Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

25/04/2012

 

[Richard Cannavo a aimé]

BENIN: "Les Enchaînés" Ce soir à 20h35 sur France Ô.

 

 

 

 

©France Ô

 

 

Au Bénin, la folie fait peur et les malades vivent souvent enchaînés à l’écart des villages. Ce soir à 20h35 sur France Ô.

 

Ce sont des hommes perdus, de pauvres hommes condamnés à vivre comme des bêtes, enchaînés, mis au ban de la société. Dans les villes, on les voit errer, entièrement nus parfois, ombres furtives dressées telles des spectres dans la cohue, ou au contraire tassés, comme incrustés dans la terre ocre. Ils n’ont tué personne et pourtant ils sont de vrais galériens.

Leur crime ? Ils sont fous - ou du moins considérés comme tels. Dans ces pays pauvres d’Afrique où se soigner demeure un luxe, nul ne se soucie de ces malheureux, à commencer par les pouvoirs publics. C’est ce que montre le film saisissant d’Alexis Duclos.

Grégoire Ahongbonon, lui, n’est pas psy, il n’a pas fait d’études, mais chez cet homme simple le coeur a supplanté les diplômes : “Si vous vous promenez en Afrique, vous les verrez partout, mais personne n’y prête attention. Pour moi, c’était pareil : je passais à côté d’eux sans les voir.” Depuis qu’il a ouvert les yeux sur ceux qu’on appelle iciles “invisibles”, ils sont devenus le combat de sa vie.

Lui, que l’on surnomme le “frère des fous”, sillonne depuis vingt ans les routes de son pays, le Bénin, mais aussi celles de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso voisins, jusque dans les villages les plus reculés, à la rencontre de ces pauvres ères que l’on a enfermés par peur ou par ignorance, et qui lui sont signalés par un réseau d’informateurs.

Comme ce jeune homme de 25 ans qu’il vient délivrer aujourd’hui, Julien, qu’il découvre enchaîné, à moitié nu, au fond d’une cabane, et qui se traîne au sol vers la lumière : Ils m’ont dit que je suis un fou - il se frappe la tempe de l’index. C’est mon grand frère, là, qui m’a enchaîné.” Grégoire le rassure, apaisant. L’expérience au quotidien n’a pas atténué son émotion : Les chaînes, c’est le traitement qu’on inflige à toutes ces personnes qui n’ont pas accès aux soins. Lui était toujours premier de sa classe. Ca ne peut être que la schizophrénie…” Julien repartira avec Grégoire vers l’un des centres de traitement qu’il a créés avec son association, Sainte Camille.

Quand j’entends que quelqu’un est enchaîné, c’est moi qui le suis, et je dois tout faire pour arracher cette chaîne”, dit cet homme admirable qui n’a que son inlassable énergie et sa foi pour le guider et le soutenir, cet homme à l’émouvante humilité qui affirme avec gravité : “Je suis réparateur de pneus. Je ne connais rien ! Je suis nul en tout…” Nul, cet homme qui mène, seul, le combat contre un redoutable tabou ? Cet homme qui, avec ses moyens dérisoires, a déjà secouru plus de 10 000 malades, et créé six centres de traitement et sept centres d’insertion ? “Le travail de Grégoire est absolument magnifique pour quelqu’un qui ne connaissait rien en santé mentale, explique une psychiatre canadienne qui, l’ayant découvert à la télévision, a décidé de venir l’aider sur le terrain. Il a compris la nécessité de l’accueil. Nous, nous avons oublié l’accueil du patient. Nous avons oublié le respect du patient. Nous avons surtout oublié qu’il est d’abord et avant tout une personne, et non pas une maladie. Grégoire a aussi compris qu’il ne suffit pas de traiter le malade, il faut aussi le réadapter, et le faire revenir dans sa communauté.”

Dans ses centres d’insertion, Grégoire utilise les compétences de chacun pour leur apprendre un métier. Par son attention et, disons-le, par son inépuisable tendresse, il réalise des miracles : “J’ai commencé par comprendre qu’ils étaient des hommes, des femmes, des enfants qui cherchaient aussi à être aimés. Seulement être aimés…” Il se tait un instant, ajoute, songeur : “La folie fait très peur en Afrique. C’est ce qui engendre la souffrance et l’abandon des malades. Notre combat, c’est d’abattre ce mur de terreur. On a en tête que la maladie mentale ne se guérit pas, qu’elle est une possession : on pense qu’ils sont possédés par le diable, que c’est de la sorcellerie, et qu’il faut faire souffrir le corps pour que les démons en sortent…”

Grégoire s’est lancé cette fois dans un périple de 1500 kilomètres vers un village perdu du Burkina Faso, pour y récupérer Issa, un homme enchaîné depuis dix ans à un tronc d’arbre. “Il était très agité et violent”, explique le chef du village. “J’ai beaucoup souffert, murmure Issa. Mais c’était la décision de la communauté. Ils avaient peur que je m’échappe. Je ne pense pas être malade…” Il est sans révolte. Comme éteint. Devant celui qui vient l’arracher à dix années d’enfer il restera longtemps mutique, les yeux perdus. C’est un homme hors du monde, écrasé par son propre destin.

Retour au centre de réinsertion où Julien, trois mois après sa libération, lit et s’intéresse “aux sciences de la vie et de la terre, et à ce qui se passe dans l’univers”. Ce jeune homme qu’on disait fou n’a désormais qu’un objectif, passer son bac : “Je me souviens de la souffrance que j’ai endurée. Maintenant je suis sans les chaînes, et ça me fait de la merveille…” Emu, Grégoire le serre dans ses bras. Cet homme qui a pour premier objectif de rendre à chacun de ses patients sa dignité d’être humain l’affirme : “Il faut croire en l’homme, puisque toi aussi tu es un homme. Et savoir qu’être heureux, c’est se tourner vers l’autre. C’est ce qui donne un sens à la vie…” C’est l’histoire d’un saint homme, un bienfaiteur anonyme dressé contre l’indifférence et la cruauté, perdu sous leciel d’aluminium du continent africain.

 

R.C.

Source: Le Nouvel Obs
 
 
 
 
Tag(s) : #Actualités Béninoises

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :