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25/06/2013



BENIN: Le roi Boni 1er promet sang et ballon… pour la Jeunesse !




Au gouvernail de la Nation, le chantre du changement reconverti à l’animation de la refondation observe de son piédestal les souffrances de la jeunesse. L’autopromotion opérée par K.O et les fantaisies impudiques inscrites dans le répertoire d’une gouvernance sans boussole ont bouché la voie du salut et laissé grandement ouvertes les portes de la déchéance à une couche pourtant génétiquement promise à la relève. Contre le fléau des fausses promesses, la foule juvénile oppose une rumination de sa déception mélangée à une résignation. Entrainée par la politique de l’hypnose et la ruse des gouvernants, elle est aujourd’hui en posture dégradante. Le messie proclamé, obsédé par la révision de la Constitution, revient à la charge et passe à une nouvelle résolution.

Le fallacieux projet mis à jour en cette fin de mandat consiste, selon les incantations royales, à « poser des actes non périssables » en faveur de la jeunesse. Le serment fut, il y a quelques semaines, improvisé à l’occasion d’une rencontre que le leader cauri a arrangée avec les jeunes dans l’ambiance hilarante d’affaires de tentatives d’empoisonnement et de putsch. Et la surexcitation était au rendez-vous pour donner à la parole le couvercle de la vérité. Porté par la passion des promesses, Yayi miroite la magie cauri pour sauver son peuple. Absorbé par la révision de la Constitution, il sacrifie la jeunesse sur l’autel de l’opportunisme politique.

Affreuse blague politicienne : la première promesse fut celle du sang. Yayi a juré de verser son sang pour la jeunesse. Seul le mode d’hémorragie fut dangereusement elliptique. A moins de trois ans de fin de mandat, le sang présidentiel se fait désirer alors que la jeunesse jetée dans la fange du chômage puis flouée, broie du noir. Naufragée par les eaux sales du changement, elle est désormais sans vie dans les caniveaux d’une refondation assassine.

Vient ensuite la doctrine du ballon. Après l’épisode manqué du sang, l’avenir de la jeunesse est lié au cuir rond. Drôle d’inspiration. Le style cauri est inélégant. Le ballon est au cœur du projet destiné à sauver la jeunesse. Le ballon de Yayi, le ballon de la honte lancé en pleine figure aux « petits », telle une malédiction. Humiliés jusqu’à la moelle des os, les jeunes, main d’œuvre destinée au ministère de la propagande, reçoivent le cadeau empoisonné du chômage. Dans les clauses, figurent les marches et les prières pour Yayi. Le vicieux contrat justifie le recrutement massif de gens qui font gronder la rue et souillent les chapelles.

Entre le sang, le ballon et le néant, la jeunesse attend, non sans illusion, que tombent du ciel les nouveaux « actes non périssables » promis par le père de la Nation. Le mât de la confiance est définitivement cassé mais sortent au moins les vaines fumées de la parole du Président chargée de nouvelles promesses. La jauge de la crédibilité a certes touché le fond, un improbable pragmatisme sauvera le roi. Dans l’expédition tumultueuse de fin de mandat, la refondation tarde à produire ses fruits. Les promesses secrètent un jus amer.

Plutôt effarant, le roi est anormalement affairé. Le job suprême a vite tourné à une course contre la montre autour de la révision de la Constitution et des détails à polémique. Préoccupé par des affaires de tentatives d’empoisonnement et de putsch et les éléphants blancs du royaume, Yayi ne conjugue pas sa refondation au chapitre de la jeunesse. Le gouvernement cauri s’est trouvé une nouvelle priorité : la bataille pour l’extradition de Talon, l’ennemi numéro1 du roi. Le non-lieu du juge rebelle a mis les soldats du royaume en alerte. La lune promise aux jeunes est renvoyée aux calendes grecques. En 2016, il ne restera que le ballon.

Face à l’incessant ressac d’une refondation creuse et stérile, se dresse cet « avenir, fantôme aux mains vides, qui promet tout et qui n’a rien ! », ce monstre contre lequel s’insurge Victor Hugo. Le destin a désormais besoin du coup de pouce de l’action pour échapper au diktat inscrit dans l’air du temps. Payée en monnaie de singe, il revient à cette jeunesse de revendiquer ses droits et d’exiger le respect de la parole donnée. Son défi est d’être digne de son destin et ne pas être le fer de lance rouillé par une gouvernance destructrice.

Le roi jaloux de son trône ne versera plus son sang pour les « petits ». La démagogie est mise à nu. Mais, prévient Hugo « il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, l’action ».


 

Sulpice Oscar Gbaguidi

 

  
 
  
  
Tag(s) : #EDITORIAL

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