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09-08-2010

  

BENIN: La vérité sur la faillite de BCB (Banque Commerciale du Bénin)

  

Lettre des cadres béninois à Mathieu Kérékou

  

Dans l’affaire dite BCB, il y a eu une pièce qui mérite encore aujourd’hui d’être examinée. Il s’agit de la correspondance adressée le 21 décembre 1987 par plus de 120 intellectuels et cadres béninois au président Kérékou.

  

Ceux-ci s’interrogeaient alors sur les raisons de l’arrestation de Bruno Amoussou. « Au cours de ces dix dernières années, rappelaient-ils, Bruno Amoussou a bâti, avec son équipe, la Banque commerciale du Bénin dans les conditions extrêmement difficiles compte tenu des circonstances dans lesquelles le secteur bancaire a été pris en charge. Le cas de ce camarade a valeur de symbole, ce qui a d’ailleurs été constaté par une large majorité des cadres qui l’ont choisi pour diriger le comité de liaison de l’assemblée générale des cadres que vous aviez convoquée en octobre 1979 ».

La lecture de ce document permettra d’éclairer la lanterne de ceux qui, à présent, parlent bruyamment d’une affaire dont ils n’en savent que peu de choses et aussi de rafraîchir la mémoire de ceux qui ont tendance à tout oublier à cause des contingences politiques du moment.

 

Cotonou, le 21 décembre 1984


Au


Camarade Président de la République chef de l’Etat,


Président du Conseil exécutif national
Cotonou

 

 

Camarade Président de la République,

 

Nous avons l’honneur de venir attirer votre attention sur la situation de notre camarade Bruno Amoussou.

 

Arrêté le 4 novembre 1984, il a été gardé dans un commissariat jusqu’au 7 décembre 1984, date à laquelle il a été emprisonné à la prison civile de Cotonou. Depuis son arrestation jusqu’à ce jour, personne ne l’a interrogé et nos efforts pour connaître les raisons de sa détention dans des conditions aussi pénibles n’ont donné aucun résultat.

 

Ce n’est pas, hélas, la première fois qu’un citoyen, et, plus particulièrement, un cadre, subit de tels traitements. C’est certainement l’une des fois ou pareille situation a causé autant d’émotions dans l’opinion publique en général et au sein des cadres en particulier.

Aussi, voudrions-nous profiter de l’occasion pour attirer votre attention sur des pratiques dont la persistance et la répétition portent une atteinte grave aux libertés individuelles dans notre pays.

Dans le cas d’espèce, l’ampleur des réactions tient au fait que le camarade Bruno Amoussou fait partie des cadres qui se sont engagés depuis plusieurs années, avec foi et compétence, dans la dure bataille que même notre peuple pour son développement économique et social. Au cours de ces dix dernières années, il a bâti, avec son équipe, la Banque commerciale du Bénin dans les conditions extrêmement difficiles compte tenu des circonstances dans lesquelles le secteur bancaire a été pris en charge. Le cas de ce camarade a valeur de symbole, ce qui a d’ailleurs été constaté par une large majorité des cadres qui l’ont choisi pour diriger le comité de liaison de l’assemblée générale des cadres que vous aviez convoquée en octobre 1979.
Notre démarche ne vise pas à soustraire un camarade au contrôle normal que doit exercer le gouvernement sur les activités professionnelles des cadres. Chacun de nous et le camarade Bruno Amoussou par conséquent, répond de la gestion de l’unité de production dont il a la charge. Encore faut-il que ce nécessaire contrôle s’exerce dans le cadre des dispositions légales en la matière. Dans ce sens, l’arrestation et la détention dans un commissariat, pire, dans une prison, ne devraient pas intervenir qu’une fois réunies les preuves suffisantes d’une culpabilité certaine.

 

Et c’est le lieu, camarade Président, de vous exprimer nos vives préoccupations face au mutisme actuel sur les faits reprochés au camarade et les rumeurs que suscitent inévitablement ces interrogations demeurées sans réponse. On parle de créances douteuses et immobilisées, de débit en compte du personnel, de pressions de groupes privés à qui des crédits auraient été refusés, de divergences sur la conduite et le rôle de la libéralisation de l’économie pour faire face à la crise économique actuelle, de la responsabilité du camarade Bruno Amoussou dans le comportement des cadres vis-à-vis du régime, etc.

 

Nous savions, qu’à votre demande, une mission d’inspection de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a procédé à des investigations dans nos banques. Les décisions prises à l’encontre du camarade Bruno Amoussou sans attendre les résultats de cette mission accroissent nos interrogations quant aux mobiles qui les ont inspirées.

 

Voilà pourquoi, camarade Président, nous venons par la présente vous faire part de nos vives inquiétudes quant à la sécurité dont doit jouir tout citoyen et plus particulièrement les cadres qui prennent quotidiennement des risques considérables pour assurer la marche des unités de production.

 
Notre souhait est que :


1. Soient rendus publics les faits reprochés au camarade Bruno Amoussou une fois qu’il se serait expliqué ;


2. Soient respectées les dispositions de la loi fondamentale en matière de libertés individuelles. Dans ce cadre, le cas de nombreux citoyens dont certains attendent un jugement depuis plusieurs années dans nos prisons devrait être examiné et réglé ;


3. Les décisions en matière de répression pour tout citoyen et plus particulièrement pour les cadres soient prises en tenant grand compte de leur répercussion nationale et en essayant de sauvegarder l’essentiel pour le plus grand bien de notre peuple.


Veuillez agréer, camarade Président, l’expression de nos sentiments déférents et révolutionnaires.

 

 

Prêt pour la révolution !
La lutte continue.


Pour être complet, signalons que cette correspondance a été signée de nombreux

personnalités et cadres comme :


1- Adamou N’diaye Mama


2- Adjaho Richard


Agbo Valentin


Agboton Hyppollyte


Aguessi-Ahyi Béatrice


Ahouandogbo Raphaël


Ahoyo jean Roger


Akindes A. Sylvain


Alihonou Eusèbe


Dossou Paul


Francisco Marius


Gnonlonfoun Joseph


Hountondji Alexis


Hountondji paulin


Koussé Alidou (actuel responsable de l'I.G.E. de Boni YAYI, hihihi)


Ogouma Assogba Samuel


Quenum F. José


Sastre Robert


Tchichi Toussaint


Zinzindohoué Abraham

 

La Rédaction

 

Quotidien Nouvelle Expression



 

 
 



Tag(s) : #Politique Béninoise

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