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Le coup d’Etat permanent du roi Boni 1er

 

Ordonnances à gogo dans une insouciance générale déconcertante. Un président de la République annonce solennellement à son peuple, dans la nuit profonde, le 25 juin 2010 que des menaces graves et immédiates pèsent sur les institutions de la République, l’indépendance de la nation, l’intégrité du territoire national, l’exécution des engagements internationaux ; que le fonctionnement régulier des pouvoirs constitutionnels est menacé ou interrompu ; tout ceci accueilli par une indifférence totale. L’événement n’a même pas eu les premières pages dans les médias aussi bien publics que privés. Quelques commentaires à chaud et plus rien. C’est bien du berceau de la démocratie qu’il s’agit ; le Bénin, victime d’un énième coup d’Etat perpétré par Yayi Boni, président de la République, chef de l’Etat, lui-même. L’article 68 de la constitution dans le rôle de faire-valoir de l’assouvissement de la dérive autocratique. Un dangereux jouet au service de l’arrogance, du totalitarisme et de la manipulation.

 

La question ne se pose évidemment pas sur l’existence de ce fameux article 68. Tout comme existe également l’article 145 de la loi fondamentale qui dit très clairement ceci : « les traités de paix, les traités ou accords relatifs à l’organisation internationale, ceux qui engagent les finances de l’Etat,…ne peuvent être ratifiés qu’en vertu d’une loi ». C’est bien exclusivement par une loi qu’un accord de prêt, fut-il consacré à l’éradication de la pauvreté, est ratifié par le Bénin ; aucune disposition n’autorise un accord par une « ordonnance ». Parallélisme des formes oblige : l’article 68 tout comme le 145 et tous les 158 autres bénéficient de la même portée juridique. Rien, constitutionnellement parlant, ne donne au 68 une primauté quelconque sur les autres. Une ordonnance (article 68) à la place d’une loi (article 145) pour mettre en exécution un accord de financement est un COUP D’ETAT en bonne et due forme.

Des mesures exceptionnelles supposent au préalable une matière exceptionnelle non réglée par la constitution. En apparaissant sur le petit écran tous les 6 mois en moyenne à partir de 2008 pour annoncer la prise de mesures exceptionnelles sur des questions normalement prévues par la constitution, on a l’impression d’entendre Yayi dire à chaque fois aux Béninois avec mépris « Je suis la constitution et j’en fais l’usage qui convient à mes ambitions personnelles ». Un penchant impérial inconcevable dans une République pluraliste ou le pouvoir se gagne par le suffrage universel direct. En quelques années, la Marina a vidé le texte du serment présidentiel à l’article 53 de la constitution de toute sa substance. Ce qui a été fait de l’engagement du 06 avril 2006 de « respecter et de défendre la constitution » est édifiant à plus d’un titre des instincts que peut induire chez tout dirigeant la hantise de la conservation du pouvoir, à tout prix.

Les émergents ont tort de railler les avertissements d’un des leurs en la personne de l’anti-conformiste Janvier Yahouédéhou lorsqu’il fait allusion à l’extrême précarité de la position de président de la République. Il fait d’ailleurs œuvre utile en rappelant son leader à son autre engagement de subir les rigueurs de la loi en cas de parjure (serment d’avril 2006). L’institution d’un nouveau principe constitutionnel sorti tout droit des laboratoires de l’Etat-Fcbe (Faillite des Compagnons Béninois pour l'Emergence) et qui érige une suprématie écrasante de l’article 68 sur toutes les autres dispositions constitutionnelles s’apparente à du parjure à l’état pur. De sorte que le jeu politique du Bénin en est réduit aux caprices d’un seul individu à qui il suffit d’une signature au bas de quelques documents, d’un discours solennel à la télévision nationale pour tirer un trait sur toutes les autres institutions de la République à commencer par l’Assemblée nationale. Ce Bénin-là n’a jamais été celui dont ont rêvé les délégués à la conférence nationale de février 1990.

 

Il faut arrêter la saignée et le char avant qu’ils n’arrêtent la démocratie…

 

arimi choubadé

Rédigé le 28 juin 2010



Tag(s) : #EDITORIAL

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