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13 juillet 2010

  

BENIN: Le roi Boni 1er est Docteur-président et juge d’instruction…

 

 

Que de talents chez ce docteur-président ! Ce qu’on lui connaissait depuis avril 2006 c’était sa vision sur un Bénin émergent, sa grande compassion pour les femmes les plus pauvres, sa foi en la jeunesse pour qui il est prêt à verser son sang, son ambition d’une révolution verte.

 

Son don d’ubiquité le fait paraître simultanément à Adjarra, à Nikki, à Djougou, à Abomey à bord de son hélicoptère. Le populisme dogmatique en vogue permet aux marcheuses, aux zémidjans, aux têtes couronnées, aux patriarches locaux de bénéficier des jetons de mobilisation déversés à tour de bras. On connaissait également la bravoure maintes fois renouvelée de ce grand patriote qui n’hésite pas à déclencher la clameur populaire et la vindicte médiatique à l’encontre des représentants du peuple à travers l’usage abusif et démagogique du fameux article 68 de la constitution. Cerise sur le gâteau avec le nouveau dessein présidentiel de faire refonder les soubassements de la morale, de l’éthique, des valeurs et des repères de la nation.

Ce qu’on connaît moins, c’est ce qui se fait au palais de la Marina en marge du gigantesque scandale des placements fictifs d’argent. Interrogatoires, confrontations, arrestations, perquisitions, fermeture de compte bancaires, limogeage, audition de ministres (anciens comme en exercice) ; le tout sous la supervision du docteur-président qui se révèle subitement à ses compatriotes comme un excellent juge d’instruction. Il ne se contente plus de prendre des ordonnances en lieu et place de l’Assemblée nationale, de s’immiscer dans le fonctionnement des associations de micro-finances, de faire des incursions intempestives dans la gestion d’entreprises privées, de s’introduire dans les querelles de succession au sein de quelques chefferies traditionnelles. Le voilà en super enquêteur sur une affaire purement pénale et relevant en principe de la justice. Jamais le Bénin n’a atteint un tel niveau de confusion des pouvoirs à l’ère du renouveau démocratique.

 

On veut bien croire que tout cela procède d’un concours de circonstances ou d’un pur hasard si quelques détails de la marche du Changement ne donnaient pas tant à réfléchir. Des années que les limiers de la Marina surfent sur le manuel de l’antiparlementarisme total. Tout est fait pour démontrer à la population que l’institution parlementaire n’a pas sa place dans le processus qui devrait mener le Bénin vers son émergence, sa croissance à deux chiffres, ses industries, ses machines agricoles. Les marches contre les députés sont ouvertement soutenues par des ministres de la République, des préfets, des élus. Heureusement que l’article 68 de la constitution permet au docteur-président de concentrer à lui tout seul le pouvoir législatif et exécutif entre ses mains. Il ne restait que le pouvoir judiciaire. Le prétexte tout trouvé pour que le chef de l’Etat puisse s’investir juge, c’est la prétendue passivité du procureur général près la Coup d’Appel de Cotonou au sujet de l’affaire des placements fictifs d’argent. Suffisant pour disqualifier tous les juges du pays.

 

Le gros problème, c’est la crédibilité de la procédure conduite depuis la Marina. Une arène de propagande politique par excellence qui a déjà accueillie par le passé en grande pompe les principaux mis en cause de la gigantesque collecte illégale d’épargnes privées. Ce sont les complices présumés qui se chargent finalement de l’enquête en lieu et place de la justice. L’enquête politique a été préférée à l’enquête judiciaire. Si ce n’est déjà de la politisation du dossier. Procédure aux allures de salubrité interne destinée à refaçonner l’histoire des placements fictifs en la débarrassant des compromissions incluant le régime.

L’instruction présidentielle avant l’instruction judiciaire…

 

arimi choubade

 



Tag(s) : #EDITORIAL

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