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28-03-2010

 

LETTRE DE TCHAOUROU

 

Écrit par Gilberte Awa Kassa

 

Monsieur le Président de la République,

 

Il vous souvient sans doute que je vous ai proposé récemment une réplique contradictoire de votre adresse à la Nation à l’occasion des vingt ans de la Conférence Nationale. N’y voyez point lubie ou acharnement de ma part, mais c’est votre dernière adresse à la Nation qui retient aujourd’hui mon attention, votre allocution sur la LEPI.

 

A la vérité, je ne l’ai lue qu’après-coup, à la suite de l’orage que vous vouliez éviter et dont je ne savais pas moi-même qu’il éclaterait, je veux dire l’abrogation par le Parlement de la loi instaurant la LEPI. Lu à la sombre lumière de ce nouvel échec que vous avez essuyé, votre inattendu message sur la LEPI résonne des tristes accents du chant du cygne, chant d’au revoir sans beaucoup d’espoir que l’on se revoie. Vous connaissez sans doute la formule.

L’ensemble du message est terriblement quémandeur. Vous vous faites tellement suppliant qu’il faut interrompre de temps en temps la lecture pour se remettre en idée que c’est un chef d’Etat qui parle. Et comme si vous vous reprochiez quelque chose, vous voici déclarant : ‘‘Je veux qu’il soit compris de tous que je ne saurais constituer en aucune manière une entrave à la mise en place de ce précieux instrument pour la crédibilité et la transparence de nos consultations électorales.’’ Tous voudraient vous croire sur parole, mais la campagne électorale non-stop dans laquelle vous êtes entré pour votre réélection aussitôt après votre élection amène tout le monde à se méfier, à comprendre que sous votre profession de transparence se dissimule mal votre volonté de l’emporter à tous les prix et à n’importe quel prix. Il vous est justement reproché d’être l’empêcheur d’avancer en toute lumière. Je ne dis pas que vos opposants sont de très grands amoureux de la lumière. Mais s’ils sont de mauvaise foi, vous n’avez pas su les convaincre que vous étiez de bonne foi, et ils en sont à soupçonner votre LEPI d’être celle de votre échafaudage de fraudes tous azimuts pour 2011. Vous n’avez pas pu les convaincre de votre sincérité. Ils ne vous croient plus sur rien.

Et comme si tout lien était désormais rompu entre le Parlement et vous, vous voici exhortant le peuple ‘‘à s’entretenir sur le sujet avec ses mandataires que sont les honorables députés à l’Assemblée Nationale’’. L’envoi du peuple vers ses députés m’est apparu à la fois cocasse, déroutant et préoccupant. Selon quelles modalités se tiendront ces assises peuple-députés que vous préconisez ? Au coin des rues, par sit-in sur l’esplanade de l’Assemblée Nationale à Porto-Novo, par marches de soutien et de remerciement à votre personne sur toute l’étendue du territoire ? Au nombre des trente ministres devenus des ombres, il n’y en a plus un seul capable d’assurer la liaison entre le parlement et vous ? A ce point du texte, vous m’avez vraiment surprise et étonnée.

 

Mais quand vous m’avez carrément renversée, c’est à la finale, cette finale terrible, tragique à force d’être ridicule : ‘‘Je vous adore.’’ A qui le dites-vous ? Nous autres, femmes, avons trop souvent entendu cette formule creuse au bout de laquelle l’adorateur, à genoux à vos pieds, vous crucifie rageusement, et après le râle d’assouvissement, vous quitte sans ménagement pour aller déclarer à une autre et à d’autres ‘‘je vous adore’’. Trop trivial pour conclure un message présidentiel à la Nation. Incroyable. Je n’aurais jamais cru possible dans mon pays une telle dérive du verbe présidentiel, un tel dérapage du discours officiel. Le conseiller qui vous l’a fait dire doit être viré. Mais si c’est de votre fait, alors…

 

Votre message était trop désespéré pour être celui d’un chef, ou pour ne pas être celui d’un chef au bout du rouleau. Et ce ‘‘je vous adore’’, qui se voulait peut-être pathétique, a résonné d’une résonance close, creuse et caverneuse qui a tout fait basculer dans Dieu sait quoi. S’il est de votre fait, alors permettez-moi de vous dire que les bornes ont été dépassées et qu’il s’en va être temps que l’on arrête la musique.

Monsieur le Président de la République, je prie Dieu de vous garder en bonne santé pour nous.

Gilberte Awa Kassa



Tag(s) : #EDITORIAL

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