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BENIN - "Le Secret de l'enfant-fourmi": un film sur l'infanticide rituel au Bénin

 

 

Le Monde.fr | 02.05.2012

 

 

Par Noémie Luciani

 

  
  
Audrey Dana dans le film franco-béninois de Christine François, "Le Secret de l'enfant-fourmi".Audrey Dana dans le film franco-béninois de Christine François, "Le Secret de l'enfant-fourmi". | BAC FILMS

 

Cécile et Didier se sont séparés. Elle part le rejoindre au Bénin, sans trop savoir ce qu'elle cherche, et sans s'attendre à ce qu'elle trouve : un bébé, qu'une jeune femme terrifiée dépose au bord du chemin avant de s'enfuir. Cécile essaie de comprendre, n'apprend presque rien, essaie de faire comme tout le monde, dépose l'enfant à l'orphelinat, essaie de l'oublier, revient le prendre. Cet enfant rejeté, Lancelot, dont elle sait seulement que son peuple le voit comme un mauvais esprit, ce sera le sien. Elle retourne l'élever en France.

 

Les années passent et Lancelot grandit. Il se met à faire des cauchemars, des gestes de violence. Cécile décide de l'emmener en Afrique. Leur voyage apporte de nouvelles révélations, terrifiantes, sur l'abandon de Lancelot et les coutumes de son ethnie.

 

Inspirée par le témoignage d'une jeune Française devenue mère adoptive de l'un de ces enfants-sorciers, la fiction de Christine François s'élabore autour d'un phénomène documentaire aussi intrigant que glaçant : l'infanticide rituel, par lequel les Baribas répondent à la menace représentée par les enfants prématurés, nés par le siège, ou dont les dents poussent de manière peu commune, et que l'on reconnaît ainsi comme de mauvais esprits.

 

Qu'il soit légitime et même nécessaire de porter un tel sujet à l'écran, on n'en saurait douter. Que les intentions de la réalisatrice, des acteurs, et des différents collaborateurs unis autour du film soient pures et belles, on le croit volontiers. C'est dans le modelage du vrai en fiction, la façon de dire, que tout s'effondre.

 

Le texte d'abord, si maladroit qu'il se prête au comique involontaire avec une docilité particulièrement regrettable, lorsque le sujet ne consent qu'au plus grand sérieux. Scènes de ménage caricaturales, tensions forcées entre Cécile et sa mère, icône à cigarette de la désillusion à la française, à laquelle revient - mais la concurrence est rude - la palme de la réplique la plus embarrassante : "C'est Lancelot qui t'empêche d'être heureuse. Ça se voit noir sur blanc."

 

Le jeu, ensuite, si risqué, vital, lorsque l'on touche ainsi à la vraie vie des hommes. Prisonnière des mots mal choisis, Audrey Dana, presque de tous les plans, fronce les sourcils et module les tremblements de voix avec une bonne volonté mécanique, entre deux lignes mémorables : "Je ne suis peut-être pas ta vraie mère, mais toi tu es mon vrai fils."

 

Quelques belles images. On sent la mise en scène minutieusement pensée, chaque plan forcé jusqu'au sens. Et presque chaque fois, c'est une erreur : la scène de transe nocturne de Lancelot sur fond de percussions africaines, le retournement prévisible de Fati, servante dissimulée des forces sombres, le maître d'école ou le médecin bonhommes comme les Béninois superstitieux, auxquels on ne donne jamais vraiment la parole. Tout est pétri de vrai, et sonne faux. Une catastrophe.

 

LA BANDE-ANNONCE

 

 


Film franco-béninois de Christine François avec Audrey Dana, Robinson Stévenin, Elie-Lucas Moussoko et Yann Tregouët. (1 h 48.)

Sur le Web : www.bacfilms.com.

 

 

Noémie Luciani

 
 
 
 
Tag(s) : #INEDITS

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