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16 juillet 2011

 

BENIN: Le retour des négriers dans la cour du roi Boni 1er

 

 

LA PLACE DES ENCHERES

 

Chacha Félix de Souza, la Place des Enchères constitue le premier point de départ de la route des esclaves, longue de 4km.


Cette place a vu le jour en 1717 après la défaite du royaume Houéda contre celui d'Agbomè. Devenu territoire sous-protectorat, le roi GHEZO, roi d'Abomey d'alors, confia à son ami Chacha Félix l'administration et la gestion de cette nouvelle contrée annexée.


Au lieu de tuer les prisonniers de guerre, on les soumettait à des travaux forcés. De file en aiguille, l'idée de les envoyer travailler dans les plantations en Europe et en Amériques germa . Ainsi les prisonniers de guerre, les victimes de razzias, ceux qui commettaient des adultères au sein de la population sont vendus aux Européens sur la place, aujourd'hui appelée Place des Enchères . L'essor de ce commerce vertigineux incita le grand négrier à élargir son entonnoir d'esclaves. Ainsi, les bras valides, les princes et les princesses furent vendus. Ils étaient troqués contre des marchandises de peu de valeur (canons, alcool, fusils, miroirs, chapeaux, pacotilles, etc). Un miroir équivaut à 40-50 esclaves. Même tout un quartier fut vendu: c'était le quartier Brézil à Ouidah. Après la vente, ils sont enchaînés au cou et aux mains. Le départ vers l'autre monde est sonné. De la place des enchères, les esclaves se dirigèrent vers un arbre dénommé l'arbre de l'oubli pour un dernier rituel.

 

Les milieux autorisés d'Aneho et de Ouidah racontent même qu'un jour, un des neveux de TATAGAN fut razzié par les nervis de CHA CHA, et prêt à être déporté vers l'Europe. Mis au courant, TATAGAN envoya à qui de droit, un message sibyllin mais très codé : " edzi bey a puasiké anyia ? ", littéralement veut-il que sa queue se rabatte ? sous - entendu, si le responsable de l'enlèvement du neveu veut passer de vie à trépas.

Ses nombreux comptoirs qu'on retrouvait à Ouidah, Grand-Popo, et à Aneho approvisionnaient la population locale ainsi que les bateaux de passage en huile de palme, coprah, huile à base de la noix de coco, poissons séchés ou salés, etc.

Il est de notoriété publique que TATAGAN, épaulé par certains dignitaires d'Aneho, fut à l'origine de l'expulsion de cette ville du grand esclavagiste de la Côte, Chacha Félix de SOUZA, qui trouva un temps refuge auprès d'un parent du roi des Guins. On rappellera que la fuite temporaire de Cha Cha de Ouidah, est consécutive au complot qu'il avait ourdi contre le souverain anti esclavagiste , Adandozan, roi d'Abomey, déposé en 1818 , et remplacé par son neveu Ghezo, acquis, lui, à la cause des Négriers occidentaux.

Outre le fait que l'Afro-Brésilien esclavagiste avait enfreint les règles de l'hospitalité locale (on le soupçonnait d'avoir des relations intimes avec une des épouses de son hôte, le souverain d'Aneho), c'est surtout son caractère vénal et cupide qui mirent en éveil TATAGAN qui craignait à juste raison que Cha Cha ne développe son infâme commerce sur place, et ne razzie avec l'aide de ses complices locaux ses enfants qu'il a su préserver jusque-là des velléités des chasseurs d'hommes.

  

 

 

Behanzin n'a pas dirigé des gens nus comme l'étaient tes parents...

 

À la fin de l'année 1995, une dispute opposait des journalistes de Cotonou, la capitale économique du Bénin. L'origine du conflit concernait l'introduction d'un nouveau passeport pour le citoyen béninois. Le gouvernement de Nicéphore Soglo avait décidé de choisir comme filigrane un portrait du roi Behanzin, le dernier souverain du royaume du Danxomè à la fin du xixe siècle.

  

Dans un article publié en novembre 1995, dans le quotidien indépendant Le Matin, le rédacteur Charles Toko critiqua cette décision. Il proposa un symbole plus général, l'image du roi ne représentant pas toute la population de la République du Bénin. Selon lui, le pays est composé de différentes régions et repose sur des traditions qui dépassent les frontières de l'ancien royaume du Danxomè, lequel était situé dans la région d'Abomey, au sud du pays. Charles Toko, d'origine baatombu, une ethnie du nord du Bénin, demanda que l'on tienne compte de l'histoire des populations du Nord. Ce type de représentations avait été abandonné avec la politique du président de l'époque, Nicéphore Soglo, membre de la communauté fon du sud du Bénin et descendant de la noblesse du Danxomè. Charles Toko plaida donc aussi pour une valorisation des héros des populations du Nord, Bio Guera et Kaba.

 

Un jour, le bureau de la rédaction du Matin reçut un appel téléphonique de Jacques Behanzin, à l'époque attaché de presse au ministère de la Défense. Ce dernier se plaignit vivement de cet article. Il se déclara attaqué personnellement en tant que descendant de la lignée de Behanzin, et défendit la décision du gouvernement. À son tour, il attaqua vivement les journalistes, les insultant : « Comment oses-tu comparer Behanzin à Bio Guera ou Kaba ? Behanzin n'a pas dirigé des gens nus comme l'étaient tes parents... des sauvages que nous avons perdu notre temps à éduquer et à ramener à la civilisation. » Il se conduisit avec Toko comme s'il était membre d'une population inférieure : « C'est grâce à nous que vos yeux se sont ouverts. »

 

Son appel fut diffusé dans toute la rédaction à l'aide des hauts-parleurs, et fut cité dans une des parutions suivantes du quotidien. Charles Toko développa alors un contre-argument. Dans un long article de réplique (Toko 1995 : 6), il accusa Jacques Behanzin d'être un régionaliste extrémiste et s'engagea à défendre l'héritage des populations du Nord, en rappelant encore une fois les révoltes de Bio Guera dans le Borgou et spécialement la rébellion de Kaba (1916-1917) contre le pouvoir français au début du siècle. Il qualifia le royaume méridional du Danxomè comme étant « fondé sur les murs du sang », allusion à la traite des esclaves qui avait dominé pendant une longue période l'économie de ce royaume. Toko s'efforça de défendre la capacité des peuples du Nord à occuper des positions administratives importantes, et attesta leur plus grande intégrité morale. Ce débat fut repris dans d'autres journaux du Bénin  et dans des discussions privées.

 

Ces questions délicates furent soulevées quelques mois seulement avant les élections présidentielles, prévues pour février et mars 1996. Au deuxième tour des élections, deux candidats s'opposaient : l'ancien président Matthieu Kérékou (1972-1991), largement soutenu au nord du pays et partiellement au sud, et le président sortant Nicéphore Soglo. Cette polémique peut ainsi être expliquée par l'atmosphère tendue qui régnait dans le pays à cette époque.

 

Ayité TATAGAN

 



 

 
 
 

 

Située devant l'ex- maison du négrier brésilien

Tag(s) : #Politique Béninoise