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BENIN: Lettre ouverte à Amoussou, Houndjédji, Idji et Sèhouéto

 

Et si l’histoire de la construction de l’Union Européenne inspirait l’UN ?

 

 

24 avril 2012 par

 

 

L’avenir politique du plus important regroupement politique jamais réalisé dans notre pays fait l’objet de débats très controversés. Au cœur des discussions se trouve la position du Parti du Renouveau Démocratique (PRD) qui voit la fusion des partis composant l’UN inopportune pour le moment. Et pourtant, le PRD semble trouver la clé pour une Union fait la Nation durable.

 

En fait, il est tout à fait vrai que ce parti, le PRD, est signataire de la charte de l’Union qui dispose que les partis politiques composant le regroupement fusionnent deux ans après sa création. De ce point de vue, tous ceux qui reprochent au PRD son refus de fusionner en ce moment semblent avoir raison et d’aucuns vont jusqu’à parler de trahison. Cependant, cette façon de voir les choses paraît bien trop linéaire sur un dossier aussi important pour l’avenir de notre pays. Et pour tous ceux qui veulent que cette expérience unique prospère, il serait plus intéressant d’approfondir la réflexion au moyen d’analyses multi-critères.

 

D’abord, il faut féliciter le PRD d’avoir osé poser le problème. L’avantage en est que ce faisant, les unionistes, au lieu de se confiner dans une vue trop étroite qui pourrait aboutir à des défections fracassantes du genre de la RB dans un futur, vont davantage réfléchir sur les bases d’un regroupement qui évitera à la nation des comportements d’hommes politiques jusque là décriés. L’approche du PRD de suspendre le processus de fusion et de maintenir l’alliance semble bien inspirée si on se rappelle le contexte qui a favorisé l’idée de création de l’UN. Il s’agit simplement d’un concours de circonstance, la nécessité de se mettre ensemble pour échapper aux velléités de Yayi 1 qui cherchait à faire disparaître la vieille garde politique. C’était donc par nécessité de survie et non par véritable besoin de construction d’un paysage politique de type nouveau pour notre pays que l’idée de regroupement a germé depuis la formation de G4 et puis des G & F. C’est bien plus tard que les leaders actuels de l’UN, dans une contre-offensive, ont cherché à reprendre le pouvoir à Yayi Boni, d’où l’adoption de l’actuelle charte querellée qui fixe en principe la fusion des Partis membres de l’UN en un parti politique.

 

Admettons que les partis composant l’UN fusionnent en un parti politique à la veille d’une échéance électorale aussi importante que celle des communales et municipales. Comment les listes seront-elles gérées à la base si on sait que les clivages, les ambitions démesurées et la lutte pour l’exercice d’hégémonie dans presque toutes les localités n’ont pas permis la mise en place des organes locaux de l’UN à la veille des élections présidentielles de mars 2011 ? Qu’adviendrait-il du financement desdites élections si on sait que de folles rumeurs font état de ce que seul le candidat unique aux élections présidentielles de mars 2011 a financé toutes les activités de l’UN depuis la convention de création de l’UN et en particulier la campagne électorale de la présidentielle ? Lorsqu’on parle de parti politique, on fait référence à deux nécessités : le leader et le financement. Si la question de désignation du leader peut être réglée, non pas sans difficulté, celle du financement du parti restera entière. Les textes actuels de l’UN ont versé dans le générique habituel en parlant de cotisations et souscriptions de militants, de dons et legs. Or, on sait bien que les militants ne cotisent pas pour un parti au Bénin. Mieux, qui sont ces militants ? Combien sont-ils ? De quel parti d’origine viennent-ils? Quel bilan les responsables de l’UN ont-ils fait de leur existence et de leur participation aux dernières élections ? Comment va-t-elle procéder au choix des maires et autres responsables locaux au lendemain des prochaines élections locales au sein d’un parti dans lequel les militants n’ont pas eu le temps de se connaître pour s’accepter et où chacun reste connecté à ses camarades du parti d’origine? Auront-ils la capacité de canaliser les ambitions qui naîtront en ce moment ? De notre point de vue, c’est justement en ce moment que l’UN s’éclatera à jamais. Ces types de questions pédagogiques peuvent être multipliés. Au regard de tout ce qui précède, l’UN ne doit point répéter les mêmes erreurs qui ont conduit à sa participation infructueuse aux joutes électorales de 2011. La révision de la charte de l’UN s’apparente bien à la trop sensible question de révision de la constitution. Elle appelle à une bonne évaluation du chemin parcouru et l’identification claire des goulots d’étranglement et la formulation sans équivoque des amendements. L’UN ne doit plus s’amuser avec les cœurs des Béninois en les nourrissant d’espoirs dont elle ne dispose point les moyens. Dans tout projet d’entreprise, il n’est jamais fixé d’objectifs immuables. Il faut plutôt se doter de capacités d’adaptation logique qui permettent d’atteindre le but fixé.

