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BENIN : le classement révélateur du mal-être des béninois

 
Virgile Ahissou
Posté par Virgile Ahissou le vendredi, 13 septembre 2013

Il ressort d’un rapport des Nations Unies sur le bonheur dans le monde publié le 9 septembre dernier que le Bénin et le Togo sont respectivement avant-dernier et dernier (155è et 156è sur 156 pays) du classement des pays où il fait le mieux vivre.

Selon le Réseau des solutions pour le développement durable (SDSN pour Sustainable Development Solutions Network en anglais), auteur dudit rapport, ce classement  a été réalisé sur la base de sondages et de statistiques qui ont permis une estimation à partir de six critères de base : le PIB par tête d’habitant, l’espérance de vie, la générosité, la possibilité de pouvoir compter sur quelqu’un, le sentiment d’être libre de ses choix et l’absence de corruption.
Le réseau des solutions pour le développement durable (SDSN) est un réseau mondial indépendant regroupant des centres de recherche, des universités et des institutions techniques et qui vise à aider à trouver des solutions afin de répondre à des problématiques urgentes environnementales, sociales et économiques dans le monde. Il a été lancé par le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, le 9 août 2012.  http://www.un.org/News/fr-press/docs/2012/ENVDEV1315.doc.htm 

Point n’est donc besoin de douter de l’effectivité de ce rapport ni de la qualification de ses auteurs. 

Constats

On retient donc que le Bénin et le Togo, deux pays voisins d’Afrique de l’Ouest sont les pires endroits au monde pour mieux vivre, selon les critères pris en compte pour confectionner le classement. Dans le même temps, Le Danemark, la Norvège, la Suisse, les Pays-Bas et la Suède, Tous d’Europe forment dans l’ordre le quinté de tête.

Autre précision non moins importante, les sept derniers pays de ce classement sont en Afrique. L’Afrique où les cinq pays où il fait mieux vivre sont dans l’ordre l’Angola, l’Algérie, la Libye, le Nigeria et le Ghana.

Notons aussi que l’Angola qui apparait ainsi comme l’Eldorado du continent n’est que le 61è sur le plan mondial.

Toujours dans la lignée des constats, la Somalie, un pays politiquement instable, paraît mieux loti que d’autres comme le Burkina, le Cameroun, le Gabon et le Sénégal par exemple. 

Analyse

Le rapport révèle donc -sans surprise- que l’Afrique se porte mal et l’Europe se porte bien. Globalement, on vit mieux sur les autres continents qu’en Afrique. 
Les auteurs dudit classement ont décliné sans ambages les critères qui y ont prévalu. Efforçons-nous donc de nous y référer malgré les doutes que je vois déjà poindre chez les uns et les autres, à tort ou à raison…

Nos différents pays ont adhéré librement aux institutions et autres organisations internationales et ne s’en plaignent visiblement pas lorsqu’il s’agit d’en jouir d’une manière ou d’une autre. Qui ignore les formules consacrées comme « partenaires au développement » ou encore « partenaires techniques et financiers » si ce ne sont carrément les « bailleurs de fonds » ?

De plus, nos dirigeants n’hésitent point à brandir les classements d’organismes internationaux lorsque ceux-ci les arrangent. Je me souviens encore de toute la fierté des Béninois par exemple lorsque l’association « Reporters sans frontières » hissa le pays au premier rang africain en matière de liberté de la presse. Nul n’avait alors contesté. Mais lorsque deux ans plus tard, la même association rétrograda le même pays de plus d’une dizaine de points, il y eut des personnalités béninoises tant des milieux politiques que du monde des médias pour souligner des « nuances » à un classement qui ne serait basé que sur « des critères propres à l’association ». C’est le propre de la nature humaine diraient certains et le choix de cet exemple béninois ne fait qu’illustrer une autre tendance sous nos cieux : l’hypocrisie collective.

Qui donc ne savait pas que sur ce continent en général, la majorité a des difficultés pour joindre les deux bouts. Sinon, pourquoi tous ces programmes pour « lutter contre la pauvreté » qui, pour la plupart, appauvrissent en réalité les populations du fait de la corruption ou de la mauvaise gestion des fonds alloués à ces projets ronflants ? 

Si les éléments de ce rapport de l’ONU étaient si loin de la crédibilité, pourquoi donc un si grand nombre de jeunes Africains ne rêvent-ils que de l’Occident ? Pourquoi donc cette montée de l’immigration clandestine d’origine africaine en Europe ? Pourquoi tous ces drames impliquant des « boat-people » ? 
 
Les leçons

« Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait baisser la fièvre » disait l’autre. Surtout si l’on a déjà fait l’effort d’être conscient de sa fièvre à soi, il importe de lui trouver un remède plutôt que de chercher à se convaincre qu’on est moins fiévreux que tel ou tel autre. 

C’est clair, ce rapport fait le constat d’une épidémie de mal-être sur notre continent sur l’échelle du bonheur. Aussi bien les symptômes que les causes du mal sont connus. L’étape du diagnostic est passée. L’urgence est à la thérapie qui a un nom : rigueur. La rigueur dans l’application des principes universels et des règles librement édictées par nous-même. 

Et là, pointe le risque d’un autre mal plus dangereux : la complaisance.
 
Soyons donc plus rigoureux, moins complaisants et moins hypocrites.     

 
Tag(s) : #Politique Béninoise

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