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BENIN: Le régionalisme à bras ouverts

 

 

Publié le 14 novembre 2012

 

 

Le Bénin est un et indivisible, a-t-on dit. Et les proclamations les plus vertueuses nous l’apprennent lors des grands événements. Mais derrière cette façade angélique, se cachent des réalités terrifiantes. Terrifiantes parce que jusqu’ici, il est impossible de réaliser au Bénin de grands projets, sans passer par le régionalisme étroit des cadres et des personnalités de notre pays.

 

Dans les faits, en effet, les enjeux les plus importants se négocient par le truchement de la région et de l’ethnie, un peu comme si le Bénin était dispersé en mille morceaux. Un peu comme si tout le monde se préoccupait finalement très peu du développement réel, mais plutôt du placement des cadres ou des ressortissants de telle ou telle région.

Je me rappelle ce discours tenu lors de la campagne électorale de 2011 par un quidam, au détour d’un meeting à Ségbana. On pouvait entendre ces revendications : promotion des cadres originaires de la région, recrutement à la douane pour les enfants de la localité, etc. Ce qui a été dit à Ségbana, a été répété dans le Couffo et dans le Zou. C’est dire qu’il s’agit d’une préoccupation nationale que les politiques répercutent à leur manière. Chaque Béninois souhaite en fin de compte que les gens de son terroir, nantis de quelque diplôme que ce soit, aient part aux hautes fonctions politico-administratives.

Ce souci puise ses racines dans nos solidarités régionales, et surtout dans l’insécurité généralisée où se trouvent les hautes fonctions de décision. Elles ne sont, pour ainsi dire, soumises à aucune règle de compétence ni de résultat. Les mutations au sein de l’administration publique dépendent de la tête du client, obligeant chacun à recourir à l’abri régionaliste ou ethnique pour avancer dans la hiérarchie et être nommé quelque part.

 

Ce faisant, l’administration publique béninoise est secouée par des pratiques inconciliables avec les objectifs de développement proclamés depuis le sommet de l’Etat. Les ajustements régionalistes opérés à la tête des sociétés d’Etat, dans les directions techniques des ministères et au sein des projets de développement sont gouvernés par ces règles non écrites. Depuis l’avènement de Boni Yayi au pouvoir, certains postes au sein des ministères restent largement dominés par les cadres ressortissants d’une certaine région.

 

Ils font flotter dans l’air un vague sentiment de domination perceptible dès qu’il y a des postes de décision. Les rois et chefs coutumiers de ces contrées sont mis à contribution pour exercer les pressions les plus inimaginables, sans compter l’appui des partis politiques toujours utilisés comme des officines de placement des cadres.

Les solidarités ethnico-régionales qui se développent à l’ombre de ces pratiques, montrent comment les clivages identitaires, à défaut d’être publiquement étalés, sont de puissants outils de promotion de certaines régions. Il me revient ce collègue qui a postulé à un poste élevé de l’administration parlementaire, et qui s’est vu souffler sa place pour un individu largement moins qualifié que lui, mais originaire du même patelin que le patron des lieux. On n’a pas hésité à lui faire dire que le choix ultime était politique et non technique, alors que le poste lui-même était hautement technique.

 

Dans la même veine, la moindre nomination en conseil des ministres fait l’objet d’un solide cadrage régional dans lequel sont inconnus les mots « compétence », « efficacité », « efficience », « performance ». On prétend que les concours de recrutement à la fonction publique n’échappent guère à cette logique. On n’est pas surpris que notre administration publique soit le nid de toutes les pagailles : chacun est roi en son palais.

 

Toucher à un quidam du fait de son incompétence ou de sa paresse, revient à ameuter tout une tribu d’hommes politiques, de colonels et de généraux, de rois et chefs coutumiers qui viennent « protéger » leur « frère » ou leur « sœur » en situation délicate. Des ministres sont nargués par leurs directeurs techniques, des directeurs généraux se retrouvent face à des cadres récalcitrants mais indéboulonnables, et le Président court à travers champs, scandant les slogans à la mode : refondation, reddition de compte, développement…

 

De quel développement parle-t-on ? De celui que l’on n’obtient qu’à force de performance ? Ou de l’épanouissement de quelques-uns seulement ? The right man at the right place : l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. C’est par ce seul précepte que les Etats vont de l’avant.

 

Olivier ALLOCHEME

 
Tag(s) : #EDITORIAL

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