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 24 Mars 2013

 

 

BENIN :Les leçons de Bangui aux gouvernants béninois

 

 

Par Benoît ILLASSA

 

 

An nom d’un Bénin emprisonné dans son inconscient et traîné dans la boue et des béninois privés de leurs droits démocratiques, luttons ensemble ici et maintenant pour une éthique politique, contre la légitimation d’un enrichissement illicite et indécent d’un petit groupe, contre une impunité institutionnalisée et contre les droits de l’Homme à géométrie variable.

 

 

LES BENINOIS ONT PEUR

 

Les béninois ne doivent plus avoir peur. Tout régime, quel qu’il soit, surtout sous les tropiques, ne se pérennise que par la peur. Le bon exemple nous vient de la République centrafricaine où les citoyens de ce pays ont décidé de vaincre la fatalité. Le puissant Bozizé n’était « qu’un singe vêtu de la peau de léopard ». Démasqué, l’ogre de Bangui a pris ses jambes à son coup. Il était pourtant habitué à l’exil. Mais, comme tout potentat, il n’avait appris aucune leçon du passé qui vient de le rattraper, lui le pasteur, en ce dimanche des rameaux !!!

 

La peur. Depuis mars 2011, les béninois la ressentent tous. Elle est encore plus présente, en raison de la crise aiguë actuelle que traverse le pays. Cette crise est multidimensionnelle tant tous les voyants sont abonnés au rouge. Crise morale à cause de la perte des valeurs morales type affaires ICC, trafic d’influence en tout genre y compris dans les concours de recrutement dans la fonction publique. Crise morale dans la gouvernance quand les gouvernants foulent aux pieds « la Charte du gouvernement »et ne déclarent aucun bien ni à la prise, ni à la cessation des fonctions. Crise économique doublée d’une crise de l’électricité. On en rigolerait presque d’entendre Boni Yayi découvrir que le pays qu’il dirige depuis sept ans n’a développéaucun potentiel hydro-électrique. Mieux, pendant onze années, il a dirigé la BOAD dont la dernière lettre « D » devrait signifier Développement pour un banquier qui, dit-on, aurait fait une thèse de doctorat sur « l’économie de développement ». Ne riez pas. Son rejeton a fait mieux. Avec une thèse de doctorat sur « l’élevage des truites », il se retrouve à la tête du Conseil Présidentiel des Investissements (C.P.I.) !!!

 

Il est toujours difficile de ramener les béninois à se livrer sur la situation de leur pays. La plupart refuse de parler de la politique et du régime en place par peur des représailles et d’être mis sur écoute téléphonique. D’autres se complaisent, sur des forums, à ressasser le passé peu glorieux d’un « quartier latin » de l’Afrique en prenant la petite portion de la phrase d’Emmanuel Mounier qui continue de flatter leur égo à défaut de montrer l’utilité d’une légion d’akowés dont le pays reste parmi les plus pauvres du globe. Pas question d’émettre la moindre critique sur le régime et sur le roi Boni 1er. C’est un crime de lèse-majesté. Tous ceux qui, comme nous, se livrent à cet exercice sont frappés de fatwa par le régime et ses thuriféraires. Mais qu’importe ? Nous nous considérons depuis belle lurette comme les « damnés de la terre »et portons notre étendard sans fioriture et avec fierté. Nous sommes ainsi fidèles aux enseignements de l’un de nos maîtres, Frantz FANON :

 

« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir »

 

BOZIZE ET YAYI, DEUX PASTEURS PUTATIFS QUI ONT EN COMMUN LE MENSONGE

 

Le parcours des deux hommes se ressemble même si l’un est militaire et l’autre civil. Les deux ne jurent leurs dieux qu’au nom de la démocratie. En effet, les deux hommes ont plusieurs dieux et sont affiliés à plusieurs chapelles pour mieux brouiller les pistes et prendre leurs populations pour des moutons de panurge.

 

Tous les deux ont été initiés maçon. Mais, comme des profanes, ils ne savent pas utiliser les outils maçonniques. En cela, ils sont des maçons refoulés. Ils ont choisi de porter comme une croix leur dévotion pastorale, trouvée sur le tard, pour mieux berner leur semblable comme la prolifération des sectes religieuses qui se propagent dans la plupart des pays sous-développés en guise de manipulation à très grande échelle des masses populaires. Dans ces pays, le pasteur a remplacé le psychologue. Ainsi, le Bénin est devenu le seul pays au monde ou le Procureur de la République troque, tous les dimanches, sa robe de juriste pour celle de curé !!! Et tout cela se passe dans un Etat laïc.