 

Et l’exemple de l’Union Européenne !

 

En fait, à y voir de près, la démarche prudentielle que propose le PRD s’apparente bien à celle par laquelle a été opérée la construction de l’Union Européenne (UE).

 

En effet, c’est la question de paix qui a conduit seulement six (06) Etats européens à s’organiser autour du charbon et de l’acier en 1950. Sept ans plus tard, ils ont jeté l’idée de construire un marché commun. Cette alliance a suscité l’admiration de nombreux d’autres Etats qui, à diverses périodes et de façon prudente et progressive, ont rejoint le bloc des six pour construire une Union de vingt cinq (25) Etats dans laquelle la libre circulation des personnes et des biens, la monnaie unique, la politique de défense unique, l’adoption d’une constitution unique etc. n’ont jamais effacé entièrement toutes les questions relatives à la souveraineté de chacun des Etats.

 

Mieux, on peut très bien rappeler ce qui s’est passé au sein de l’UE par rapport au processus d’adoption de visa unique (Visa Schengen). En 1984, seulement cinq (05) des quinze (15) Etats formant l’UE ont accepté de mettre en œuvre les accords de Schengen. Cela n’a pas conduit à l’éclatement de l’UE et les dix (10) autres Etats non signataires ne sont pas sortis de l’Union. L’Union Européenne est demeurée et plus tard un à un les Etats non signataires de l’accord de Schengen, ont rejoint le groupe des cinq et l’espace Schengen couvre actuellement vingt-quatre (24) pays membres. L’Italie a rejoint les rangs de l’espace Schengen en 1990, suivie de l’Espagne et du Portugal en 1991, de la Grèce en 1992 et de l’Autriche en 1995. En 1996, ce fut le tour du Danemark, de la Suède et de la Finlande. De plus, depuis 2008, on retrouve également l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, la Suisse, et Malte.

 

Une alternative de sortie de crise !

 

Ainsi, pour la nécessité de maintien et de développement durable de la philosophie « Union fait la Nation », il pourrait être envisagé deux possibilités : (i) Les partis membres de l’UN qui estiment être en mesure de fusionner aujourd’hui le font tout en restant membres de l’alliance et (ii) ceux pour qui l’heure n’est pas encore à la fusion y restent aussi ensemble avec le ou les nouveaux parti (s) issu (s) de la ou des fusion (s). Dès lors, il sera défini des critères clairs de convergence qui permettent aux partis de travailler à aller vers un parti unique Union fait la Nation. Cette démarche prudentielle garantirait à l’UN sa durabilité et son efficacité. Enfin, cela aura l’avantage de satisfaire toutes les tendances et les responsables pourront mieux se concentrer sur les prochaines élections communales pour lesquelles il faudra circonscrire clairement les fiefs de chaque parti membre pour éviter les collusions et les déchirements inutiles sur le terrain.

 

Kouassi Sébastien DOHOU

Source: La Presse du Jour
 
 
 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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