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22/11/2011

 

BENIN -

Lettre de Bruno Amoussou au Pape Benoît XVI : l’Un dénonce les dérives du régime Yayi

 

Deux jours avant l’arrivée du Pape Benoît XVI au Bénin, l’honorable Bruno Amoussou, président de l’Union fait la nation (Un), la plus grande coalition politique de l’opposition, lui a adressé une lettre. Restée curieusement sous les boisseaux, cette lettre dénonce les travers et les nombreuses entraves du régime à la bonne marche de la démocratie. L’auteur y montre un pays truffé de malaises et de frustrations, un pays autre que celui que les discours et la gentillesse de Boni Yayi ont voulu camoufler au souverain pontife.

 

REPUBLIQUE DU BENIN
FRATERNITE-JUSTICE-TRAVAIL
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L’UNION FAIT LA NATION
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... PRESIDENCE

 

 

Cotonou, le 16 novembre 2011


L’Union fait la Nation
A
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

 
N/Réf. : 020./UN/PDT/CG/SP/11

 



Très Saint Père,
Nous souhaitons respectueusement à Votre Sainteté la plus chaleureuse bienvenue et un excellent séjour en terre africaine du Bénin. Nous vous exprimons notre profonde reconnaissance d’avoir choisi ce pays pour délivrer votre message au peuple de Dieu en Afrique. Votre visite est un honneur et un encouragement pour tous les Africains en lutte pour la vie.


L’Union fait la Nation, qui vous fait parvenir cette correspondance, est un regroupement de partis politiques en désaccord avec la politique du Président Boni YAYI, actuellement au pouvoir au Bénin. Nous nous permettons ainsi d’emprunter le seul canal à notre portée pour nous adresser à vous.


Depuis la visite de Votre Sainteté au Cameroun en 2009, nous avons accueilli avec confiance les préoccupations que vous aviez confiées aux Evêques africains. Elles portent sur la Réconciliation, la justice et la paix. Parce qu’elles font l’objet de nos réflexions depuis lors, nous voudrions saisir cette opportunité pour souligner leur actualité et l’écho particulièrement favorable qu’elles rencontrent auprès des populations. En 2010, elles ont inspiré notre démarche de pardon mutuel, de réconciliation et de rassemblement.


S’il est vrai que la mondialisation, telle qu’elle fonctionne, traduit une perte des valeurs notamment de justice et de solidarité, cela explique difficilement toutes les déchéances morales et politiques auxquelles nous assistons. Les abus de positions dominantes, dans les relations entre les personnes, les familles ou les communautés à l’intérieur de nos pays ou entre les Etats, nourrissent nos interrogations sur la préservation d’une paix durable.


Au Bénin, nous étions fiers de nos acquis démocratiques et de l’éclosion des libertés arrachées à un parti-Etat. Malheureusement, ces conquêtes auxquelles ont contribué des Prélats de l’Eglise catholique et des Autorités morales de stature exceptionnelle, enregistrent depuis quelques années une constante régression :

- Les Institutions républicaines et de contre pouvoir, qui assuraient un équilibre social et politique acceptable, ont perdu leur indépendance et ne garantissent plus d’espace d’expression de différences, encore moins de contradictions.


- La confiscation et l’achat des moyens de communication rendent inaudible toute parole jugée indésirable.


- La privation arbitraire et illégale du droit de vote de milliers de citoyens et leur exclusion du processus de choix des dirigeants de leur pays engendrent des frustrations aux conséquences imprévisibles.

- Les détournements de suffrages des électeurs, pour s’accaparer du pouvoir de façon frauduleuse, sèment les germes de conflits et d’antagonismes difficiles à réconcilier. Nous en avons fait l’expérience à l’occasion de l’établissement d’une liste électorale lors des dernières consultations et de déroulements de scrutins.


- La corruption généralisée, magnifiée et amplifiée à l’occasion des activités électorales, a détruit la valeur du travail. La promotion du gain facile a provoqué dans notre pays la ruine de milliers de compatriotes, abusés par des comportements équivoques de hautes autorités aux côtés d’escrocs. De pauvres citoyens ont ainsi perdu plus de 225 millions d’euros en 2010, bien au-delà du montant total des investissements publics durant la même année. Or, en Afrique et dans le monde, nous avions bâti notre renommée sur la qualité de notre travail.


Les discours ne manquent pourtant pas pour condamner officiellement et publiquement ces faits. Il s’agit de déclarations de principes, anesthésiantes, parfois chantées et dansées, que les actes démentent quotidiennement.

Très Saint Père,


Le Bénin a bénéficié, dans certaines circonstances difficiles de son histoire sociale et politique récente, du courage, de la clairvoyance et du dévouement d’autorités de l’Eglise catholique. L’action du Cardinal Bernardin GANTIN, de vénérée mémoire, et celle de Monseigneur Isidore de SOUZA, ont éclairé le chemin et permis au pays d’éviter des crises qui, ailleurs, se seraient sans doute transformées en violences sanglantes. Nous leur disons Merci.


Ces dernières années, la société béninoise subit des traumatismes qui sont autant de menaces pour la réconciliation, la justice et la paix. Pendant ces temps de souffrance, elle aurait aimé qu’une parole de vérité fût dite à qui la méritait. Nous l’attendions de nos Autorités morales qui, pour la plupart, n’ont pas pris ce risque. Certaines se sont tues, tout simplement.


Cependant, nous voudrions remercier la Conférence épiscopale pour son implication dans la résolution de difficultés qui surviennent dans notre pays. Elle le fait autant qu’elle le peut, peut-être en deçà de nos immenses attentes.


L’Eglise catholique, qui célèbre les cent cinquante ans d’évangélisation du Bénin, a été constamment présente dans l’histoire de notre pays durant cette période. Elle y a joué un rôle déterminant que nous saluons et encourageons. Aussi voudrions-nous compter sur Elle pour inscrire dans nos cœurs et dans nos comportements la réconciliation, la justice et la paix.


Nous espérons humblement que vous continuerez de vous souvenir de l’Afrique dans vos prières.


Nous vous prions d’agréer, Très Saint Père, l’hommage déférent de notre très haute considération.

L’Union fait la Nation
Bruno Ange-Marie
AMOUSSOU
Le Président



 
  
  
Tag(s) : #Politique Béninoise