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23-07-2010

 

BENIN: Lettre de Tchaourou au roi Boni 1er, parrain de ICC-SERVICES

 

Écrit par Gilberte Awa Kassa

 

Monsieur le Président de la République,

Si j’osais l’énumération à laquelle je pense, je vais avoir terriblement honte de mon pays. Je l’oserai pourtant, non pas dans un but masochiste mais dans un but pédagogique pour vous montrer – si vous ne l’avez déjà vu – ce que vous avez fait en cinq ans de ce pays que vous avez reçu mission solennelle de remettre sur pied et comme en orbite de progrès. Souffrez donc que je revienne sur les scandales de la République sous votre régime dit du changement et qui aura tout changé en pire. Car tout se passe avec vous comme si vous ne vouliez pas être en reste, comme si vous vouliez battre des records.

 

Là où vos prédécesseurs montraient des scrupules ou des faiblesses, on vous verrait plutôt décontracté et satisfait.

 

Votre trouvaille des micro-crédits aux femmes les plus pauvres confine aujourd’hui au panier à crabes, à la bouteille à encre. C’est tout ce qu’on voudra, sauf la transparence. Cet argent public, pourquoi n’est-il pas au Trésor Public. D’où provient-il ? Des véhicules d’occasion ? Rien que de là et ça fait combien au total par an ? Et où se trouve-t-il entassé ? A la BCEAO ? Mais pourquoi là et pas au Trésor Public ?

Fatigués de chercher et de poser des questions, les députés eux-mêmes ont donné leur langue au chat ou sont en passe de le faire. L’inventeur des micro-crédits, Yunus, que vous avez fait venir pour qu’il vous adoube, vous a très peu diplomatiquement désavoué en déclarant que les micro-crédits doivent être gérés par une banque et non point par un ministère car, en cette sorte d’affaite, l’Etat a tôt fait de mélanger les torchons et les serviettes, en politisant dangereusement ce qui ne doit pas l’être. Il aura donc fait apparaître votre ministère en charge des micro-crédits comme un ministère en charge de votre réélection. Ministère du clientélisme du plus mauvais goût.

A la lézarde des micro-crédits sont venues s’ajouter les fentes dans les murs des édifices de la CEN-SAD. Un ministre renvoyé mais pas devant la Haute Cour de Justice. Un autre ministre suspendu puis ‘‘blanchi’’ mais sans l’intervention d’aucun tribunal. Leurs collaborateurs jamais inquiétés, laissés en liberté royale. Les villas CEN-SAD et villas présidentielles vides et livrées à l’usures impitoyables du sel marin. Notre argent jeté donc à la mer sous prétexte de CEN-SAD, et l’impunité très protégée par vous.

A la lézarde de la CEN-SAD est venue s’ajouter la reptation de l’avion présidentiel, ce gouffre non volant dans lequel vous avez pourtant trouvé moyen d’injecter un certain nombre de nos milliards de francs CFA, et des frais de mission gigantesques pour vos affidés prêts à parcourir pour vous le monde en quête d’un avion qui ne vole pas. L’aéronef est toujours plaqué au sol quelque part où il encombre pour rien le tarmac qui lui a donné refuge.

Et voici, à côté de l’aéronef cloué au sol, voici le vrombissement des tracteurs dont nos paysans ne se serviront pas. Leur achat, pas très bien réfléchi, aura entraîné une surfacturation, très bien réfléchie, de cinq milliards de nos francs CFA. Le ministre qui présida à ce calcul fabuleux n’a plus aujourd’hui aucun maroquin après en avoir eu un qui lui servit de refuge et de protection. S’expliquera-t-il un jour sur cette surfacturation pharamineuse ? L’impunité sera-t-elle une fois encore triomphante dans cette affaire ?

Et comme un point d’orgue, à cet instant de votre sombre musique, voici ICC-services où vos services et vos serviteurs sont tellement impliqués que vous avez cru devoir écarter votre ministre le plus cher, le plus soumis à vous. Vous semblez avoir compris cette fois-ci que les milliers de Béninois lésés et volés par ICC-Services pourraient ne pas tolérer que vous fassiez à nouveau triompher l’impunité. Pour ma part, je suis sûre qu’ils ne se contenteront pas non plus de la perte de son maroquin par un ministre, fût-il votre chouchou.


Quand je parlais de vos records, je ne pensais pas si bien dire. Quatre gouvernements en quatre ans, quatre ordonnances en quatre ans, cinq grands scandales financiers en quatre ans. Où allons-nous avec vous ? Et dire que votre premier mandat court encore !

Monsieur le Président de la République, je prie Dieu de vous garder en bonne santé pour votre famille.

Gilberte Awa Kassa



 

Tag(s) : #EDITORIAL

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