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10-06-2010

 

BENIN: Les non-dits sur l’état de santé de l’avion présidentiel

 

Écrit par Edgard Zinsou

 

Est-il opportun aujourd’hui d’acquérir un avion de type 727/200 pour en faire un avion présidentiel alors que les avions de ce genre sont transformés en cargos et utilisés pour le fret ?

 

Le Bénin a-t-il les moyens de l’entretenir régulièrement ? Quelle garantie de sécurité offre-t- il ? Autant d’interrogations qui semblent n’avoir pas trouvé de réponses à l’issue de la conférence de presse du chef d’Etat-major de l’armée de l’Air pourtant bien indiqué pour rassurer les Béninois.

L’avion présidentiel n’a pas fini de dévoiler son mystère. C’est heureux d’entendre le chef d’Etat-major de l’armée de l’air révéler le véritable statut militaire de l’avion présidentiel. En clair, l’avion présidentiel n’est donc pas un avion civil. En tant qu’avion à immatriculation militaire, il n’est pas alors tenu de souscrire à une police d’assurance. Ce qui laisse supposer qu’à chaque voyage présidentiel, il faudrait prévoir une assurance aussi bien pour l’avion que pour les membres de la délégation présidentielle sans oublier, bien entendu le personnel navigant. C’est sans aucun doute une note salée qui attend l’Etat béninois. Et comme l’admet le chef d’Etat-major, la souveraineté n’a pas de prix. Et pour ce faire, il faudra désormais budgétiser les frais d’entretien de l’avion présidentiel.

Un avion prend de l’âge

 

Il est vrai que par principe, un avion ne vieillit pas. Mais dans le cas d’espèce, il est fait économie de vérité sur l’état de santé réel de l’avion présidentiel. Car à la vérité, le chef d’Etat-major n’a pipé mot sur le véritable âge de l’aéronef, encore moins sur le nombre d’heures de vol depuis le moment de son acquisition. Autant d’informations qui auraient permis de se faire une opinion mois sceptique des vraies capacités de l’avion présidentiel à voler dans les cieux. Pour avoir remotorisé l’avion présidentiel après son acquisition, c’est la preuve qu’on est conscient qu’à défaut d’avoir vieilli, l’avion présidentiel a tout au moins pris de l’âge. Point n’est besoin de rappeler que l’avion qui a craché au large de la plage de Fidjrossè le 25 décembre 2003 au décollage est du même type. L’avion présidentiel n’est pas un avion de la nouvelle génération. Il n’a pas été construit dans la perspective de l’économie du carburant. C’est tout simplement un aéronef gourmand qui consomme 3 à 4 tonnes de carburant par heure. On devine aisément que l’avion présidentiel revient trop cher pour un pays comme le Bénin qui n’est pas producteur de pétrole.

 

Suivi de la navigabilité et entretien

 

De tout le cours magistral fait par le chef d’Etat-major, il y a une omission de taille. Rien n’a été dit sur l’organisme chargé du suivi de la navigabilité de l’avion présidentiel. C’est connu, quand un avion est bien suivi, c’est tous les six mois que le certificat de navigabilité est délivré. Faut-il le rappeler, c’est le défaut de ce fameux sésame qui avait obligé les autorités aéroportuaires en son temps à clouer au sol le fameux avion qui a fini son envol dans la mer ? La suite on la connaît. Est-ce le cas pour l’avion présidentiel ? La question mérite réponse dans l’urgence. Aussi est-il que sur la question de la maintenance et de son coût ; il y a à redire. Dans la mesure où, qu’un avion vole ou ne vole pas, il se fait qu’il a besoin d’un entretien quotidien. L’officier supérieur béninois de l’armée de l’air qui suit en France les travaux de réparation reste-il une garantie suffisante pour la maintenance régulière de l’avion présidentiel ? Au- delà, il y a la récurrente question de la proximité de la mer ajoutée à l’absence de hangar, l’embrun marin et le traitement anti corrosion. On devine ce que cela peut coûter. C’est un problème évident qu’on ne peut occulter.

 

La part de responsabilité de Kérékou


Le président Kérékou reste un acteur déterminant dans l’acquisition de l’aéronef 727/200. Conscient sans doute de la prodigalité des réparations à faire sur l’avion, il a de façon diplomatique accepté le cadeau empoisonné de la Libye. C’est pour cela qu’il n’a pas engagé le Bénin sur la voie d’une quelconque réparation. Mais son successeur, dans sa quête de redorer le blason de la souveraineté béninoise a englouti près de 4 milliards dans la réparation de l’avion présidentiel qui peine toujours à prendre son envol. A-t-on besoin d’investir autant d’argent pour un avion vieillissant ? Pourquoi n’avoir pas fait l’option de le revendre pour acquérir un avion de la nouvelle génération plus performant et plus moderne ? Aujourd’hui, il crève l’oeil que l’avion présidentiel revient cher, trop cher au contribuable béninois.

 

Edgard Zinsou



 

Tag(s) : #Politique Béninoise