, sont disqualifiés pour aller aux élections et prétendre diriger leur pays.

Secundo, le président de la république avoue ne pas connaître la maison : l’Etat de droit qu’est le Bénin. En termes clairs, il n’est pas dans son entendement qu’il s’invitait dans un système de pouvoirs séparés et de pouvoirs partagés. Ainsi, il pouvait s’aventurer à enjoindre à la Justice, à mettre sous coupe réglée toutes les institutions de la république, à faire à leur place ce qu’il revient aux collectivités locales de faire. Plus généralement, il pouvait s’autoriser à passer outre les lois de la république. En avouant ne pas connaître la maison, Boni Yayi explique pourquoi son entourage donne à vomir au peuple et pourquoi il n’a souvent pas les solutions convenables au peuple : il ne le connaît pas.

Aveux, mais aussi désaveux. Ce sont d’abord 75% de Béninois qui sont désavoués : le président de la république vient de leur signifier qu’ils ont fait le mauvais choix en 2006. Ensuite, il désavoue tous ceux qui lui ont fait croire qu’il pouvait diriger le Bénin : Tévoédjrè et compagnie, les évangélistes aux réflexes de kleptomane et autres citoyens dont le développement du village natal se résume à leur promotion dans l’Administration ; Boni Yayi manque à peine de leur dire qu’ils se sont moqués de lui et l’ont utilisé comme l’épouvantail de leur dessein d’affameurs du peuple. Il désavoue aussi l’auteur et le contenu du livre « l’intrus qui connaissait la maison », qui lui a pourtant arraché un large sourire à la publication. Boni Yayi se désavoue enfin lui-même, pour s’être présenté comme le messie, par qui viendrait le salut.

« L’intrus ne connaissait pas la maison », c’est comme un pot-aux-roses dévoilé pour dire « je n’étais qu’un vendeur d’illusion ; je n’étais qu’un aventurier ; je me suis amusé avec votre détresse ; j’ai abusé de vous ».

Quand on a le courage de faire ces aveux ; quand on dit à ses mandants qu’ils ont eu tort de placer en soi leur confiance, et ceux après quatre cinquièmes du chemin à parcourir, il n’y a plus qu’une seule chose : devinette à qui de droit .

Olivier ASSINOU
 
LNT
Tag(s) : #Politique Béninoise

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