 

Tout comme Bozizé, le pouvoir de Yayi repose sur le clan. Première dame chef d’un parti politique, beau-frère ministre. Cousins et maîtresses sont ministres de la République et en forment même la principale ossature. Parmi les autres membres du gouvernement, on trouve des pasteurs refoulés, des courtisans aux petits pieds et des sans grade aux pieds nickelés.

 

A Bangui, le grand frère du président déchu, Jean Roger Ouéfio, est maire et chargé de mission à la présidence. Monique Bozizé, première dame, est aussi député. Son fils Francis, le gardien du temple, est ministre de la défense et député. Un autre fils, Socrate, est député. La petite sœur du président, Joséphine Kéléfio est député. Le neveu du président, le très puissant ministre d’Etat Sylvain N’doutingai est aussi député. Sans compter les maîtresses et alliées députés. Tout cela se passe dans un pays dont le président se dit pasteur. La bible dans une main, la fornication dans l’autre !!!

 

QUE PEUT-ON CONSEILLER A YAYI POUR EVITER LE SORT DE BOZIZE ?

 

Qu’il se mette résolument au travail et surtout qu’il ne prenne pas les béninois pour des cons. Une rébellion peut voir le jour au Bénin comme en Centrafrique. La géographie du pays doublée de la sociologie ambiante peut même y faciliter la chose. La paix ne devrait pas être un moyen d’étouffer les libertés fondamentales. La situation politique est bloquée dans le pays. Il faut être un vrai aveugle pour ne pas le voir. Dans cette situation, la prévention est la mère des guérisons. Pour n’avoir pas voulu partager le pouvoir, Bozizé est désormais apatride.

 

Yayi doit renouer le dialogue inclusif avec tous béninois. C’est lui qui a tous les leviers du pouvoir dans ses mains. A la moindre incartade, ses thuriféraires vont larguer les amarres. Il sera le seul responsable.

 

Yayi peut montrer sa bonne volonté en nommant deux membres de l’opposition pour siéger à la Cour constitutionnelle. Le fauteuil du Médiateur de la République doit revenir de droit à un membre de l’opposition. Des personnalités de l’opposition doivent être nommées dans les postes diplomatiques importants.

 

La charte de l’opposition doit devenir une réalité au Bénin. Le financement des partis politiques peut être voté en urgence par le parlement béninois. L’ORTB doit cesser d’être la tribune de la propagande d’Etat. La dépénalisation des délits de presse est une garantie sine quoi non de la démocratie.

 

Il est urgent de doter le Bénin d’une Chambre de commerce pour garantir la sécurité des investissements. Cette chambre consulaire doit être dépolitisée. C’est le prix à payer si le Bénin veut améliorer son classement dans les prochaines éditions de « Doing Business ».

 

Certains béninois de la diaspora sont fortunés et ne demandent qu’à investir dans la mère-patrie. Yayi connaît certains d’entre eux. Pourquoi ne les aide-t-on pas à concrétiser leur volonté ? Aucun étranger ne viendra développer notre pays à la place de ses fils. C’est pourquoi, il est urgent de privilégier les investisseurs béninois issus de la diaspora au lieu de parcourir le monde entier pour endetter le pays. Dans ce cadre, la politique actuelle du gouvernement envers sa diaspora est à revoir de fond en comble. On pourrait prendre des exemples comme ceux du Sénégal et du Maroc qui ont une politique volontariste envers leurs diasporas.

 

Enfin, si vraiment Yayi veut quitter le pouvoir en 2016, il est urgent d’arrêter tout nouveau chantier (sauf ceux indispensables de par leur nature) en République du Bénin. Les trois ans qui nous séparent du terme du mandat doivent être mis à contribution pour terminer tous les chantiers entrepris et éviter de laisser des éléphants blancs à la prochaine équipe. Ce laps de temps doit permettre d’assainir les finances publiques et renouer le dialogue social.

 

Il faut en finir, une fois pour toute, avec cet éternel « piège sans fin »de la paranoïa au sommet de l’Etat qui embrigade les énergies des populations béninoises.

 

 
 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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