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11-06-2010

 

Lettre de Tchaourou

 

Écrit par Gilberte Awa Kassa

 

Monsieur le Président de la République,

 

M’impressionne beaucoup et m’inquiète tout autant – parce que vous êtes le Chef de l’Etat – l’espèce de yo-yo auquel vous vous soumettez et nous soumettez et qui ressemble fort à une danse à reculons, qui s’éloigne du tango argentin pour se rapprocher davantage de notre tango national. Vous la connaissez, cette danse : le train-arrière, soutenu par les membres inférieurs, fend l’air vers l’arrière pendant que les membres supérieurs le fendent vers l’avant. Au total, évidemment, c’est l’élan rétro qui l’emporte.

 

C’est le même constat qui s’impose à moi après une longue observation de ce que je viens d’appeler votre mouvement de yo-yo, et qui se résorbe en une danse à reculons. Plus concrètement, tout en semant des étoiles filantes pour plaire au peuple, vous fréquentez les grands astres dans un élan d’accaparement qui ne peut que déplaire au peuple qui vous soupçonne fortement de le spolier et d’accumuler sur sa tête des dettes qu’il devra rembourser d’une façon ou d’une autre. De ce fait, le peuple a cessé de vous aimer. Si vos agents secrets ne vous l’ont pas dit, c’est qu’ils vous mentent, obligés qu’ils sont de vous faire plaisir en vous racontant ce que vous aimez entendre, savoir que le peuple est toujours content de vous.

Cela n’est plus vrai depuis longtemps, et pour cause. En plein jour, pour plaire au peuple, vous voici collé au dos d’un conducteur de taxi-moto, dont la livrée élimée sent la transpiration. Combien lui avez-vous payé la course entre votre domicile et le Palais de la République ? Peu importe. Dans le même dessein de caresser le peuple dans le sens des poils, vous voici monsieur tout le monde au volant d’une voiture parfaitement peuple et circulant dans les rues sans votre attirail de sécurité. Est-ce possible ? Oui, et cela s’est vu. Mais parallèlement à ces modes de transport et de déplacement qui vous rapprochent étrangement du peuple, vous faites des voyages aller-retour de 80 km en hélicoptère, tous frais à la charge du peuple, vous avez acquis un avion présidentiel réparé à prix d’or sur le dos du peuple, avion qui s’est révélé une brouette loqueteuse incapable de vous transporter sans mettre votre vie en danger. Mais le peuple a payé ou paiera. Vous auriez acquis deux voitures blindées, dont vous n’avez nul besoin pour votre sécurité entre Cotonou et Godomey ou Adjara et pas non plus quand vous êtes à ciel ouvert dans le dos d’un conducteur de taxi-moto entre votre domicile et le Palais. Mais si l’information s’avère, le peuple a payé ou paiera. Pensez-vous qu’il puisse vous aimer, ce peuple, qui a désormais le sentiment très fort que vous l’avez transformé en dindon de la farce ? De votre farce.

En des circonstances fortuites ou que vous créez à votre guise, vous vous comportez en chevalier-Crésus au grand cœur qui saupoudre de largesses millionnaires le petit peuple nécessiteux. Mais dans le même temps le peuple est informé, photos à l’appui, que vous avez acquis deux appartements sur le Boulevard de la Grande Armée (c’est à Paris à la sortie tout juste du Boulevard des Champs-Élysées), où de telles choses, disent les connaisseurs, coûtent les yeux de la tête et où les impôts crèvent les plafonds. S’agit-il dans votre cas de don ou d’achat ? De toute façon, le peuple s’interroge, dubitatif. Si l’information s’avère et que les deux appartements de luxe viennent s’ajouter aux villas de luxe de Parakou, de Djougou et d’ailleurs, alors comprenez l’interrogation/exclamation des gens : ‘‘Tout ça en quatre ans seulement de présence à la tête du pays ? C’est du jamais vu !’’ Et comprenez que le peuple puisse se demander si les largesses millionnaires, que de la main droite vous jetez occasionnellement dans la mêlée, ne veulent pas être l’arbre qui cache la forêt de tout ce que de la main gauche vous entassez pour vous sur son dos et qu’il devra rembourser d’une façon ou d’une autre. Une fois encore, vos agents secret vous mentent s’ils ne vous ont pas encore mis au parfum du désamour du peuple à votre encontre. Le charme est rompu. Vous ne le faites plus rêver comme à vos débuts trompeurs. Il n’est plus dupe de vos comportements contradictoires. Le peuple a cessé de vous aimer.

Monsieur le Président de la République, je prie Dieu de vous garder en bonne santé pour votre famille.

 

Gilberte Awa Kassa



 

Tag(s) : #EDITORIAL

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